Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Bref, le verre de trop.
Un petit maigre
Un peu barbu
Avait trop bu
De vinasse aigre.
Lors, dans sa tête,
Tous ses remords
Refaisaient corps,
Refaisaient bête.
Donc, loin du bar,
Un temps plus tard,
Hurlant « je souffre ! »,
Le gringalet
Dégringolait
Au fond du gouffre.
III
Ma lame, Adélaïde, est un pépin d'orange
Venu de Marrakech intime, d'une grange
Dont émane le goût des desserts orientaux.
Pour le fakir gourmand c'est dix mille couteaux.
C'est, dans le vent violent, la tour inébranlable ;
Lorsque Babel n'est plus rien qu'une ombre de sable
Elle reste et côtoie, en secret, les oiseaux,
La très haute magie et les sombres réseaux.
C'est un soupir d'ennui lors d'un beau soir de fête,
Un regard dans le vide, un hochement de tête
Qui signifient : « Je meurs... Tout meurt... et nous mourons... »
C'est l'œil noir maquillé des sphinx, des pharaons,
Celui des mannequins et des belles gothiques.
C'est l'œil glauque et malsain des hyènes névrotiques.
C'est l'œil qui cligne et dit : « Dans la ruelle, allons ! »
C'est l'œil émerveillé dès l'envol des ballons ;
Ma lame c'est l'œil doux surchargé de détresse.
C'est le chantage aimant d'une ancienne maitresse
Un peu folle et qui veut, pour vivre, de l'amour,
Des soirs de poésie aussi clairs que le jour ;
A la lune luisante, un baiser et des roses.
C'est un guerrier qui tue en sanglotant, sans causes
Ni justice à défendre, c'est un grand rônin
Dont parle la légende, à qui manque une main.
Adélaïde vit, sainte décapitée,
(Néanmoins magnifique : une peau duvetée
Par une soie orange et d'or sous le soleil,
Tandis que de son cou jaillit le flot vermeil)
Au bord de l'océan, elle se baigne et sèche
Ses cheveux dans le vent, lourd des embruns de seiches.
Elle cueille des coraux bleus, fait un bouquet
Qu'elle offre à linconnu rêveur au bout du quai.
C'est la nageuse morte entrevue à l'aurore.
Et je m'y suis coupé maintes fois, je l'adore
Autant que je la crains, je ne peux que plier ;
Juste un mot de sa part et je suis meurtrier,
Un mot, dit bouche mi-close, et je dilapide
Le restant de mes jours en serf d'Adélaïde.
IV
Ma fleur, Adélaïde est simple : un bouton d'or,
Une marguerite, un crocus noir... Quelle mort
M'attend si je la cueille ? Est-elle une colchique,
Lit mauve du suicide noble et bucolique ?
Adélaïde c'est le bon goût du poison.
C'est la fugue sans fin, ni but et la maison.
C'est les plus douces mains tenues, en promenade,
Que n'alourdissent pas la crème, la pommade
Ni le vernis. Légères ; aucun bracelet
N'alterne leur nature... Un diamant serait laid
Sur un joyau de chair fondu par dieu lui-même !
C'est la Grèce : Ionie en marche, les trirèmes
Battant la mer Egée et les blancs Parthénon.
Que dis-je c'est l'Asie, et le Tao, le ton
Juste et la voix du sage à genoux sous les feuilles,
Le recueil de haïkus, les geishas qui l'effeuillent.
Adélaïde c'est l'Afrique, où je suis né,
Les griots d'autrefois et le peuple nié,
Les pleurs de l'océan, la Langue prise aux tripes.
Comme un banc de vieillards qui parlent dans leurs pipes
Au déclin de leur âge et gorgés de leçons
C'est l'Europe : un palais de bois, des charançons.
Voyez-vous l'Amérique en elle ; les étoiles
Terriennes brillant sur la fadeur des toiles,
Et que l'on voit de loin, étant mortes jadis ?
Adélaïde c'est un viol au paradis ;
C'est le désir ardent que l'on peut éteindre
A moins de se tirer une balle, ou d'étreindre.
L'étreindre ? Adélaïde ? Elle ? C'est mon souhait.
Ma poupée aux cheveux bien vivants, mon jouet,
Je veux la serrer fort et lui dire : « Je t'aime...
Je t'aime... Que tu sois femme ou flamme ou dilemme,
Epée ou fleur ! Je t'aime, Adélaïde, viens,
Je connais des pays de Cocagne, aériens,
Et des chansons d'amour et de haine semblables.
Je sais des vers muets, des jeux invraisemblables,
J'ai nagé dans la mer de la Tranquillité
Et je t'aime, chérie, et c'est la vérité. »
Adélaïde c'est un regard sur le mien
Tombé comme un flocon d'été... C'est mon seul bien.
Working girl.
Panthère embourgeoisée aux lèvres rouges, Dame
De culture et d'argent, glorieuse à chaque drame,
Est-ce un fauve d'hiver en talons ? Une femme ?
Transpirant le Chanel numéro cinq, les seins
Bondissants, elle avait cette aura financière,
Ce teint pâle de Dame en place dans l'essaim
De la grande entreprise âcre et bénéficiaire.
Divine en son tailleur beige, éclat dans la nuit,
Elle trônait du haut des vastes certitudes
Au-delà de la foule ivre, au-delà du bruit ;
Émergée, en Vénus, des larmes de l'étude.
Panthère embourgeoisée aux lèvres rouges, Dame
De culture et d'argent, glorieuse à chaque drame,
Est-ce un fauve d'hiver indomptable ? Une femme ?
Fraîche comme une aurore et sèche comme un coup,
Pour l'aimer il faut être un dieu que la folie
A dévoré, l'aimer c'est se briser le cou
Contre un mur de treille et de fleurs qu'un lierre lie.
Mais tant que son regard écrasera les monts,
Les royaumes, les rois... et tant que les armées
N'oseront faire un pas, la voyant seule au front,
Je veux l'aimer en dieu fou, sans l'avoir charmée.
Panthère embourgeoisée aux lèvres rouges, Dame
De culture et d'argent, glorieuse à chaque drame,
Est-ce un fauve d'hiver ? A vingt ans, une femme ?
Avec des "si".
Les femmes, de nos jours tombants,
Ce sont d'inlassables danseuses...
Le nez moqueur, les hanches creuses,
Elles se pâment sur nos bancs.
Les hommes, de nos jours sans fin,
Ce ne sont plus trop des poètes,
Il se pavanent dans les fêtes,
Porteurs d'un lyrisme défunt.
Voyez-vous les temps ont changé,
Et quand le smog violet nous grise
Nous aimons hurler à la crise,
A l'abandon, à l'outragé.
Le Président ? Qui s'y fia ?
Tout est dans le jeu, dans la prose
Et nous avons laissé la Rose
Entre les mains de Morticia.
Le plaisir coupable, marchand,
C'est toute l'acmé des promesses
Et les journaux, nouvelles messes,
Scandent : « Que le monde est méchant ».
Que le monde est méchant mon cher...
La victime ? Nul ne l'a vue
Sanguinolente dans la rue...
Paris serait donc un désert.
Voyons dans nos télévisions :
Abandonnant sa pourriture
L'homme dévaste la Nature
Pour d'improbables provisions.
C'est ennuyeux... méchanceté,
Dédain, mépris, causes malsaines,
Empoisonnement des sirènes
Et du parfum d'un jour d'été.
Fâcheux, fâcheux... Combien d'ours,
Noyés dans les eaux nous implorent ?
Nous nous voulons des dinosaures
Afin de protéger nos cours.
Nous nous voulons l'homme à huit bras
Pour porter quatre fois plus d'armes,
Essuyant quatre fois nos larmes
Devant le quadruple trépas..
Méchant le monde ! L'homme aussi,
Plus qu'ingénieux : maléfique ;
Il aura fait, depuis l'Afrique,
Tout ce chemin avec des « si ».
Les métempsychoses d'Adélaïde.
I
Ma femme, Adélaïde, est un regard tombé
Sur mon regard, un jour, comme un flocon d'été.
C'est un sanglot des dieux qu'une averse partage
Et qui se meurt en flaque, entrebâillant l'image
D'un amour échappé de la couche au matin.
Elle c'est une danse, en hiver, un patin
A glace soulevé quand l'autre touche terre.
Sur le lac gelé c'est un cygne solitaire
Jouant la ballerine, un étrange animal...
C'est aussi le remord en seigneur, triomphal,
Qui, m'ayant écrasé le front, ose un sourire.
Dans mon simple univers c'est le plus vaste empire,
La plus méchante armée et le plus cher tribut.
C'est l'orgueil de mes vers et le vin que j'ai bu.
Adélaïde est belle... Au soleil elle allume
Un sourire éclatant, aveuglant, elle fume
De la poudre lunaire et du tabac cubain,
Inspirant longuement tout en prenant son bain
Les volutes nacrées, bleutées, hallucinantes...
Elle c'est la fumeuse aux bouffées lancinantes.
En parlant d'elle on peut dire que les saisons
Sont fruits de cette femme à la double toison :
L'une a des fleurs d'Avril pour mèches et la frange
Rousse s'effondre sur les yeux ; l'autre mélange
Aux blancheurs de la neige une tresse de blé.
Adélaïde, lasse en ce siècle troublé,
Repense au littoral où la vertu des ailes
Offrait aux mouettes cyans le ciel, les éternelles
Régions désertées par les anges sans nom.
C'est la poudre de guerre et le coup de canon.
C'est la cadette aux airs vagues de belle mère.
C'est le brasier d'où nait un phénix éphémère
Et la cage de verre, et l'ailleurs infini.
C'est le divin enfant nu que nul ne bénit.
J'ai marqué de suçons noirs sa gorge de nymphe,
C'était un doux soir de champagne, d'œufs de lymphe,
Un soir de bains à remous, de cœurs dévêtus,
De baisers méprisés et de baisers rendus,
Un soir ivre du sang mêlé de nos deux bouches ;
Elle, reine de France, et moi, seigneur des mouches.
II
Ma flamme, Adélaïde, est un tigre docile
Caressant les genoux, dormant au domicile
Du dernier maharadjah, c'est le plus grand félin
D'Inde et de Sibérie, et le plus féminin.
Mais c'est aussi l'émoi fidèle au pied des tombes :
« Je suis debout, ma soeur. Fallait-il que tu tombes ? »
C'est l'atroce question des jeunes éplorés
Voyant soudainement, dans leurs doux nids dorés,
D'un œuf noir et parfait éclore la faucheuse
Aimant décapiter chaque parole heureuse
Et faire d'un espoir un cadavre, un tourment.
Adélaïde c'est un sourire qui ment,
Lumineux par le gloss et sombre par l'idée.
C'est la gène sublime de la veuve aimée.
Trônant sur un briquet, c'est le feu sous le joint
Par où vient le délire, invoqué de si loin.
Voire : ma flamme c'est une conquête alpine
Sous les neiges perdues, d'un roi sous cocaïne.
Elle est mère de l'ombre où pensent les démons
Sculptés autrefois par Rodin ; poings et mentons
Liés. Au crépuscule ils rentrent dans ma chambre
Et balaient d'un regard vert -d'émeraude et d'ambre-
Cet antre dévasté dont je suis président.
Adélaïde c'est le retour évident
Du tout premier amour. C'est son départ à l'aube.
Aux célestes jardins c'est un fruit d'or qui daube.
J'ai brulé ma main gauche avec son corps, ce corps
Voluptueux, rêvé des braves et des forts.
Moi; faible, j'ai touché ses pieds de cire blanche
Et suis mort calciné, voulant baiser sa hanche.
III
Ma lame, Adélaïde, est un pépin d'orange
Venu de Marrakech intime, d'une grange
Dont émane le goût des desserts orientaux.
Pour le fakir gourmand c'est dix mille couteaux.
C'est, dans le vent violent, la tour inébranlable ;
Lorsque Babel n'est plus rien qu'une ombre de sable
Elle reste et côtoie, en secret, les oiseaux,
La très haute magie et les sombres réseaux.
C'est un soupir d'ennui lors d'un beau soir de fête,
Un regard dans le vide, un hochement de tête
Qui signifient : « Je meurs... Tout meurt... et nous mourons... »
C'est l'œil noir maquillé des sphinx, des pharaons,
Celui des mannequins et des belles gothiques.
C'est l'œil glauque et malsain des hyènes névrotiques.
C'est l'œil qui cligne et dit : « Dans la ruelle, allons ! »
C'est l'œil émerveillé dès l'envol des ballons ;
Ma lame c'est l'œil doux surchargé de détresse.
C'est le chantage aimant d'une ancienne maitresse
Un peu folle et qui veut, pour vivre, de l'amour,
Des soirs de poésie aussi clairs que le jour ;
A la lune luisante, un baiser et des roses.
C'est un guerrier qui tue en sanglotant, sans causes
Ni justice à défendre, c'est un grand rônin
Dont parle la légende, à qui manque une main.
Adélaïde vit, sainte décapitée,
(Néanmoins magnifique : une peau duvetée
Par une soie orange et d'or sous le soleil
Tandis que de son cou jaillit le flot vermeil)
Au bord de l'océan, elle se baigne et sèche
Ses cheveux dans le vent, lourd des embruns de seiches.
Elle cueille des coraux bleus, fait un bouquet
Qu'elle offre à l'inconnu rêveur au bout du quai.
C'est la nageuse morte entrevue à l'aurore.
Et je m'y suis coupé, maintes fois, je l'adore
Autant que je la crains, je ne peux que plier ;
Juste un mot de sa part et je suis meurtrier,
Un mot, dit bouche mi-close, et je dilapide
Le restant de mes jours en serf d'Adélaïde.
IV
Ma fleur, Adélaïde est simple : un bouton d'or,
Une marguerite, un crocus noir... Quelle mort
M'attend si je la cueille ? Est-elle une colchique,
Lit mauve du suicide noble et bucolique ?
Adélaïde c'est le bon goût du poison.
C'est la fugue sans fin, ni but et la maison.
C'est les plus douces mains tenues, en promenade,
Que n'alourdissent pas la crème, la pommade
Ni le vernis. Légères ; aucun bracelet
N'alterne leur nature... Un diamant serait laid
Sur un joyau de chair fondu par dieu lui-même !
C'est la Grèce : Ionie en marche, les trirèmes
Battant la mer Egée et les blancs Parthénon.
Que dis-je c'est l'Asie, et le Tao, le ton
Juste et la voix du sage à genoux sous les feuilles,
Le recueil de haïkus, les geishas qui l'effeuillent.
Adélaïde c'est l'Afrique, où je suis né,
Les griots d'autrefois et le peuple nié,
Les pleurs de l'océan, la Langue prise aux tripes.
Comme un banc de vieillards qui parlent dans leurs pipes
Au déclin de leur âge et gorgés de leçons
C'est l'Europe : un palais de bois, des charançons.
Voyez-vous l'Amérique en elle ; les étoiles
Terriennes brillant sur la fadeur des toiles,
Et que l'on voit de loin, étant mortes jadis ?
Adélaïde c'est un viol au paradis ;
C'est le désir ardent que l'on peut éteindre
A moins de se tirer une balle, ou d'étreindre.
L'étreindre ? Adélaïde ? Elle ? C'est mon souhait.
Ma poupée aux cheveux bien vivants, mon jouet,
Je veux la serrer fort et lui dire : « Je t'aime...
Je t'aime... Que tu sois femme ou flamme ou dilemme,
Epée ou fleur ! Je t'aime, Adélaïde, viens,
Je connais des pays de Cocagne, aériens,
Et des chansons d'amour et de haine semblables.
Je sais des vers muets, des jeux invraisemblables,
J'ai nagé dans la mer de la Tranquillité
Et je t'aime, chérie, et c'est la vérité. »
Adélaïde c'est un regard sur le mien
Tombé comme un flocon d'été... C'est mon seul bien.
L'anti-volière.
Par buguanle.
J'ai su chanter en vers leur charme inexistant
Comme on parle du ciel enclos dans une geôle ;
Fut-ce Anaïs ? Anna ? Le cœur est inconstant,
L'amour est en spectacle et c'est un mauvais rôle
Que de chanter en vers leur charme inexistant.
Appuyé sur le tronc des arbres, au printemps,
Pour elles j'ai conçu des fleurs d'autres planètes
Dont les tendres bouquets ont traversé le temps
Universel, infâme, à défaut de leurs têtes
Appuyées sur le tronc des arbres, au printemps.
Chaque jour je reprends la route d'un baiser
Soucieux, au carrefour, d'aimer la plus aimable,
Et de ne pas heurter un mur, un pont brisé,
Un refus sans merci ; souffrance inexprimable...
Chaque jour je reprends la route d'un baiser.
Dans l'immense pays brûlé des sentiments
Je traverse les eaux pieds nus, je vagabonde,
Je ne m'installe pas : Combien de bâtiments,
Ayant enfermé l'homme, ont enfermé le monde
Dans l'immense pays brûlé des sentiments ?
J'aime Esther, Adeline, autant que les oiseaux.
Elle c'est la colombe, une enfant d'Eulalie,
L'autre c'est une cane au milieu des roseaux,
Restent une hirondelle, une chouette, une pie...
J'aime Esther, Adeline, autant que les oiseaux.
Elles volent, pourquoi vouloir les retenir ?
J'aurais pu découper le nerf et rompre l'aile
Et leur âme légère, aisée à soutenir,
Aurait pu me servir de compagne éternelle...
Elles volent, pourquoi vouloir les retenir ?
J'ai su chanter en vers leur charme d'un instant
Comme on parle d'oiseaux enclos dans une geôle
Mais pour elles je suis de paille, inexistant.
Si l'amour doit durer c'est un bien mauvais rôle
Que de chanter en vers leur charme d'un instant.
I love your Heels.
Il n'est rien de plus essentiel que les talons. Oui : je crois en la technologie, au point de croire que la necessité d'avoir une
planête sur laquelle vivre n'est pas indépassable. Seulement comprenez : Sans talons il n'y a plus rien. Qu'est-ce un pied nu que l'on habille jamais ? Une femme en talons a retiré sa foi à plus
d'un, Dieu n'est rien face aux talons.L'éternel féminin lié à un objet comme l'homme à son glaive, le dieu à sa foudre, l'oeil à son iris. Voyez : une robe sans mannequin dessine moins les formes les plus somptueuses que deux chaussures exposées sur leur boîte en vitrine. Je dis que
les talons sont la démarche de la femme, son esprit, son odeur, sa supériorité : notre désir. Sans désir l'humanité
péricliterait. Aussi je le répète : il n'est rien de plus essentiel que les talons. Je le jure sur ces vers et ces photos :
Chaussure, muse mise en perspectives !
Podium céleste, art du cul bombé !
Les femmes des rues, mômes volitives,
Te portent le soir pour nous surplomber.
Comme naufragées les hanches dérivent
Et courbent le vent au gré des talons
Damasquinés d'or et de teintes vives,
A nu, sous la robe ou le pantalon.
Il est des talons qu'on appelle aiguilles
Et qui sont la tige d'où nait la fleur
Au delà de l'herbage et des charmilles,
Plus près du soleil et de la douleur.
Pour les porter il faut être princesse
De port et de charme et ,d'un air vainqueur,
Parader parmi désir et bassesse ;
L'être d'aspect sûr sans l'être de cœur.
D'autres, les plus grands, procurent l'ivresse
Himalyenne ! Ô beau cogito
Ne pense plus voici ton Everest !
Voici l'éther : les talons stilleto !
Ils vont aux pieds de
celles plus charnelles
Que l'amour baveux, qu'un soir au couteau,
Qu'un fruit d'été, que les plaies maternelles :
Celles qui s'en vont, nues sous le manteau.
D'autres parlent les langues solennelles,
Ils sont le mariage, ils sont le décès,
Ils sont le front droit, les graves prunelles,
Les Lettres : ce sont les talons français.
Aux pieds de madame ils la rendent sage
Autant qu'élégante et rude d'accès,
Leurs formes courbées sont un paysage
Recelant, au loin, l'ombre des forêts.
D'autres sont d'un temps oublié, volage,
Dans les salons blancs de fard en kilos
Ils sont l'esprit du Mot, tout un plumage
Envolé : Louis XV a les yeux bien clos.
Portés par celles qui sont des merveilles,
Qui vont, marmonnant, sur un vieux vélo ;
Elles ont vingt ans mais nous semblent vieilles,
Revenues tout droit du siècle du Mot.
Pour finir voici les tempes vermeilles
Et les joues rosies, les premiers baisers
Picotant tels des suaves abeilles,
Les yeux en cœurs et les yeux embrasés :
Les talons cubains ! Pour adolescente
Amoureu se, pour ange sans fardeau
Ni chagrin, trop belle et presque innocente,
Riant de sa vie et de son tombeau.
J 'en oublie autant que ces vers en usent :
Les talons bobine et ceux en talus...
Qu'importe les pieds : ce sont eux les muses,
Miroir double où mes désirs se sont vus.
Chaussure, muse mise en perspectives !
Podium céleste, art du cul bombé !
Les femmes des rues, mômes volitives,
Te portent le soir pour nous surplomber.
Comme naufragées les hanches dérivent
Et courbent le vent au gré des talons
Damasquinés d'or et de teintes vives,
A nu, sous la robe ou le pantalon.
Merry christmas and an happy new year !
*UNB*
Je suis né quelque part où chantent les lotus,
C'est à ce même endroit que pleurent les érables.
J'habitais ce pays d'art, de rois misérables,
Enrobé d'un ciel dont les anges se sont tus.
*OR*
Mais que restera-t-il de moi lorsque la Mort
Proclamera : "Voici mon irascible Frère,
Qui m'attend et m'attend lorsque j'attends la Guerre...
Nous la regarderons : c'est un Dieu qui s'endort."?
*N*
Liar.
Par La morte
Les salives salées des garces levantines
Humectent, souvenir suintant, l'instant de paix
Qui précède, au delà des larges parapets,
Ma chute, je revois l'or blond de ces poitrines
Où je posais mon front,
Tel. Oui sur de l'or blond
Les poils roux de Marie
Claquaient, vagues de feu, contre mon Icarie.
Mais je vous mens : La femme est un soleil lointain
Qui luit sans mon regard, et je suis aphélie...
Je me l'invente en rêve ou dans l'art, embellie ;
Une idée en jupon : voilà mon seul butin.
Où déposer mes lèvres ?
Le prince des orfèvres,
En un joyau damné,
A-t-il fondu ce cœur d'argent désincarné?
Mais je mens de nouveau car elle est revenue
La première, la seule, un jour rose, oublié ;
Caprice du destin - Mobïus délié.
Je la revois encor dormir à demi-nue.
Sur les hauts monts de gneiss
C'était une edelweiss
Au millier de pétales :
Les fleurs rares, d'hiver, ne me sont pas vitales.
Mentirais-je ? J'ai cru que nous serions époux...
Aux clairons du dieu mort lui passer l'alliance,
L'aimer, la détester, l'aimer, sans différence,
Faire de beaux enfants puis leur léguer mes poux.
Et si ce n'est pas elle
Je veux une pucelle
Qui m'aimera toujours,
D'une beauté modèle, à gagner des concours !
Et c'est mentir aussi que d'affirmer ce comble :
Je ne veux rien de plus que des amours sans nom,
La main frôle, un baiser ne produit aucun son ;
Dans l'ombre et le silence un doux manque se comble.
C'est la modernité :
Un peu de liberté
Préservant le mystère
Qui s'évade au matin de la couche adultère.
Je mens ? C'est vrai : je veux tout sacrifier pour l'art,
Sur l'autel ascétique entreposer ma vie,
Sans besoin, sans passion, sans chagrin, sans envie
Lire des contes, lire Ovide et Bachelard.
Faire des métaphores
Sans but jusqu'aux aurores,
Ne vouloir éviter
La prison personnelle à la perpétuité !
Non je crois au plaisir , les mensonges s'ajoutent
Et je ne perçois pas de vérité, l'instant
De paix se finira, décès inélégant,
Au creux des récifs noirs dans un éclat de gouttes.
Je frissonne et je mens...
Mentir a fait son temps
Donc qu'un frisson, l'ultime,
M'achève, moi : vivant que le mensonge anime !
Mourrais-je ? Non : Je mens.
Par ShadoW-57
A ma soeur de charité.
Les dents de l'éléphant, bracelets de l'almée,
Scintillent sous le ciel marin... M'offrirais-tu
Ton misérable cœur de chair âpre vêtu
Du pourpre de Titus, de jade et de camée ?
Sœur, tu parles encore un peu du chanaan
Qui te brise la nuque et tu parles de l'âge
Où fanent les souhaits... Par tous les dieux partage
Les roses défendues des jardins d'Ispahan !
Que tu sois la soudaine ou l'éternelle amante
Donne de ton mensonge en lequel l'avenir
Est l'antre radieux du songe, le menhir
Qui toise le néant riverain de ces landes !
Tu peux être la mère, une femme sans nom...
Ma mère, la victime aux larmes assassines,
Au bras sans fin ni main, l'omnisciente voisine
A qui le fils ne doit qu'un simple mot : pardon.
Je te cherche... Es-tu la seule prostituée
Qui mérite l'alliance et la mort à cent ans ?
Si je t'aime fais-moi l'amour aux quatre vents :
Rien ne manque aux amants sinon d'être tués.
Tu reviens, oiseau sans aile, qui a pris feu,
Puis je t'appelle muse... Ah ! Cette comédie !
Bonjour et au-revoir ; lors chacun se dédie
A son enfer humain sans bruler dans le jeu.
Mais n'es-tu la fille infâme aux mille voiles ?
Celle dont le visage est décédé, vraiment.
N'es-tu pas, pour le drame horrible un pur aimant
Qui s'égare, être mort refusé des étoiles ?
Ma sœur, ne parle pas : un battement de cœur
De ta part fait frémir le mien. La chanson triste
Qui n'est pas musicale a son refrain, existe.
Ton silence l'invoque, or ferme la ma sœur.
Alméïade.
I
Petite de fleur de gel dans la plaine de sang,
Caresse où je revis ; ma réanimatrice !
Un pleur d'ange vaincu recèle la matrice
De mon âme : lys noir, sans feuille, obsolescent.
Voyez-vous quand l'Almée au visage indécent
Imprima sur ma joue gauche une cicatrice
Couleur bouche joueuse en mineur, saltatrice,
J'ai versé du sel rouge et du citron dedans.
Et c'est depuis ce jour, sous Orion, que je dors :
Couché sur cette mer où plongent les grands phoques,
Murmurant à l'étoile un profond soliloque.
J'ai vendu mes secrets avec mon or – en lots,
Aujourd'hui je m'ignore et j'ignore ma race ;
Il n'est plus qu'un baiser, un gouffre sur ma face.
II
Il n'est plus qu'un baiser, un gouffre sur ma face,
Pour que je pense à toi si la nuit se sépare
Du jour, que tu n'es plus qu'une tombée de fard
Qui s'abat, tristement, sur le sol, et s'efface.
Du lieu du premier deuil aux hauts cris sur la place
Qui n'entend pas gémir ton prénom, dans les gares,
Dans les cafés, parfois jailli d'une guitare ?
Toi, la délicieuse et plurielle ; la garce ?
Je te connais, l'Almée, car tu dansais pour moi
Jusqu'à t'évanouir dans les fleurs balsamiques
En m'appelant ton fils, puis tu tendais les doigts,
Tous illuminés par une flamme ironique.
Mais sais-tu seulement qui t'aime à en mourir
D'avoir vu cette flamme folle et fière rire ?
III
D'avoir vu cette flamme folle et fière rire
Les dieux qui se penchaient sur la terre en sont morts ;
Ils étaient beaux, leurs yeux de marbre nimbé d'or
Nous regardaient passer, en marche pour le rite.
D'avoir vu scintiller le feu mourut l'élite
Comme les magiciens : combien de Garcimore
Furent au bout de la file des choéphores ?
L'Almée, ne pleure pas... Tu n'as pas à me lire.
Moi le singe poète - eh ! piètre sentinelle !
Tu n'as pas à me croire. Aux neiges éternelles
Les petites raisons meurtrières d'humains !
Nous revoici tous deux, l'un et l'autre devant...
Pour que ton baiser brûle encore mets ta main,
Petite fleur de gel, sur ma plaie, sur mon sang.
Aux bouts
ou
En pièce.
Dialogue avec la foi.
Elle m'a dit : « Pour toi les vierges sur la nappe
Allongées, le repas des ogres balatrons :
Chacune statuaire et, leur brisant le front,
Des couronnes de rose-thés, de fruits en grappe,
Si tu daignes, mortel, boire de mon parfum. »
Aurais-je répondu : « Pardon, rêve défunt ?
Lie aux yeux de velours agités, folle dingue
Qui fut évacuée du ciel nue à jamais
Je te hais, meurs ici de mes mains ; ni de mais !
Sombre, chagrin gratuit, n'émets aucune plainte.
Cruelle, qu'une armée a fui, qu'un péché tue,
Retourne dans les cieux, et pleure la vertu ! »?
Le rendez-vous manqué.
Faux lecteur, que de temps à tabasser ma lyre !
A chercher la putain que je pourrais élire
Mon animal perdu, ma sœur de charité !
Des mains d'enfant soigneux, des lèvres qu'on déchire,
Une voix sans parole et ce charme hérité
Des sorcières brulées sans avoir su maudire :
Tout cela pour un être. Impossible rencontre.
Il n'a rien dit, le fou...
Il n'a rien dit, le fou des Carpates, qui sent
Les fleurs déshonorés, le musc et les sept mers.
Il a juste, caché dans les joncs bleus et verts,
Extrait du grand marais le fiel incandescent.
Ma douce, je t'arrache un mot qui n'est pas Oui...
Ma douce, je t'arrache un mot qui n'est pas : Oui
Et tu repars, hiver en talons Louboutin
Dont le beau claquement sonore s'enfouit
Dans les bruits de la ville. On perçoit que tu jouis
D'avoir mangé mon cœur, du sang frais plein les mains.
Pars et digère et rote une âme assassinée !
Moi j'aurais fait de toi, deux jours, la plus aimée
Des sirènes de France aux mâchoires d'airain !
La fille de seize ans...
La fille de seize ans ne parle pas qu'aux fleurs...
Elle tend ses dix doigts si vole une adalie
Tout près d'elle. Je crois qu'ils sont niais et menteurs
Ce qui disent qu'elle n'a de grand que la folie.
Dialogue sur le bonheur.
"- Les alcyons dans l'âtre où brule un crépuscule
Sont plus beaux reflétés au fin fond de tes yeux.
-Serait-ce le bonheur ? -On ne fera pas mieux :
S'exhorter de l'amour comme font les crapules."
A propos de Lana Belle :
I
Lana Belle, au corps d'ange, aux escarpins de cuir
Marche dans les égouts du monde, en grande dame,
Sa jupe à corset rouge imite quelque flamme
Dans la nuit des péchés, qui se tuerait à luire.
De l'amour des romans, des films aux longs baisers,
Elle ne connait rien.. sous les pleurs des étoiles
Et ceux des galaxies dont rêvent les fusées,
Elle part et revient, veuve blanche en sa toile.
II
Veuve du premier jour, Ève du drame humain
Pour qui chaque saison s'apparente à l'automne,
Nuage, brume d'or qui veut tendre la main
Au passage, Lana : poison de belladone.
III
Songe à pleurer si, l'œil noir, un démon te fuit,
Emportant ton trésor, un rictus à la bouche :
Aucun dieu dans le ciel n'aura raison de lui ;
Pleure... pleure et reprends le chemin de la couche.
Un jour un fou de toi te noiera sous les fleurs,
Tu diras : « Un de plus ! Et qui m'offre sa vie ! »,
En riant aux éclats tu saigneras son cœur
Sur ses doux mots perdus, esclave d'une envie.
IV
Le quartier rouge, à l'aube, éteint mille néons
Et le sommeil permis l'enveloppe, la ville
L'oublie... On rend la rue aux vieux accordéons.
Elle s'endort... Nue et enfin immobile.
Suite sans thême.
Adieu le monde ! Adieu le sang gâché du Christ !
Défunt premier hiver ! Rives de plénitude !
La solitude aura le dernier de mes cris ;
Preuve ardente. Ô décès ! brûle béatitude !
Je lâche et le baiser volé parmi le soir
Et l'outre sanglotante en qui coule la brume,
N'allez pas où je suis, désireux de me voir
Dans les volutes bleues flotter comme une plume.
Semblant de mort astrale et belle, boulevard
De fleurs et de statues représentant les reines
Qui n'ont su que mourir par amour : pur hasard,
Vieil arracheur de dents, perle parmi les peines.
Je vole ivre et me perds, un jour je serai loin :
Assez loin pour ne plus voir se faner les roses
Car je me suis trop tu, serrant mon petit poing ;
Mon cœur n'a pas subi le viol des portes closes.
Je n'ai rien dit : orgueil d'un môme de Tana
Qui sent fondre sur ses pommettes argentées,
Pour source deux yeux noirs lourds de marijuana,
Feues ses illusions, mortes accidentées.
Et je ne dirai rien, malfrat de l'âme amer,
Sous les lampes du ciel avide de prières !
Rives de plénitude et premier hiver
Adieu, je vous salue à chaque anniversaire.
Prospective.
Ainsi quand l'univers décomposé m'aura
Rendu, tout frémissant, à la lueur natale ;
Je vous parle de celle, infime, qu'implora
Dans le temple de marbre et d'arbres la vestale,
Je vous parle de celle à qui revient le don
Quand il est épuisé d'agrémenter la terre ;
Mon parfum s'enfuira pour les rhododendrons
Des landes d'or, avec lui : mon dernier mystère.
Je retournerai vers les antres du soleil,
Remâcher cette épaisse viande au goût de suie
Dont s'écoule du lion royal le sang vermeil.
J'écouterai chanter les songes de la pluie.
Dans la source immergé mon front noir pâlira,
Ce sera bien après l'inlassable agonie
Des cieux : Quand l'univers décomposé m'aura.
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