Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Où sont les guerriers ?
Où sont les rois?
Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?
Sofiane.
Bitches.
Par Sunzhine.
Nous, pour leur gros chagrin, nous invoquons la chair
Sur cet élancement du galbe de nos jambes :
Ces deux aimants odieux où leur regard se perd,
Magnétisé, puis d'un coup se révulse et flambe !
Toutes les rues où nos célestes escarpins
Ont frappé du pointu nos pas de ballerines
Sont, de nos jours, encore embué du matin
De la Beauté que nous semons parmi les ruines.
Toutes les boîtes de nuit où nous scintillions
En imitant la danse avide des tigresses
Prêtes d'aller chasser sur la terre des lions
La proie au goût divin de force et de faiblesse
Sont des lieux que l'on dit soudain phénoménaux
Où sous les grands néons fleurit la minijupe
Dont la courbe saisit les seigneurs animaux
Qui, pétris de fierté, meurent au jeu de dupe.
Par le Japon, par le Kosovo, de partout
Nous alimentons l'air d'érotiques effluves
Qui font de tel cerbère un fidèle toutou
En drainant sa vitalité comme une étuve.
Nos parfums font des fous qu'il faudrait interner
Et des saouls ivre-morts qui sont nos marionnettes
Amorphes dans l'extase et forcées d'incarner
Les troupeaux flagorneurs qui nous sacrent vedettes.
Nous sommes belles, trop pour un seul amoureux,
Un petit maquereau pris dans nos jarretelles
Qui se débat pour mieux s'étouffer d'être heureux
Ce n'est qu'un parmi cent : nous sommes les plus belles !
Les magasins sont là pour nous ; pour nous vêtir
De résille en satin et de luminescences
Sans conteste jolies, aux couleurs du désir
Et du charme blutés jusqu'à la quintessence .
Nos rêves sont remplis d'or et de vêtements,
De voitures de luxe et d'immenses piscines
Que l'on veut voir jaillir de notre entêtement
De divas sans le sou mais avec la poitrine.
Nous savons bien des mots pour renvoyer les mecs
A la barbarie, à l'outrance sanguinaire,
Comme un fouet notre clin dévaste d'un coup sec
Ce que le mâle a de raison et de colère.
Et tout ce qui l'attend c'est l'illusoire instant
Alors qu'il ne s'attende à frôler notre bouche
Qu'au prix irrémédiable et pesant de son sang...
Moins cher que pour entrer au sein de notre couche.
Nous arpentons le songe où le pubère amer
Travaille comme un art son secret onanisme
Parce qu'il nous a vu de face et de travers,
Que, dès lors, il s'est cru piégé dans un séisme.
Nous, de nos ongles bleus, nous traçons sur la peau
Les rougeâtres tranchées que portent nos esclaves
Afin de les marquer violemment du sceau
De notre bon plaisir - ce d'un geste suave...
Il faut nous aimer tel qu'un amant qui combat
Jusqu'à la mort, hué par le ciel et la foule,
Et dont le dernier souffle tandis qu'on l'abat
Sert pour notre nom : qu'on nous aime et qu'on s'écroule !
Il faut nous aimer, il faut nous aimer toujours !
Car un jour viendra qui ne nous montrera belles
Qu'au regard du poète et quand viendra ce jour ;
Que nos grâces d'enfants deviendront maternelles,
Pour l'avoir fait subir nous subirons l'amour.