Où sont les guerriers ?

 

Où sont les rois?

 

Où sont les orgueilleux qui prennent le trône quand on les croit ?

 

Sofiane.

Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 05:51
- Publié dans : Avant Calliope à tout prix( Calliope a tout pris).

Les fous de la nef.

 

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I

 

Usez de seaux, videz vos injures au seuil

De l'hôpital où, trous béants sans fond, voraces,

Les avaleurs d'éther, en bavant aux terrasses,

Défèquent l'infini sans songer à l'écueil

 

Qui vous attend ! Videz, badauds de sainteté,

Votre peu de valeur contre ceux qui vous nient,

Ceux-là – les arriérés - qui pleurent la sanie

De la blessure humaine en train de fermenter.

 

II

 

Ils ont... nous avons (j'en suis) longuement chialer

Avec un rire atroce aux lèvres - délicates :

Trop pour un baiser - dans le secret des pénates

Et des cachots lointains où nul sain n'est allé.

 

Pourquoi, dans cette place où vont mourir les gens

A force de plier sous un ciel fait de marbre

Nous voit-t-on différents dès qu'on murmure à l'arbre ?

Nous qui ne parlons qu'aux arbres intelligents ?

 

Ah ! Puis nous hurlons : Foutre ! Salope ! Cageot !

Nous hurlons ce qui vient abraser notre bouche

Dès que l'insupportable retenue accouche

Du legs de Tourette en d'impitoyables mots.

 

Et nous chantons ! Je chante en éreintant ma voix

De l'Opéra, messieurs, des cantates magiques,

Ou du rap incisif plein d'un souffle tragique

Qui donne à la mâchoire une fureur de roi !

 

Pas pour vous, les connards ! Pour vous pas un seul chant

Émanant de la fleur ne vaut que l'on se penche

Afin d'écouter, dans un monde qui calanche,

Une seule fois la vie allant ! S'élevant !

 

Nous sommes heureux ! Na na ni na nère ! Et nous

Achevons l'immense œuvre où l'inintelligible

Se ressent, se promène et n'est pas si terrible...

Car nous ne savons pas pourquoi nous sommes fous.

 

III

 

Jaillissant des parois nous avons vu des hydres

Sans yeux ni bouche, laids tels des enfants maudits

Envahir les couloirs glauques de nos taudis

Quand nous mélangions l'absinthe avec le cidre.

 

Il apparaît, souvent, autour de nous les ailes

Décomposées d'oiseaux d'eldorados tombés

De leur nid délicat, la poitrine plombée,

Pour nous en prémunir nous chérissons l'ombrelle.

 

Parfois nous sommes nus au milieu des parures,

Peut-être rêvons nous d'un beau kalachnikov

Ou des embrasements d'un cocktail molotov...

Nous sommes enchantés par le bruits des fractures

 

Mais nos cœurs sont fondus d'innocence et de rêves.

Pourtant, intermittent, le désir de la mort

Nous attrape la gorge, nous serre, nous mord

Tant que nous éructons le souhait noir d'une trêve :

 

Crever ! Ne plus sentir l'amertume des larmes

Éroder et cerner notre visage froid

A la brise assassine et qu'un ultime toit

Soit notre trône de noble sans nom, sans armes.

 

Vous êtes des vautours et nos charognes blanches

Sont le repas frugal que vos vieux estomacs

Se font comme du pain ! Oui ; nommez les traumas

Et les syndromes : nous nous en frappons les hanches !

 

On s'en tape de vos morales sans morale

Et nous ne mourrons pas faibles à vos talons !

Demain l'embarquement pour les grands aquilons

Sur la nef des tarés assouvira nos dalles !

 

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IV

 

Et nous voilà partis, vainqueurs des vents légers,

Au roulement du ciel intense et titanesque

Nous répondons des cris de singes agrégés

Et des chansons sans mots, au rythme barbaresque.

 

Biturés par l'envol nous titubons pourtant

Nous semblons des danseurs ; on tournoie ! On tournoie !

On se heurte, on repart dans quelque tournoiement

Sidéral au dessus d'un océan de soie

 

Qu'un cumulostratus étend sous notre nef !

Nous empruntons enfin la route théorique

Qui mène vers l'idylle ; en passant : notre chef

C'est le roi des soleils au coeur atmosphérique.

 

La route est longue mais la route se finit...

Nous savons mieux que vous où lancer nos amarres,

Si c'est de raison que nous sommes démunis

Ce n'est pas d'un endroit où trépasser, hilares.

 

La route s'allonge et les chants dans leurs échos

Creusent parmi les nues quelque tombe sonore

Quand le premier entrain se fait premier repos

Afin qu'y dorme le premier des amis morts.

 

La route est meurtrière et les sodas sont bus,

Le gaz nous fit roter des sifflements d'aigrettes

Et nous pétâmes tant qu'aux gueules des carbus

Nous « flatulions » le chœur qui pulsait notre fête.

 

Mais plus de gaz, ni chant, ni rien d'aventureux !

Que la route à travers une brume ennuyante

Et le plancher de la nef se montre poreux

Sous nos pieds maltraités par l'étoile fuyante.

 

Il ne reste de nous que les plus convaincus :

Pas grand-chose ; une équipe affalée, triste et sale,

Assise depuis longtemps ; n'ayant plus de cul

Comme une statue grecque érodée, au teint pâle.

 

Mais c'est à nous que se réservent les confins

Du voyage : à nos yeux comme une île incertaine

Se présente...Voici la chair pour notre faim !

Voici le paradis ! La mise en quarantaine !

 

 

 


 


 


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