Cinquième heure :
A quoi bon peindre le cul des singes ? - Prise d'otage - Sur le cynisme de la police - Fiançailles innatendues - L'arrivée du
négociateur.
Jeanne : C'est quoi ce délire, Jack ?!
Elle panique, bat des bras et fait couler par cascades son mascara Bourjois Paris, qui est censé tenir en toutes circonstances... Seulement qu'en est-il des encerclements par le GIPN dans la liste des circonstances possibles où le maquillage se détériore ? On a beau maquiller le cul de tous les singes du monde avec la graisse de toutes les baleines des océans on peut pas tout prévoir.
Par 3lda.
Jack : C'est rien...
Notre héros est beaucoup plus calme que lors de son empêtrement dans le marais ; il se sent plus dans son élément. Plutôt que le rapport de force avec les drosophiles* trop collantes il préfère le rapport de force avec l'homme armé de canon scié. Malgré le petit plaisir qu'il éprouve à se savoir dangereux il mesure la délicatesse de sa situation. Et Jeanne en vociférant :
-Comment ça c'est rien ? Y'a une armée de flics devant chez moi qui te demandent de te rendre ! Te fous pas de ma gueule ! T'as fait quoi ! T'es un malade Jack ! Putain mais répond-moi ! Oh ! Quand je pense que j'aurais pu te laisser là-bas ! Qu'est-ce qui m'a pris ? Mais qu'est-ce qui m'a pris, bordel ! Ah tu m'as bien baisée ! Pour ça ! Et dans tous les sens du terme ! Pire : tu m'as enculée !
A cette dernière altercation Jack pense : Non c'est pas pire, c'est mieux... ça le fait sourire. Jeanne, qui ne s'arrête plus de paniquer, reprend :
-Pourquoi tu rigoles, hein ? Tu trouve ça drôle ? Je vais être considérée comme complice de tes conneries et tu rigoles ! Tu sais j'pourrais très bien descendre les voir et charger ton dossier ! Dire que ma mère...
Sur ce début de phrase clichée de la femme en colère Jack l'empoigne, serre sa gorge sous son coude et se dirige vers la fenêtre pour l'ouvrir. Il affiche un visage de psychopathe orgueilleux qu'il n'est pas loin d'être et gueule à l'assemblée prête à l'assaut :
-Oh les pédés ! J'ai un otage super bavard ; c'est comme vous voulez : soit je la bute et vous y serez pour quelque chose soit j'me barre de c't'endroit pépère ! Choisissez !
Mouvement dans les troupes, quelques échanges et un gradé s'empare d'un mégaphone :
-Nous ne pouvons pas faire ça ! Réfléchissez : quoique vous fassiez vous serez traqué et emprisonné, soyez raisonnable !
Jack s'esclaffe tout en les interrogeant :
-Réfléchir ? Raisonnable ? C'est quelle langue ça ? Pas la mienne en tout cas !
Puis ses yeux se révulsent, rougissent, il saisit son opinel et trace une ligne sanglante dans la chair du cou de son otage, Jeanne hurle. La trace est superficielle mais apparemment Jeanne aime à trop en faire.
L'officier sursaute, et, avec un frisson dans la voix, lui explique que ça ne sert à rien, qu'il ferait mieux de rester calme et que tout va s'arranger, il rassure Jeanne au passage. Le lieutenant Gotrit est un dur qui a vu plus impulsif et plus meurtrier que Jack Bovini dans sa carrière, s'il frissonne c'est qu'il sent que l'histoire va attirer les caméras. Ce que la police est cynique !
Jack aime le cours de la conversation :
-S'arranger... C'est ce que j'voulais entendre mec ! S'arranger genre barrez-vous de mon chemin bande de connards ! Ça vous va comme arrangement ?
De nouveau mouvement dans les troupes, de nouveau conciliabule ; Gotrit conclut :
-Un négociateur va arriver, tout s'arrangera, je vous le promets !
Bovini désormais le plus célèbre du nom marque une pause puis accepte d'attendre, mais pas trop sinon il « la saigne en direct ».
Jack retourne à l'abri des regards, il balance Jeanne sur le parquet, inutile de stipuler qu'elle s'est urinée dessus et arbore deux pupilles tremblantes et exorbitées. Il la fouille, trouve ses cigarettes et en craque une. Après avoir recraché une grosse bouffée il narre :
-Bon, tout s'est pas passé comme prévu. Il laisse un silence, se gratte derrière la tête. En fait j'avais rien prévu... En tout cas toi tu vas fermer ta gueule jusqu'à ce
que j'te remette une cartouche une fois sortis d'ici.
Il plonge son regard complétement névrosé autant par ce qu'il est que par les évènements qui se déroulent et lui avoue :
-Et ouais, j'tai choisie comme meuf ! On vivra ensemble et tout et tout... C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?
Epouvantée, elle trouve un brin de conscience pour murmurer :
-T'es... T'es sérieux là ?
Notre ami s'enthousiasme :
-J'étais sûr que tu serais d'accord !
Cette splendide déclaration de fiançailles passée le négociateur arrive...
Suspens et boule de gomme car une heure a défilé pour nous apprendre que ce bon vieux Jack est optimiste.
* Les drosophiles sont des insectes diptères holométaboles radiorésistants : voilà tout.
Quand un soldat...
Chérie aujourd'hui l'air est doux sur tes pommettes
Qu'ainsi qu'un rayon d'or s'accumulant au fond
Du gouffre dramatique mon doigt époussette
En faisant d'une larme un beau nuage prompt.
L'appel des feux hier retentissait, chérie...
Et j'y réponds, je pars aujourd'hui pour toujours.
A nos sentiments morts ! Aux âmes mal-nourries !
A l'ultime baiser ! Au déclin de l'amour !
Au chemin où mes pas, sous l'ombre des mouchoirs,
S'estompent ! A tes yeux veufs, enfantins et noirs !
Chérie, à l'avenir brisé de ceux qui s'aiment !
Je m'en vais... Reviendrais-je et seras-tu la même
Lorsque l'espoir aura posé son arme à terre ?
L'air est doux... Aujourd'hui je m'en vais à la guerre.
Fragments de Brac-py.
Ce qui suit est largement inspiré de Pybrac de Pierre Louys, éloignez les enfants et les adultes enfantins c'est du hardcore mais faut bien oser dans la vie ( notez que ce que j'ai retiré sont les strophes les plus "crades"...)
Je n'aime pas à voir Marie un peu bourrée
Qui suce un gaillard dans ses chiottes un beau soir...
Et s'y plait ; pleine de jouissance démarrée
Aux bruits des succions lubriques dans le noir.
Je n'aime pas à voir la double sodomie
Que tente cette blonde aux deux bottes de cuir
Avec son cousin Jean et sa meilleure amie
Ceinturée par un gode énorme... et pour en jouir !
Je n'aime pas à voir ce vétéran sénile
Payer je-ne-sais-quelle insensible putain
Pour qu'elle touche sa femme d'un doigt habile
Afin qu'il s'imagine enfonçant son lutin.
Je n'aime pas à voir la jeune Marguerite
Déflorée en un quart d'heure par l'inconnu
Du métro, puis rêver chaque nuit d'une bite
En mouillant son doigt d'ange, avec le ventre nu.
Je n'aime pas à voir une grande partouse
Suintant le sperme, la cyprine et la sueur
Où l'on baise, où l'on baise... à deux, à six, à douze !
Où les cris de la chair se reprennent en chœur.
Je n'aime pas à voir, vraiment ça me répugne,
L'adolescente nue sur la table à manger
Qu'on asperge de miel et de sucre pour bugne
Pour l'offrir en pâture au désir étranger.
Je n'aime pas à voir Sandrine, secrétaire
A mi-temps, écarter aux yeux de son patron
Ses jambes de sauterelle et, d'un ton vulgaire,
Dire : « Si tu la mets, mets-là fort et profond »
[...]
Je n'aime pas à voir madame la voisine
Partir avec un jeune idiot des alentours
Afin de lui vider tout le sang de la pine
Et de le laisser nu, radieux dans la cour.
Je n'aime pas à voir vibrer sous une jupe
Un trésor de sextoys : deux plantés dans l'anus
Et deux dans le vagin. La bouche ? Qui l'occupe ?
Le membre effarouché du premier venu.
Je n'aime pas à voir une charmante blonde
Déglutir et baver très bruyamment tandis
Qu'elle fait à son mec une gorge profonde
Et que, sur son fauteuil, un voyeur applaudit.
Je n'aime pas à voir Paul offrir une rose
A cette demoiselle aux délicieux attraits,
Sachant qu'il va lui mettre en premier sa dose
Et qu'elle tournera pour ses potes, après.
[...]
Je n'aime pas à voir ces deux amies d'enfance
Qui se lèchent, poussant de petits cris aigus
Dans l'humidité de leur divine semence,
Avouant leur penchant pour le cunnilingus.
Je n'aime pas à voir s'écouler du pré-sperme
D'une bite branlée d'excellente façon
Par la fille cadette ni, jouissance à terme,
La voir tout avaler avec attention.
[...]
Je n'aime pas à voir le cul de cette femme
Ouvert comme un ravin et de foutre rempli
Palpiter, rougeoyant et brûlant ; comme en flamme...
Pourtant prêt encore à s'écarter sans répit.
[...]
Alors les sainte-nitouches ? On a l'estomac bouleversé ? C'est honteux, hein ? M'en fous tant que je suis digne du maître
!
De la pantonymie
Ou du souverain mot.
Introduction
J'arrive ici avec mes gros sabots. Car je ne me suis pas pétri de linguistique avant d'écrire cet article ; non : je ne me suis pas rempli le cerveau à en dégouliner par les tempes de structuralisme chomskyen (chomskyan) – la linguistique générative – ni sur celui de Saussure. Pour dire vrai me voici en tongs (c'est plus des sabots) pour affronter un des Everest de la nomenclatura ; j'ai nommé la pantonymie.
Truc, chose, bidule, schmilblick, machin et pantonyme.
Pardonnez l'empirisme mais ça me démangeait... Je répèterai sûrement des lieux communs pour les doctorantissimes agrégés plus je-ne-sais-quoi (je ne sais quoi : le pire des pantonymes) et je me tromperai sûrement de nombreuses fois mais la force de mon interrogation m'a empressé vers la bêtise, ou à penser seulement par moi-même – c'est idem ou pas ? - :
Qu'est-ce-qu'un mot inventé pour désigner ce que l'on ne peut pas qualifier ?
Un hyperonyme maximal me direz-vous. Mais encore ?
Qu'est-ce-que ça fait là ? Ça ?
A quoi ça sert ? Ayez du vocabulaire, et si la nomenclature est épuisée, inventez un mot ! Mais ne dîtes pas ce truc !
Qu'est-ce-que c'est ? Allez ! Un effort ! Non, rien... C'est définitivement un truc. Ce n'est pas autre chose...
Chose. Terme bref ; un chuintement, une bouche ronde, un filet d'air entre les mâchoires mi-closes effleurant une langue haussée.
Et qui englobe tous les substantifs de la nomenclature. Doigt, pelote. Et tout ce qu'il' y a entre, avant et après.
Le pantonyme est total et multiple.
Autant qu'il est nul :
Un machin.
Ne signifie rien, ne se réfère à rien.
Le pantonyme est la totalité de l'étendue des champs substantifs et la clôture qui les borne faîte du maximum de ce qui n'a pas de substantif signifiant : il a été inventé pour nommer tout et nommer ce que l'on ne nomme pas autant que ce que l'on ne peut nommer.
Le tidulositodon
Mais ça ; c'est cliché.
Le vrai vertige est que le pantonyme nomme ce qui n'existe pas.
Prenons pour postulat consensuel : le tidulositodon n'existe pas. Fi de la nomenclature, elle ne se préoccupe pas de ce qui n'existe pas en quel cas elle s'y brûlerait.
Ce machin est un tidulositodon.
Essayez de réfuter rien qu'une consonne de cette affirmation, qu'on rigole.
Vous savez qu'un tidulositodon n'existe pas mais pouvez-vous prouver que ce machin n'en est pas un ?
La manœuvre risque d'être délicate mais je vous y invite...
Délicate parce que le pantonyme n'est pas un hyperonyme maximal mais infini. La majorité infinie (majoritaire à coup sûr) de ses co-hyponymes ont sa qualité sans avoir de substance.
Pas besoin de preuves ! Vous êtes malin et vous répondez naïvement : non ce machin n'est pas un tidulositudon.
Alors je vous objective que les co-hyponymes du pantonyme dans le même temps qu'ils désignent ce qui n'existe pas peuvent ne pas désigner ce qui n'existe pas sans possibilité de désigner ou de ne pas qualifier ce qui existe.
Nous avons tous deux raison, sauf que moi j'ai gagné un tidulositudon, qui n'est, à cause de votre naïve malice, désormais qu'un mot ne qualifiant plus ce qui n''a pas de substance mais ne qualifiant rien. On pourrait en faire un pantonyme néologique.
Mais comme pour m'ennuyer vous réfutez tout et son contraire vous voulez que le tidulositudon existe, voir si en ce sens vous pourrez pas me le chouraver.
Ce machin qui existe est un tidulositudon.
Vous répondrez que ce n'en est pas un.
Si l'on ne sort pas de la nomenclature qui est la norme linguistique de ce qui existe et n'incluant pas tous les néologismes possibles - en quel cas elle se brûlerait - vous aurez raison. Mais le machin reste un machin désigné comme n'étant pas un tidulositudon, vous le gardez et je garde le mot.
Structure et mouvements.
Donc pour schématiser la structure d'un pantonyme il faut imaginer :
1/ un cercle plein de ce qui existe et qui possède un substantif signifiant et référencé, le vert foncé dont la limite serait nette,
2/ ce cercle central serait cerclé par un premier anneau dont la largeur bougerait plus ou moins vite : c'est ce qui ne possède pas de substantif par incapacité ( amplitude ou atrophie de la palette substantive par l'apprentissage ou l'oubli), le vert moyen dont les limites seraient nettes,
3/ un second anneau gris cerclerait celui-ci et sa largeur bougerait très lentement : c'est ce qui existe mais qui ne possède pas de substantif par impossibilité les mots à inventer ou/et signifiant des substances inconnues.
4/ Et ce cercle doublement annelé baignerait dans ce qui n'existe pas avec la négation de son inexistence, noir et blanc à l'infini.
5/ l'anneau gris se fondrait en dégradé avec le noir et le blanc, cela va sans dire. Autrement dit il y aurait une porosité entre ce qui ne possède pas de substantif par impossibilité et ce qui n'existe pas et sa négation mêlés. A vous d'imaginer comment du noir et du blanc, en part ségales mélangés, ne font pas du gris.
6/le substantif pantonyme pur (un machin qui est un machin ou n'en est pas un ) s'étale sur toutes les couleurs.
Le pantonyme désigne, seul, la totalité de ce plan linguistique substantif qui est fini ( en vert, un peu en gris ) et infini ( en noir et en blanc, un peu en gris ).
Et oui : il fallait l'inventer.
Selon la négation ou l'affirmation de la substance cachée derrière un pantonyme le plan exclut cette substance, ou le reste :
Ce bidule n'est pas une canette, il n'est donc pas une canette mais peut-être est-il tout de même vert foncé, ou vert clair, ou gris, ou noir et blanc.
Ce bidule est une canette, il est donc vert foncé et exclut toutes les autres couleurs possibles ainsi que tous les substantifs verts foncés autres que canette.
La pantonymie désigne ce plan, cette structure linguistique ainsi que les mouvements d'exclusions qui s'y opèrent.
Tout ceci pour expliquer le pantonyme en soi ; hors contexte. Car, plus tard, avec une vision énonciative nous verrons que ces exclusions ne sont pas forcément, celle de la totalité ou celle de l'individu. En contextualisant on peut aussi inclure.
L'invention des pantonymes :
Mais avant de le mettre dans une phrase continuons sur notre pantonyme isolé, et très utile.
Car, par sa structure, il contient ce que montre la langue en même temps que ce qu'elle masque (organe-obstacle).
Comment ça s'invente un pantonyme ?
Comme un tidulositodon, sans doute.
Le palmarès des fluctuations est décerné à truc.
Il semble d'abord essentiel de dire que le pantonyme naît souvent sous forme de substantif péjoratif .
Ces histoires ne seront qu'une ébauche pour tenter de trouver d'autres points communs entre les pantonymes.
Le truc :
Au XIIIe siècle le mot truc désignait, sous la plume de Gautier de Coincy, une ruse, c'est à dire une manière. Isolé il sera longtemps un acte lié à la tromperie et au secret, que ce soit en crime, en amour, ou au théâtre. Par tromperie en amour je n'entends pas cocuage mais méthode d'amadouement. Dans un contexte précis il
sera en même temps associé aux courses de chevaux, à un jeu de cartes, au coït, à la prostitution, à une sorte de
billard, et l'équivalent d'un coup, d'un heurt.
Nous pouvons penser que cette multiplicité de sens conjugués ou suivis l'emmenait là où il est.
Truc change radicalement de sens en 1886 grâce à Courteline dans Les gaietés de l'escadron, u ne naissance militaire, pour devenir l'équivalent du machin.
Il sera défini comme spécialité que l'on met à la place du nom : un pantonyme.
La chose :
Si le truc est intéressant par la multiplicité de ses sens la chose est passionnante par son origine : il naît ( le mot ) directement hyperonyme et ne se détermine que par son contexte, dans notre texte archivé le plus précieux : Les serments de Strasbourg.
Le 14 février 842 Louis le Germanique s'allie à Charles le Chauve contre Lothaire et leur serment est retranscrit dans le livre de Nithard, Nithard étant le cousin de ces deux petit-fils de Charlemagne. Plus tard viendra le traité de Verdun et la séparation en trois de l'empire carolingien.
Ce texte est l'évènement de l'extension du domaine la langue dite vulgaire, tudesque ou romane, et de la diminution du domaine du latin. C'est à dire l'avancée d'une langue populaire sur une langue religieuse.
Pour dire : il n'est pas né dans un caniveau.
Mais de la politique impériale, messieurs dames.

C'est dans la première partie ; en langue romane.
Louis dit à Charles qu'il l'aidera" in cadhuna cosa".
Cosa, en latin, avant désignait une plante ou une ville de l'Etrurie.
Or dans ce cas cosa se traduirait justement par circonstance, ce qu'il veut dire en roman, puisque c'est du roman (mais le roman ne sort pas de nulle part ).
Cose, bien plus tard, en langue romane défini un étant, un "zôê" grec. "L'homme est un zôê politique", pas un animal. Néanmoins un "zôê"peut être un animal.
Si Dieu ne tenait plus la langue il tenait toujours le cerveau, lisons ce texte écrit bien après la validation et l'expansion de la langue romane :
Sire, fait ele, je vous di
Que je suis cose de par Dé
Et Dius vous a ci amené
Pour jeter moi hors de prison.
Pourtant cette strophe d'un inconnu s'interroge comme nous le voyons sur l'incohérence religieuse, sur le fait que l'omniscience c'est tout et son contraire ; l'aporie théologique.
Notons qu'à ce stade du moyen-âge le pantonyme ne contient que les vivants ; le substantif homme, le substantif animal, en gros, et religieusement parlant, le terme créature. La femme entend dans cet extrait : que je suis vivante de par Dieu, car les non-vivants ; prison ou pas ils s'en fichent. Elle ça à l'air de l'ennuyer de devoir allez au trou, et elle se défend bien. Chose est un hyperonyme du vivant.
Ne nous étonnons pas du fait que le cosa-circonstance des Serments de Strasbourg soit devenu le cose-créature de notre poète au nom que j'ignore, comme avec truc nous voyons qu'il suffit d'un auteur.
Et cose désignait en langue romane également la cause ( cose que) puis en quatrième lieu une éventualité ( pour cose que ).
Il n'y a ici aucun pantonyme dont la structure est celle de la pantonymie telle que décrite, chose/cose n'embrasse pas cette structure ; il est circoncis car il est circonstance, vivant, cause et éventualité. C'est un hyperonyme de ces substantifs et de leurs co-hyponymes .
Sa transformation en pantonyme se fait d'une façon singulière : par la négation.
Dans un texte non moins important que les serments de Strasbourg puisqu'il s'agit de la Cantilène de Sainte Eulalie, écrit en 878-880, nous laisserons les érudits se prendre la tête sur :
Ell' ent adunet lo suon element , vers 5
ou
Tuit oram que por nos degnet preier, vers 26
Car ce qui m'intéresse c'est ça, le vers 9 :
Neule cose non la povret omque pleier
"Neule/neullu" est la forme qui entame ce vers, et non "neule/niule" qui signifie brume ou brouillard. Elle signifie aucun. Il y aurait beaucoup, un livre entier, à dire sur la Cantilène et nous pourrions tenir compte de la double négation "neule cose non" mais ce qui nous intéresse c'est "neule cose".
La belle Eulalie, pudique et vierge, avait une foi inébranlable, ou plutôt et de prime abord une foi que n'ébranlait, dans le vers 7 et 8 :
Ne por or ned argent ne paramenz
Por manatce, regiel, ne preiement
ni l'or, ni l'argent, ni les parures, ni les menaces, ni les caresses, ni les prières : en fait rien ne pouvait faire plier Eulalie. D'abord rien de ce qui peut tromper un homme (nous retrouvons la tromperie) et puis plus rien du tout.
Et ce rien introduit par le lexique large de la tromperie introduit lui-même tout le martyr d'Eulalie ; ce vers est un vers clef et l'invention par la négation de ce pantonyme est essentielle pour comprendre le texte. Nulle chose est un mouvement total d'exclusion dans notre modèle de la pantonymie (voir le point 6. des dissociations structurelles). Cose est ici un pantonyme comme entendu précédemment, il contient jusqu'au mot : "mort" ; dans :
Neule cose non la povret omque pleier
tout est dit : Eulalie va mourir, - nulle chose ne peut la faire plier ? Encore faut-il nous le prouver : cose bascule dans la pantonymie quand bascule, ou se confirme, le destin d'Eulalie, nous sommes directement dans l'absolu et le fatal ; comme il faut absolument mettre sa foi à l'épreuve il faut absolument aller jusqu'au bout, mais le bout ( lui couper la tête ) n'y fit rien, Eulalie, petite colombe haïe par les hommes, a rejoint le ciel pur.
Et chose est né de son contraire, il n'est plus utilisé pour une circonstance ou une éventualité, il embrasse le vivant et le reste. C'est un pantonyme.
Le machin :
Le machin est bien sûr un dérivé du "machina latin", c'est à dire ouvrage composé avec art et engin.
Ce qu'il sera toujours en 1807 ; la forme masculine de machine ; en langue romane c'était un mot considéré comme savant. Il naît hyperonyme, au champ déjà assez vaste.
Et c'est toujours Courteline qui le délure en pantonyme avec cette liaison : machin-chouette, après Balzac dans Paysans, par exemple :
− Qu'y a-t-il donc là dedans [dans le vin cuit]? (...) − Toutes sortes de choses! (...) d'abord des machins qui viennent des Indes, la cannelle, des herbes qui vous changent, par enchantement.
Le machin est ici synonyme évident de chose. Il est différent de ce dernier en ce qu'il a un sens péjoratif ; inutile de rappeler comment le général De Gaulle appelait la Société des Nations.
Bref ; il devient pantonyme dans le courant du XIXe.
Le bidule :
Bidule est beaucoup plus récent que les précédent puisqu'il apparaît au XXe dans l'argot militaire et qu'il signifie désordre. C'est au lycée Saint-Louis qu'il devient un pantonyme.
Certains disent que bidule viendrait de berdoule ou bidoule, mot du nord de la France qui signifie boue et que la notion de boue mènerait à celle de désordre. C'est le plus probable...
Le schmilblick :
Le schmilblick est inventé dans les années 1950 par Pierre Dac. Il naît comme la plupart des pantonymes en hyperonyme large ; mais en hyperonyme bien particulier puisqu'au lieu de contenir quelques termes de la nomenclature que ce soit,(c'est à dire le vert, dans notre schéma) il contient ce qu'on ne nomme pas et ce qui n'existe pas. Le sketch est fait pour rendre le schmilblick inimaginable :
[…] il peut à la fois servir de Schmilblick d'intérieur, grâce à la taille réduite de ses gorgomoches, et de Schmilblick de campagne grâce à sa mostoblase et à ses deux glotosifres qui lui permettent ainsi d'urnapouiller les istioplocks même par les plus basses températures. Ça c'est clair, jusque là !
Ainsi l'univers du schmilblick est totalement néologique, ce qui le compose est soit quelque chose qui existe mais que l'on est dans l'impossibilité de nommer, et dont Dac invente le nom, soit quelque chose d'inexistant, nous n'en savons rien. Dans notre structure le schmilblick ne se déplace que parmi le gris, le blanc ou le noir.
Le schmilblick commence à englober ce qui existe avec Coluche, dans le sketch du même nom où il joue à la suite plusieurs participants qui doivent en deviner la substance en énonçant ses qualités possibles, il peut être objet comme créature et sort de son univers délirant de la force "extraphalzaroïdique" pour qu'on puisse se l'imaginer, car on imagine plus facilement un pantonyme vert ou ayant fait 39-40 qu'un pantonyme à "gorgomoches".
Nous notons que le schmilblick devient, comme chose, un pantonyme en se niant ; il n'est pas tout ce qu'on propose ( ce qui n'en fait pas un pantonyme) mais pourrait l'être, et c'est là où il le devient.
De notre point de vue de spectateur c'est plus simple : le schmilblick est un œuf ; schmilblick est juste un mot utilisé pour en masquer la substance, pour tromper ; encore le champ de la tromperie.
On aurait pu croire, en tenant seulement compte du sketch de Coluche, que schmilblick allait devenir le synonyme d'œuf, mais il semble qu'on se soit plus identifiés aux participants qu'au présentateur (ce qui va à l'encontre du principe médiatique et retire l'autorité suprême qu'a ce dernier sur un plateau, Bourdieu le savait).
Je-ne-sais quoi :
Nous avons vu au début de cet article que je-ne-sais-quoi était aussi un pantonyme. N'étant pas un substantif il n'est pas très intéressant, mis à part qu'il est combiné à un aveu d'ignorance feinte ou réelle ; en ça il est le pire.
La suite : situations énonciatives,
je-ne-sais-quand...
Rêverie.
Juillet divinement parfumait la colline
Et l'on voyait danser dans l'aube zinzoline
Toute un peuple de fleurs de cerisiers lointains
Reflété par les eaux du fleuve, par l'étain
Des galets. Le vent du sud en menait l'arôme...
Nul n'était à part nous dans ce dernier royaume
Des âmes épuisées, seuls dans ce paradis
Et à même l'ombelle allongés ; étourdis
Quand un astre vola d'une planète à l'autre
Portant une cataracte d'or. C'était notre
Heure la plus légère ô toi ma sœur d'oubli
En qui j'ai déserté le fardeau des maudits,
Être pluriel aimé, toi la seule indolore :
Le rouge d'innocence en ce monde incolore !
C'était notre heure d'ennui, d'air, de volupté.
Les digitales jouaient mues par leur volonté
Le chant qu'aimait Cybèle et qu'Ouranos implore...
Puis, les effets cessant du champignon sauvage,
Tout se disloqua comme s'efface un nuage
Camouflant le réel au semblant de carnage :
C'était décembre noir avec ses nuits d'orage.
C'était décembre dans la rue, près d'un garage...
Capote anglaise.
Tu vagissais bien, ma poulette,
Lorsque minuit sonnait ; minuit :
Moitié d'amour, moitié d'ennui,
Avant la dernière toilette...
Puis j'ai retiré l'amulette
Du pilier de marbre qui fuit
Lorsque, extérieurement, a lui
Une blanchâtre gouttelette...
« Pas de gosse avec ce vaurien! »
Disait ta mère, un peu tarée...
Tu tentas le bidet mais rien...
Et sous la moon très effarée
Déjà nous demandions pardon
En songeant au terme abandon.
L'allumeuse.
Par Kamster
Quand je défleurissais encore un printemps vert,
Que le croissant de lune était plein de tristesse
La germe dansante a bourgeonné puis ouvert
Tout un bouquet cru de faunes et de diablesses :
Orchestrateurs puissants des hosannas sonores
Frappant le cuivre et l'or sur des chairs de taureaux
Exposées jour et nuit sous le soleil du nord,
Dures comme le cœur enlevé des bourreaux !
J'irritais pour toujours les chiens gros d'aboiements
Enlacés à Babel ; les crocs de Babylone
Qui se brisent au grand choc des quatre éléments
Et puis passent pour morts à l'ombre des pylônes.
Mais la rue a posé, là, devant mes orbites
Gonflées de pleurs brûlants ton visage fardé
De lumière et tes yeux presque d'alexandrite
Alors que je n'avais qu'un gouffre à regarder.
Tu m'as incarcéré entre tes doigts plus doux
Qu'un frisson de la soie en Chine ramassée,
Cautérisant les plaies des bracelets de houx
Et de la tiare acide à ma tête harassée.
.
Puis sur le bord de mer, au regard des étoiles,
Nous avons fabriqué de fabuleux baisers
Tandis que des bateaux d'argent montaient les voiles
Qui retiennent le vent des paradis osés.
Nous voici tous les deux face au seuil éternel
Des jardins bienheureux où s'écoule la sève
De l'amour rose, où le fruit pulpeux d'hydromel
Se cueille dès l'instant où l'arc-en-ciel se lève.
Que de profusion quand on aime ! Que d'heures
Tendres ! Que d'hivers chauds pour les fronts épaulés !
Que d'horizons prométhéens ! Dieu, que de leurres !
De chambres closes et d'oreillers dévalés !
Pour nous, pour toi, j'écris sur les vides glaciers
La symphonie onirique des baronnies
Vaincues et ton prénom pour titre, or, extasiés,
Des oiseaux de papiers s'en retournent aux nids ;
Loin ! Si loin que jamais les îles migratrices
Aux insulaires nains n'ont entendu leur vol
Froisser les cumulus, ni les navigatrices
En solitaire, ni les disciples du sol !
C'est pour toi ce vers fauve, insensible et violent !
Qui parle des nuées de fleurs bleues qui dévastent,
Tsunami magnifique, un rivage indolent
D'hôtels particuliers qu'accumulent des castes !
C'est pour toi la foudre et la neige et la tempête !
Autant que l'éclaircie et le ciel renaissant !
Pour toi l'homme phallique et toute ses conquêtes
Où scintillent encore et son glaive et son sang !
Pour toi le chaos, l'ordre et cette déraison
Qui noua l'homme au feu par un jour de colère,
Et la berceuse avec des accords d'oraison !
Si tu m'aimes, pour toi tout l'or que tu tolères !
En fait pour toi mon nom... C'est ma seule fortune...
Abondamment mon nom et quelques jolis mots...
Vois-tu, si je te dois ce que masque la lune,
Je n'ai que ça... Que ta place dans le cosmos.
Enfin qu'un genoux à terre, une rose en main
Et l'espoir d'être aimé simplement, et l'ivresse
De tes lèvres de vierge où se promènent maint
Arômes : Ceux de l'Eve et ceux de la Tigresse.
Rien que des mots tassés dans le sac d'une strophe
Enluminée alors que tu t'enfuis, alors
Que, m'ayant consolé parmi la catastrophe,
Tu me refuses, tu marches déjà dehors...
Tu t'en vas, tu n'étais consolante, après tout,
Que par pitié ! Ma douce et chère empoisonneuse
En me réconfortant tu m'as tordu le cou ;
Telle sainte d'un jour meurtrit pour être heureuse.
Le sein.
Par Eddie Zato.
Très érotique un sein d'amazone où
N'est jamais la main qui tire la flèche
M'aveuglerait presque ou me rendrait fou
S'il était réel... Un sein qui se lèche...
Un sein qui n'allaite aucun enfant roi.
Unique et sublime ; on dirait : barbare !
Un sein divin ! Si je n'ai pas la foi :
Un sein plus qu'humain. Dressé comme un phare !
Aux rebonds furieux les matins de chasse
Malgré qu'encastré sous l'armure d'or
Dont le métal bruit, même : se fracasse !
Si mon amazone un beau soir s'endort
Je viendrais l'aimer de l'amour qui broie
Afin qu'elle soit, pour changer, ma proie !
La noyade des amants.
Du café toujours mais un peu plus de sens.
Par Scheinbar
Prise à la gorge la fille en deuil de Téthys
Ne nage plus, ne nage plus... Fort du délice
Que procure l'orage accompli l'autre fils
De Wotan éborgné dans l'abîme s'immisce...
Déjà le sable où dort une baudroie, indice
De l'eau plus inconnue encore que d'Ibliss
Toutes les feintes, fuit sous leurs pieds... C'est l'abysse
Des amoureux mourants ! Priant : De profundis !
Toute obscurité les embourbe ! Ils s'aiment ! Ils
Se lient violemment avec d'étranges fils
Tandis que leurs aïeuls entremêlent leurs biles
Et, sanglants à la fin, tant de complots habiles !
Mais ils s'aiment avec rage dans ces périls !
Et, sous la mer, on vit lourds de larmes leurs cils.
Livre-toi.
Je ne sais pas ce que ça veut dire, demandez à la dizaine de tasses de café qui se mêle à mon sang.
Livre ton cœur : ce pur organe, livre l'âme
A jamais ivre au dieu fatalement imbu
De lui-même ! Voici que ton front nain se pâme !
Ton front d'enfant perdu, retrouvé, reperdu...
Le ciel écumeux roule au lointain blanc la lame
Des aurores. Pardon ! Le pardon est ton dû
Ainsi qu'un lourd baiser incestueux de femme
Aux lèvres mutilées, dont le crâne est tondu.
Toi qui roule, chagrin, de très anciens mégots
De mauvais cannabis au bord des marigots
Suintant le souffre et le crachat d'immenses singes
Vêtus de fringues où se déchirent les linges
Et des poils gras semblant s'approcher de la mue.
Livre, petit malin, ton inconscience émue !
Par Sha-X-dow
Plus d'inspi'.
I
J'ai trop damasquiné le sistre
Quand quelques affiquets d'un vol
Côtoyaient mes cheveux de mistre
Avant qu'ils n'éclatent au sol...
Mon âme a connu le sinistre
Devant ces paupières de khôl
Masquant des pupilles de cuistre
Et cent nuits de pleurs et d'alcool...
Ça c'est de la douleur ! Pourtant
Ni sistre aux mains, ni diaule en bouche
N'en ont fait un hymne éclatant...
Je fixe ma feuille, j'en louche ;
Mais rien ne vient ! Tout est buée !
Mon âme n'est pas abluée.
I
J'ai cherché partout l'oiseau rare,
Ce piaf potentiellement bleu :
Clandestin dans l'aérogare
Où l'on meurt à la queue-leu-leu
Ou plongé dans la solfatare
Qui noue et la lave et le feu
Sous la terre sudoripare
D'Inielika... C'était si peu !
Mon âme n'est pas abluée !
A quand l'effrayant renouveau ?
L'ange apparu dans le caveau ?
Ressuscite ô Muse tuée !
Contemple tes dons immergés
Ainsi que mes ongles rongés !
Believe it or not i'm walking in the sky.
Marcher... Distinctement sur le sable du nord
Et du sud imbriquer la trace matérielle
D'un pas surhumain -telle éternelle kyrielle
De pointillés luisants sous les nuages d'or.
Aller là-bas où les beaux baoulés comprirent
L'hymne ocre de la terre au socle des forêts.
Aller, s'il faut aller, vers cette palmeraie
De baobabs branlants où des guépards conspirent
A des règnes divins plus dignes à leurs yeux
Que le domaine hideux des brousses désolées.
Aller vers l'océan où les tortues ailées
Squattent dans les remous qui violentent les lieux.
Je suis un marcheur noir aux semelles plumées,
Honnit par Mercedes ; amoureux du sol pur
Qui ne connut jamais ni le pneu ni l'obscur
Pétrole qui naît de tyrannies assumées !
Aller pour le voyage en flammes revêtant
L'apparat d'un exil semblable à la naissance.
Marcher pour se guérir, marcher : convalescence
Dont mon cœur a besoin tant le monde est méchant.