Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Huitième heure
Les Vogue en disent long - dépucelage kantien - Marine ou les Parques - Jack Bovini ou Maximus.
« -Alors ?
Marine Picoléao balance cet alors comme si une interrogation l'avait précédé. Jack, juste éveillé, encore grièvement endolori, pourrait demander « alors quoi ? » mais pour le pauvre évadé le vrai mystère c'est tout sauf ça.
-Ça va mieux ?
-Que... Qu'est-ce qui s'est passé ?
Marine allume une de ces cigarettes qui en disent beaucoup sur le consommateur ; les Vogue mentholées.
-Ah, oui... pardon, mon chou ; tu as été libéré. Par moi. Enfin, indirectement, je veux dire."
Jack comprend alors que le libre arbitre que la prison était censé lui ôter a tout de même pris un sacré coup dans l'aile : Monsieur est redevable, ce qui ne lui était jamais arrivé.
Comme épouvanté face à pire que la mort il se lève brusquement et court vers la porte de la chambre, gauche et parfaitement ignorant de son but. Elle est verrouillée, il tente des coups d'épaule pour la défoncer.
Marine, dont le métier consiste à garder son calme, lui demande où il compte aller sachant qu'il ne sait même pas où il se trouve. Ce qui exaspère Jack qui se dit qu'à chaque fois que cette femme ouvre la bouche c'est pour soumettre l'interlocuteur. Il songe bien à lui péter le nez mais le fait est que sans elle son avenir c'est la perpétuité.
-Qu'est-ce que tu veux, salope ?
-Salope ? Pourquoi pas... n'empêche que c'est triste ; devoir obéir à une salope. Ça fait de toi une sous-salope... tu comprends ? A chaque fois que tu m'insulteras je n'aurai rien besoin de répondre pour que l'insulte se retourne contre toi, puissance dix. Tu comptes toujours t'auto-traiter de grosse merde ou bien tenir compte de la situation ? Pour ce qui est de ce que je veux : c'est toi.
-Moi ? Ta gueule, t'auras rien. Tu m'as pris pour qui ?
-Et toi ? Tu t'es pris pour qui ? Al Capone ? Escobar ? Néron ? »
Jack ne connaissant que les deux premiers ne sait pas quoi répliquer, elle reprend :
-Non vraiment, mon bébé, tu te souviens pas de moi ? L'école Paul Verlaine ? Ta première amoureuse ?
Évidemment Jack ne se souvient pas de qui que ce soit avec qui il fut lié par le concept d'amour, qui ne lui est pas étranger mais extra-terrestre, voire extra-galactique. Il préserve son mutisme relativement inquiet. Il se souvient tout de même de l'école Paul Verlaine, qui tenait lieu, au temps de son enfance, de maternelle et d'école primaire puisque c'est la seule école qu'il fréquenta. Mais pas de cette tarée de Marine. Soudain il saisit qu'un problème se pose : il a 20 ans ; entre la maternelle et ce jour précis son hôte avait légèrement eu le temps de l'oublier... Cette idée le terrifie. Marine, offusquée de ne pas être la femme de la vie de Jack, fait mine de trouver son oubli inconséquent et continue comme s'il avait répondu par l'affirmative :
-Et bien voilà ! C'est le destin ! On se retrouve comme au bon vieux temps ! Ce que je suis heureuse, t'imagines pas ! Je t'attendais, mon amour ; depuis tout ce temps je t'attendais ! »
Elle l'attendait... la chose est présentée de telle façon que c'est lui qui semble être venu à elle et qu'il ne s'est pas fait, disons le mot : enlevé. Il a tellement envie de la frapper, il ne peut tellement pas.
Pour la première fois de sa vie de hors-la-loi Jack subit le dilemme entre le vouloir et le pouvoir. Un dépucelage auquel il ne s'était pas préparé. Une fois ce sentiment de frustration absolue nouvellement intégré il se renseigne sur la suite des évènements. Marine paraît surprise.
-Ben c'est évident ! On va se marier !
Là notre héros remisé au rang d'esclave impuissant désire juste sauter par la fenêtre sans prendre le temps de l'ouvrir. Seulement elle en obstrue le passage... Se pose alors le mystère de la capacité de prévision de Marine : porte verrouillée, fenêtre obstruée, sérénité de la négociatrice etc. tant d'éléments la sacrant prophète !
L'ennemi public numéro un voyage de terreur en terreur, de frustration en frustration, de cage en cage ; lui qui, il y a deux heures à peine, était délivré de toutes contraintes humaines. Même son corps, lourd d'ecchymoses et d'os brisés, n'est plus qu'un outil de son désespoir. Il n'a plus le choix ; tout-à-fait comme elle le disait : c'est le destin. Les Parques réunies : c'est elle. Tenant les ciseaux avec un enthousiasme passionné, seule décisionnaire de la fin ou de la continuité, plus détestable et souriante que jamais. Aromatisée au Chanel numéro 1. Dompteuse de tigre de profession. Peut-être le seul être habilité à faire face à Jack Bovini, Dieu s'il existe n'a pas un millième de l'influence qu'elle a sur lui actuellement. De loin on pourrait dire qu'il en est amoureux. Il pense en fait à la tuer. D'où l'interjection suivante de la part de Marine :
-N'y pense même pas. Tu es recherché dans toute la France au minimum pour meurtre, tentative de fuite et violences sur individu physique - l'espèce de pétasse chez qui t'étais -, tu n'iras nulle part sans moi. Mon chou. Elle écrase sa clope, en rallume une puis en propose à Jack qui accepte, étant sans paquet et en manque de nicotine.
Chéri, mon chou, bébé...ce vocabulaire affectueux le met hors de lui, du moins il aimerait aller hors de lui, mais il ne peut sortir au risque de subir le joug d'autres fers, à vie. Il tire une immense bouffée et se résigne :
-Qu'est-ce que tu me proposes à graille ?
-Et bien l'hôtel a un restaurant, on verra là-bas.
-Au resto ? Mais on va me tricard !
-Te tricard... Ah, oui : ça veut dire repérer, c'est ça ? Ne t'inquiètes pas, tu ne seras pas tricard.
-Ah ouais ? D'où ? Je suis recherché dans tout le pays, tu viens de le dire !
-Dans tout le pays... Ah, je comprends ! Non, je t'explique, chéri ; nous ne sommes plus sur le territoire français. »
Voilà, le dialogue précèdent ne dure pas une heure néanmoins il me semble que la situation matérielle et psychologique s'est assez retournée pour considérer qu'une heure est passée. Ce qui compte n'est pas le temps mais l'évènement, vous l'aurez remarqué. Car en considérant les données temporelles ce récit est impossible : on ne met pas deux heures de Cannes à l'Ardèche en comptant de la marche à pied, voyons.
Ce qui est réel c'est que Jack peut, en quelque sorte, tomber amoureux (en tous cas le résultat est analogue ; il n'est rien sans elle et ils vont manger en tête à tête au restaurant).
Septième heure
Passage à tabac - La chasse au taureau - La trahison de Paolo - Fête - Sauvé par Marine.
Dans le fourgon ça sent mauvais... Jack pense que c'est normal en présence de représentants
de l'ordre. Ce n'est pas le plus important : monsieur va retourner en taule, il va encore devoir faire les poches aux matons pour survivre...
ça ne l'intéresse pas. Il sait bien que tout ce qu'il dit peut être retenu contre lui et qu'il a le droit de garder le silence mais il demande tout de même à un membre de son escorte si sa mère
l'aurait pas fini à l'Ajax, pour voir. Il sent la crosse du fusil lui rentrer dans la poitrine et fissurer superficiellement sa cage thoracique. Ça lui fait cracher une vilaine bile et un peu de
sang. La bouche souillée il gargarise : non, finalement, ça devait être à la merde...
La rafale de coups semble être sans fin pourtant la brigade, bien entrainée et folle de rage, ne le lâche pas pendant dix minutes. Il finit au sol comme un batracien de chair rose, il aimerait dire encore des choses sur les mères mais sa bouche est brisée.
Les autres en rigolant : on dira qu'il a résisté !
Commotionné, épuisé, sanglant, Jack rejoint un sommeil quasi comateux.
En dormant il sent des secousses, entend vaguement du bruit, des cris et du chaos. Dans son rêve il assimile tout ça à la conduite d'un Hummer dans la pampa où son ami rêvé Paolo Jineria tient une petite hacienda tranquille, une armée de mercenaires, le marché de la coke et tout un peuple affamé. Il passe la tête par la fenêtre et aperçoit cet immense taureau en cannabis qu'il chasse depuis toujours. Il ordonne à son partenaire de chasse, Mioukou, un petit indien élevé par des cactus, de saisir le canon à neutrons afin de lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Néanmoins le taureau accélère tandis que Jessica Alba l'appelle de l'autre côté de la prairie. Cette salope avec ses super-pouvoirs qui consistent à être parfaite fait augmenter promptement la production de phéromones de la bête qui peut alors courir jusqu'à 900 kilomètres à l'heure et s'échapper, c'est toujours comme ça...
On ne sait pas pourquoi mais Mioukou est mort décapité. Jack décide de l'enterrer près d'un arbre à vagins puis repart boire un mojito sur la terrasse de Paolo. Son ami est assis en face de lui, sur ses genoux une superbe brune qui doit avoir 13 ans à tout casser. Il parle :
« -Tu vois Jack... comment dire ? Ça fait longtemps qu'on se connaît... je veux dire : on a conquit le monde en lui chopant les couilles, on est les meilleurs... néanmoins... comment dire ? On va devoir se séparer.
Jack, assis également, n'émet aucun enthousiasme à l'ouïe de ce qu'il interprète comme une bonne nouvelle, il dit juste :
-Très bien, pars. Et conclut en tirant une latte sur son cigare en or aromatisé à la sauce barbecue.
Paolo rit jaune:
-Attend, attend... comment te dire ça... Il sort un Walther P99 d'une poche qui n'était pas là avant et lui enfonce le canon dans la bouche. Il reprend : redis-le !
Jack lève un doigt d'honneur puisqu'il ne peut pas s'exprimer verbalement.
Une seconde avant que Paolo n'appuie sur la gachette il se désintègre soudainement ; c'est Mioukou, toujours étêté, qui intervient avec son canon à neutrons. Cette fois Jack soulève un pouce reconnaissant.
-C'était moins une."
Il se trouve qu'enterrer quelqu'un mort récemment près d'un arbre à vagins lui redonne la vie.
Jack est désormais le roi de la drogue ; il fête ça toute la nuit avec du champagne à sniffer, des joints de cannabis de vache en dansant sur la musique des Rihanna Five, il mange aussi beaucoup de framboises rôties, et, je vous l'avoue, termine en faisant des trucs humides avec la veuve Jineria.
Le lendemain il se réveille. Il se réveille dans une chambre d'hôtel, Marine Picoléao est assise sur une chaise, près de la fenêtre...
Une heure s'est écoulée. Elle dit :
-Ah mon chéri j'étais si impatiente !
Jack se rendort, même lui ne tient pas le choc.
On apprend en cette septième heure qu'il se fatigue facilement.
Sixième heure
Arrivée de la négociatrice - Angoisses freudiennes - Métamorphose - Piège - Ils ont eu Jack.
Une buse fend l'azur au dessus des épicéas. L'ambiance est caniculaire.
Marine Picoléao descend de sa twingo :
« -Ah mon dieu, quelle galère ! J'ai cru que j'allais jamais trouver ! Que j'allais rester là, quelque part, à vivre de baies et d'ail des ours ! Mais un vieux du coin m'a sauvée et j'ai réussi ! Ouf !
La brigade est sous tension et se prend à rêvasser d'assassinats sur la dernière arrivée. Le lieutenant, ou l'inspecteur (qu'en sais-je ?) Gotrit se présente.
-Enchanté ! Moi c'est Marine Picoléao mais appelez-moi Marine ! Alors qu'est-ce que c'est que cette histoire ; il veut pas se rendre le monsieur ?
-Exactement, il s'agit de...
Marine lui prend le mégaphone des mains et lui explique qu'il faut laisser faire les professionnels.
Elle crie :
-Je suis la négociatrice, monsieur... Elle s'interrompt et coupe le son de l'amplificateur de voix puis se tourne vers l'officier : M'sieur Gotrit, s'il-vous-plaît, m'sieur gotrit ! Houhou, m'sieur Gotrit ! Vous pouvez venir voir... Il s'approche. Comment il s'appelle votre mec, là ?
-Le suspect ? Jack Bovini madame, mais vous devriez le savoir, vous ne vous êtes pas renseignée...
Elle l'interrompt de nouveau par le biais d'une réaction absolument psychotique ; soudain elle balance le mégaphone à terre comme si ce fut un gros insecte involontairement ramassé et se met à pousser un cri strident.
Entre temps Jack s'est pointé à la fenêtre.
Gotrit demande à la négociatrice ce qu'il se passe. Elle s'explique :
-On était ensemble en maternelle !
Sur ce la brigade et l'officier se figent, ils ne comprennent pas, ils ne voient pas le rapport. Et l'officier fait entendre ce sentiment général à Marine. Elle ne comprend pas qu'ils ne comprennent pas et, vraiment, ça l'énerve.
-Mais enfin ! Vous avez pas lu Freud ! Dieu sait ce qui peut se passer si je rentre en contact avec un de mes amours d'enfance !
Ils ne comprennent toujours pas... Qu'est-ce-qu'il peut se passer ? Mais Gotrit, exaspéré, plutôt que lui poser la question, l'engueule franchement comme quoi il n'a pas de temps à perdre avec ces conneries, qu'un criminel super dangereux est en liberté etc. ça semble la toucher :
-Roooh, c'est bon... Je voulais pas vous vexer. Tout à coup ses traits deviennent autoritaires, froids et distants ; elle semble métamorphosée : Bon, passons aux choses sérieuses ; quelle est la situation ?
L'officier se réjouit de ce changement de cap et lui narre tout le conflit, en passant par le coup de couteau sur la victime jusqu'au caractère forcené du coupable.
-Un petit malin, hein ? Il veut s'essayer à la cour des grands ? Pfff... dire que je l'ai aimé. Le mégaphone s'il-vous-plaît. Puis elle parla à Jack, un peu impatient : Jack Bovini vous êtes en état d'arrestation, je ne vous lâcherai rien... Tuez-la si vous pensez que ça vous sauvera.
Sur cette phrase qui laisse le monde en suspens elle éteint le mégaphone.
Jack est piégé, Jeanne pleure beaucoup. Les brigadiers se demande si la négociatrice est folle.
Notre compère est dans un sale embarras : tuer sa fiancée lui paraît impossible, ce sont là ses limites. Marine Picoléao ne sait faire qu'une chose dans la vie : saisir les limites des individus. Après tout ; elle a lu Freud.
Une demi-heure passe. La porte d'entrée s'ouvre. Jeanne sort en premier, piteuse, elle court vers les policiers. Ensuite vient Jack, mains derrière la tête, toujours claudiquant, le regard palpitant de rage.
Deux hommes le couchent au sol et le menottent.
Oui, en cette heure sombre, Jack est tombé.
Une phrase a suffi. « Tuez-la si vous pensez que ça vous sauvera. »... D'où sort cette femme ? Il la croise, elle lui sourit et lui fait un petit coucou d'une main manucurée. Elle est blonde, de grands yeux verts hypnotiseurs de tigres, un visage heureux. Elle lui rappelle quelqu'un. Il rentre dans le fourgon.
S'évadera, s'évadera pas ? La septième heure nous le dira peut-être...
Pour ce qui est de la sixième on apprend que Jack Bovini est vraiment une grande gueule.
Cinquième heure :
A quoi bon peindre le cul des singes ? - Prise d'otage - Sur le cynisme de la police - Fiançailles innatendues - L'arrivée du
négociateur.
Jeanne : C'est quoi ce délire, Jack ?!
Elle panique, bat des bras et fait couler par cascades son mascara Bourjois Paris, qui est censé tenir en toutes circonstances... Seulement qu'en est-il des encerclements par le GIPN dans la liste des circonstances possibles où le maquillage se détériore ? On a beau maquiller le cul de tous les singes du monde avec la graisse de toutes les baleines des océans on peut pas tout prévoir.
Par 3lda.
Jack : C'est rien...
Notre héros est beaucoup plus calme que lors de son empêtrement dans le marais ; il se sent plus dans son élément. Plutôt que le rapport de force avec les drosophiles* trop collantes il préfère le rapport de force avec l'homme armé de canon scié. Malgré le petit plaisir qu'il éprouve à se savoir dangereux il mesure la délicatesse de sa situation. Et Jeanne en vociférant :
-Comment ça c'est rien ? Y'a une armée de flics devant chez moi qui te demandent de te rendre ! Te fous pas de ma gueule ! T'as fait quoi ! T'es un malade Jack ! Putain mais répond-moi ! Oh ! Quand je pense que j'aurais pu te laisser là-bas ! Qu'est-ce qui m'a pris ? Mais qu'est-ce qui m'a pris, bordel ! Ah tu m'as bien baisée ! Pour ça ! Et dans tous les sens du terme ! Pire : tu m'as enculée !
A cette dernière altercation Jack pense : Non c'est pas pire, c'est mieux... ça le fait sourire. Jeanne, qui ne s'arrête plus de paniquer, reprend :
-Pourquoi tu rigoles, hein ? Tu trouve ça drôle ? Je vais être considérée comme complice de tes conneries et tu rigoles ! Tu sais j'pourrais très bien descendre les voir et charger ton dossier ! Dire que ma mère...
Sur ce début de phrase clichée de la femme en colère Jack l'empoigne, serre sa gorge sous son coude et se dirige vers la fenêtre pour l'ouvrir. Il affiche un visage de psychopathe orgueilleux qu'il n'est pas loin d'être et gueule à l'assemblée prête à l'assaut :
-Oh les pédés ! J'ai un otage super bavard ; c'est comme vous voulez : soit je la bute et vous y serez pour quelque chose soit j'me barre de c't'endroit pépère ! Choisissez !
Mouvement dans les troupes, quelques échanges et un gradé s'empare d'un mégaphone :
-Nous ne pouvons pas faire ça ! Réfléchissez : quoique vous fassiez vous serez traqué et emprisonné, soyez raisonnable !
Jack s'esclaffe tout en les interrogeant :
-Réfléchir ? Raisonnable ? C'est quelle langue ça ? Pas la mienne en tout cas !
Puis ses yeux se révulsent, rougissent, il saisit son opinel et trace une ligne sanglante dans la chair du cou de son otage, Jeanne hurle. La trace est superficielle mais apparemment Jeanne aime à trop en faire.
L'officier sursaute, et, avec un frisson dans la voix, lui explique que ça ne sert à rien, qu'il ferait mieux de rester calme et que tout va s'arranger, il rassure Jeanne au passage. Le lieutenant Gotrit est un dur qui a vu plus impulsif et plus meurtrier que Jack Bovini dans sa carrière, s'il frissonne c'est qu'il sent que l'histoire va attirer les caméras. Ce que la police est cynique !
Jack aime le cours de la conversation :
-S'arranger... C'est ce que j'voulais entendre mec ! S'arranger genre barrez-vous de mon chemin bande de connards ! Ça vous va comme arrangement ?
De nouveau mouvement dans les troupes, de nouveau conciliabule ; Gotrit conclut :
-Un négociateur va arriver, tout s'arrangera, je vous le promets !
Bovini désormais le plus célèbre du nom marque une pause puis accepte d'attendre, mais pas trop sinon il « la saigne en direct ».
Jack retourne à l'abri des regards, il balance Jeanne sur le parquet, inutile de stipuler qu'elle s'est urinée dessus et arbore deux pupilles tremblantes et exorbitées. Il la fouille, trouve ses cigarettes et en craque une. Après avoir recraché une grosse bouffée il narre :
-Bon, tout s'est pas passé comme prévu. Il laisse un silence, se gratte derrière la tête. En fait j'avais rien prévu... En tout cas toi tu vas fermer ta gueule jusqu'à ce
que j'te remette une cartouche une fois sortis d'ici.
Il plonge son regard complétement névrosé autant par ce qu'il est que par les évènements qui se déroulent et lui avoue :
-Et ouais, j'tai choisie comme meuf ! On vivra ensemble et tout et tout... C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?
Epouvantée, elle trouve un brin de conscience pour murmurer :
-T'es... T'es sérieux là ?
Notre ami s'enthousiasme :
-J'étais sûr que tu serais d'accord !
Cette splendide déclaration de fiançailles passée le négociateur arrive...
Suspens et boule de gomme car une heure a défilé pour nous apprendre que ce bon vieux Jack est optimiste.
* Les drosophiles sont des insectes diptères holométaboles radiorésistants : voilà tout.
Quatrième heure :
Les marais - Du juron - Le sauvetage - Elle s'appelle Jeanne - Sur la tyrannie - Un peu de sexe - L'arrestation.
Jack est dans un marais. Il s'enfonce à moitié. Il est ivre. Sa situation actuelle est absolument inexplicable. Ivre tout peut arriver : il est embourbé dans un marais, il pourrait être en train de manger des ramens tonkatsu à Osaka – mais je n'aurais pas pu suivre.
J'ai mis un temps fou à le rattraper ; le dernier post date du 28 juin 2010, 8 mois... Un quart d'heure dans la vie de ce personnage.
Et il brasse et il jure :
« Sur la cravate du petit neveu ! Qu'ils aillent frapper la tête de leur mère 90 minutes contre un mur en béton armé ces fils de pute de roseaux !
Puis :
De leur mère la pute empalée ! »
L'inventivité de ses jurons allait de pair avec son contrat avec le diable : un sabot et un talent quasi inutile à part chez les gens violents pour le prix d'un sabot ! C'était la promotion du jour.
« Les genoux de ta grand-mère sous un rouleau compresseur, là ! dégage putain de crapaud
de ton cul poisseux ! Mange tes morts les lépreux ! Va
bouffer de l'uranium ! Et toi qu'est-ce que t'as la boue ? J'te bute moi ! J't'enterre dans une cité sous-marine et j'dis à tes parents qu'tu te prostitues pour du Viandox dans une ruelle du
Texas ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Oh ! Sa race maudite par une pute de branche ! D'où tu m'reviens dans la gueule ? Vas-y là ! Où je suis ? »
Jack est désespéré. Et perdu. Ce qui ralentirait beaucoup la narration s'il n'était pas sauvé par la fille dont j'ai parlé précédemment. -Jack et moi ignorons son nom, d'où ce dialogue :
« -C'est toi Jack ? Demande-t-elle en le sortant du bourbier.
-Oui merci, euh... beaucoup !
-De rien, tu peux m'expliquer ?
-Oh... Non. Je suis un peu sec là, ça risque d'être chaud... La pouffe s'attendrit, elle croit que le destin les a rejoint. Jack reprend :
-Mais dis-moi t'habites loin, machine ? »
Quelle mégarde. Machine s'offusque : moi c'est Jeanne et va te faire foutre connard ! Elle commence à partir.
Néanmoins Jack est un félin de la pire espèce, de ceux qu'on ne peut pas détacher du regard, non pas de peur d'être tué mais pris au sortilège de la fascination ; qu'un seul être contienne à lui seul autant de montagnes de cadavres semble impossible. Impossible de l'impossibilité que revêtent les merveilles.
Jeanne n'en retrouvera jamais un comme celui-ci, il n'y a pas deux phares d'Alexandrie.
Et avec un « Jeanne, attend » il ne la fait pas attendre mais revenir au pas de course. Les tyrans comme lui enchaîne sans autre maillon que leur capacité à provoquer soit la détestation pure soit l'amour pur soit les deux. Jack est de ces tyrans qui ne veulent pas entendre parler de pouvoir.
Pourtant il se fait ramener chez elle et il la bouillave comme si elle devait en mourir. C'est toujours comme ça qu'il fait. Elles adorent.
Mais Jack a tué un paquet de flics et de civils en trois heures. On entend donc un « Rendez-vous, vous êtes cerné ! » qui n'arrête pas directement Jack dans son élan charnel. Il termine et prend une douche avant de porter un tant soit peu attention à l'arrestation la plus spectaculaire de la décennie, qui le concerne de prime abord...
Réplique culte : Tiens, tiens... on dirait qu'on a de la visite...
Troisième heure :
Le salut d'un homme - Une autre transaction - Se souvenir de son nom - Solidarité infirmes - Pauvre Marielle -
Conclusion.
L’agent Keushmeul ne sera plus jamais moqué…
La Maserati est défoncée : elle fume puis explose.
Plus loin dans la montagne déambule Jack Bovini, il comptait se déplacer en voiture plus longtemps…
Il rejoint vite un village, il y discerne deux jeunes clients potentiels, les dépouille jusqu’à l’os et avec le pactole il s’approvisionne sans se faire remarquer.
Il est heureux mais ne sait que faire… Il va dans la forêt : Au point où il en est il s’attend à voir sillonner des hélicoptères aux flancs béants et débordants de gendarmes et de policiers de toutes sortes.
Un sandwich thon mayo brise sa légende culinaire.
Il pense à aller s’abriter chez une de ses meufs : Clara ou Jenny ou il ne sait plus… dans un patelin d’Ardèche. Baiser le détendrait, si calme qu’il est comme homme se métamorphosant chaque minute en l’ennemi unique d’un peuple et d’une nation.
Une route croisée à l’ombre des fayards, le hasard d’un scooter, un coup de coude.
Marcher est difficile pour un boiteux ; celui qui vient de se faire anéantir les cartilages nasaux et voler son moyen de transport professionnel doit le comprendre.
De petite route en petite route il atteint la panne d’essence. C’est que le réservoir était à peine rempli.
Mais il se rapproche de sa miss… Aussi vrai que Marielle Bonquive, qui le prendra en stop, se rapprochera jusqu’au plus âpre frisson du squelette noir de la mort.
Nous apprenons en cette troisième heure que Jack Bovini est capable de faire des kilomètres pour une fille.
Deuxième heure :
Du souci de l'originalité - Départ de Cannes - Le décompte des morts - Le barrage - Le problème des cigarettes -
Conclusion.
Une interpellation de la part d’un agent ; à pied la course-poursuite le fatigue… Jack, pilote sans voiture, hésite à fracturer une Ford Fiesta mais, aujourd’hui, il trouve cela banal.
En plein après-midi du vingt aout 2009 Jack Bovini quitte le périphérique cannais à bord d’une Maserati dont l'alarme hurle au vol dans toutes les rues de Cannes et de Grasse. Pied au plancher. Qui le croise l’entend mais ne le voit pas tant l’aiguille du compteur bute contre sa limite. Il percute des gens. Tant pis : dans dix minutes il sera loin.
Par ~PutReset
Dix minutes plus tard deux voitures de flics sont à sa poursuite. Il s’allume une cigarette. On le prie de s’arrêter à coup de clignotants et de mégaphone. Il fume. On lui ordonne de s’arrêter.
La balle du Desert Eagle pénètre la roue avant gauche de la voiture la plus proche qui suit alors une frénétique trajectoire, oscille brutalement de l’avant et s’éclate contre le garde fou. L’officier Robert Desbranches est mort, les langues de bœuf à la sauce madère refroidiront éternellement ma chère Evelyne ! Votre fils unique deviendra chrétien ou sataniste ; tout dépend de la manière avec laquelle il recevra la nouvelle de la part de l’homme brassardé de noir.
Jack Bovini n’a plus qu’un poursuivant : la balle traverse le pare-brise. Le chat de l’adjudant Malbé mourra de faim dans trois jours et l’officier Parsle ne visionnera jamais son intégral de Kubrick.
Jack jette son mégot.
Il roule une heure, ivre d’une joie qui se heurte à deux autres véhicules dont chantent les gyrophares et garées perpendiculairement à cette ligne blanche qui tempère et règle le ballet des caisses.
On lui somme de s’arrêter. Il fonce, se saisit de son paquet de cigarettes et… il est vide. Il n’avait pris qu’une clope. Et c’était trop tard pour en acheter.
Tout en fonçant, ruant sa rage contre le bleu tournoyant et les hommes en panique, il se mord la lèvre…
Nous apprenons en cette deuxième heure que Jack Bovini est distrait.
Première heure :
Les présentations à Jack Bovini - A Cannes - Le dédain de Jack Bovini - Le sachet - La transaction - Les au-revoir -
Conclusion.
Être Jack Bovini, en ce monde, n’est pas à ta portée. Tu as, comme lui, peut-être peur des abeilles mais berces-tu tes songes des pires saveurs du crime où le meurtre rémunéré côtoie le kidnapping d’enfant ? Te racontes-tu des histoires où se vident les chargeurs de toute une armée pour une valise de came ? Oui ?
Alors il te reste à boire, à t’acheter un varan de Komodo et à faire pousser vingt-huit plans de cannabis pour que ton salon se visite à la machette. C’est des efforts.
On dit que Jack Bovini revient d’un exil dans ce pays où le rhum est moins cher que l’eau, qu’il n’a plus de sang, que les ventricules palpitants de son cœur s’emplissent et se vident d’alcool, que son urine se classe parmi les plus puissants produits corrosifs avant l’acide chlorhydrique, qu’il ne sait plus qui l’aime, qu’il boîte car le sabot du diable lui fut greffé pour un euro et quarante centimes ; on dit enfin qu’il ne mange que des macaronis au beurre et des kebabs sans oignon ni salade ni tomate. Jack Bovini a vingt ans.
Le voici dans les rues de Cannes la bocca : le sud. Regarde comme il se méfie ; du tireur embusqué et de l’oiseau qui pourrait déféquer sur son survêt’ Lacoste blanc et neuf…
Parmi d’apocalyptiques et imperceptibles menaces : il avance.
Avec dédain : tu n’es rien pour lui. Qu’as-tu fait ? Quelle victime as-tu étranglée pour la vraie raison qu’il te manquait une pièce pour prendre le bus ? Aucune. Zéro. Tchi !
Tu n’as rien fait donc tu n’es rien. Il te considère comme tel.
Mais il veut te vendre un sachet ; il devra se montrer si conciliant que lui marierais ta fille, si tu en as.
Toi tu veux un sachet ; tu n’existes que dans une boîte de nuit et en boîte, sans sachet, tu ne vaux pas mieux qu’en dehors. Tu traînes ici depuis un moment, les gars du quartier t’observent… Ne crains rien : tu as une gueule de client. Et on ne vole pas les clients de Jack.
Il vient vers toi… Tu flippes ; c’est un monstre qui te sourit.
Il te demande combien tu veux, tu lui balbuties, il te donne le tout, tu paies, vous vous séparez.
Tu croyais mourir là, hein ? Ne t’inquiète pas : ce soir.
Car, parfois, il coupe sa drogue avec de la mort-aux-rats.
Nous apprenons en cette première heure que Jack Bovini est économe.
Par ~ To-be-beautiful
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