Ce qu'on dit à la femme à propos d'alcool
Poème arythmique à valeur d'excuses
Par twiztedangel
I
Reste-t-il du café ? Car j'ai ce mal de crâne
Qui ressemble à la mort.
Je reviens d'une nuit d'alcool où le corps fane...
Un café fort.
II
Tout commença quand l'or d'une bière à ma lèvre
Palpita tôt
Au soleil plus puissant de par la double fièvre
Ou le double couteau.
J'étais à même l'herbe, égaré sur la plage
Avec de vrais amis,
Je chevauchais parfois le règne d'un nuage,
Presque endormi.
Et je me réveillais soudain (presque) pour boire
Ou papoter.
Le lac devant mes yeux éparpillait sa gloire
Ou sa beauté.
Nous sommes restés là, pénétrés par les nues
Bleues et sans tain,
Des baigneuses passaient qu'on imaginait nues
Dans du satin.
Puis, quand le ciel fut rouge et les eaux violacées,
On s'est tiré
Pour le bar et les banquettes matelassées
Où demeurer.
III
Dès lors ce fut l'orgie insatiable, immonde !
La profusion !
On brassait du rêve à vous renverser le monde
Et l'illusion !
L'orchestre des glouglous et des bris, plus sonore
Qu'un chœur d'enfants,
Dominait l'univers, un flux multicolore
Fut notre sang.
Peut-être a-t-on chanté ce que notre jeunesse
A de meilleur.
Nous avons gouté des liqueurs enchanteresses
Aux noms de fleurs.
Je me souviens : après que vint la fermeture
Nous avons bu
Quelque bouteille sans prix, ni nom, ni facture...
Qui nous a vu ?
IV
Et c'est le cœur léger que nous déambulâmes
Entre les murs,
Titubant, entrepris de la candeur des âmes ;
D'aucun futur.
Plus tard on s'est roulé heureux dans la pelouse
En s'esclaffant.
On voulait soulever, avec une ventouse,
Un éléphant.
Puis on s'est fait deux cent, trois cent, mille promesses !
Tout en trinquant !
En faisant des cul-secs, conjuguant nos ivresses,
En s'appliquant.
Car délicat de boire à la cime des grammes !
Puis vint le jour.
Tout-à-coup le soleil, l'émeraude et les flammes,
Le souffle court.
Encore émerveillés on s'est quitté quand l'heure
Des adieux
Était fatale ; quand midi heurtait les cieux
En empereur.
V
Et je me suis couché. Sers-donc un café fort,
Toi qui m'attendais, lasse.
Et ne m'accable pas de cris et de menaces...
Que faisais-je dehors ?
Je cherchais le bonheur dans l'alcool, comme un âne,
Alors que ton regard
Le contient tout entier. Qu'y peut-on ? Mon retard
C'est celui de l'enfant à l'enfance qui fane.
Quand tu m'as pris le bras...
Mon secret :
Si je vous le disais que vous êtes jolie, Jolie à rendre fous les hommes et les dieux Et qu'en vous regardant, mignonne, l'on oublie Qu'il est un autre ciel que celui de vos yeux. Si je vous le disais que sur vos lèvres roses, Une abeille viendrait, aveuglément, puiser Ce doux miel qu'elle va butiner sur des roses Qu'un rayon fait éclore, et rougir un baiser? Si je vous le disais que depuis la soirée Où vous parûtes lors pour la première fois, Votre image toujours de mystère parée Passe comme un éclair dans mes rêves, parfois? Si je vous le disais!... mais je ne veux rien dire, Mon secret est de ceux qu'on garde prisonniers, Car si je le disais, l'on en pourrait sourire Et vous même, qui sait? ce que vous en diriez!
Gonzalve Desaulnier.
I
Quand tu m'as pris le bras j'ai cru que la planète
Chavirait dans la brume où tremble et se reflète
Quelque rêve éveillé. Tout à coup j'ai cru voir
L'envol des grands oiseaux dans les flammes du soir
Dont les plumes en pluie édifient des mirages
Toujours plus saisissants : Kyrielle d'images
De toi, de toi, de toi ! Quand tu m'as pris le bras
J'ai cru mourir, revivre, et si le monde est las
D'être sombre à mes yeux, tu fus bien la première
Qui, d'un geste anodin, l'a rempli de lumière.
II
J'ai cru halluciner quand tu m'as pris le bras !
On ne s'attend à rien ! On espère tout bas !
Enfin on s'interdit d'adorer la plus belle
Pour ne pas souffrir, pour ne pas entendre d'elle
Un mot qu'on jugerait moins triste qu'assassin...
Puis, soudain, en partant, elle pose sa main
Et serre votre bras... La brune éblouissante
N'a regardé que vous ! Une main innocente,
En marquant la longueur du geste et son excès,
Dit silencieusement « je t'aime, et tu le sais ».
Septième heure
Passage à tabac - La chasse au taureau - La trahison de Paolo - Fête - Sauvé par Marine.
Dans le fourgon ça sent mauvais... Jack pense que c'est normal en présence de représentants
de l'ordre. Ce n'est pas le plus important : monsieur va retourner en taule, il va encore devoir faire les poches aux matons pour survivre...
ça ne l'intéresse pas. Il sait bien que tout ce qu'il dit peut être retenu contre lui et qu'il a le droit de garder le silence mais il demande tout de même à un membre de son escorte si sa mère
l'aurait pas fini à l'Ajax, pour voir. Il sent la crosse du fusil lui rentrer dans la poitrine et fissurer superficiellement sa cage thoracique. Ça lui fait cracher une vilaine bile et un peu de
sang. La bouche souillée il gargarise : non, finalement, ça devait être à la merde...
La rafale de coups semble être sans fin pourtant la brigade, bien entrainée et folle de rage, ne le lâche pas pendant dix minutes. Il finit au sol comme un batracien de chair rose, il aimerait dire encore des choses sur les mères mais sa bouche est brisée.
Les autres en rigolant : on dira qu'il a résisté !
Commotionné, épuisé, sanglant, Jack rejoint un sommeil quasi comateux.
En dormant il sent des secousses, entend vaguement du bruit, des cris et du chaos. Dans son rêve il assimile tout ça à la conduite d'un Hummer dans la pampa où son ami rêvé Paolo Jineria tient une petite hacienda tranquille, une armée de mercenaires, le marché de la coke et tout un peuple affamé. Il passe la tête par la fenêtre et aperçoit cet immense taureau en cannabis qu'il chasse depuis toujours. Il ordonne à son partenaire de chasse, Mioukou, un petit indien élevé par des cactus, de saisir le canon à neutrons afin de lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Néanmoins le taureau accélère tandis que Jessica Alba l'appelle de l'autre côté de la prairie. Cette salope avec ses super-pouvoirs qui consistent à être parfaite fait augmenter promptement la production de phéromones de la bête qui peut alors courir jusqu'à 900 kilomètres à l'heure et s'échapper, c'est toujours comme ça...
On ne sait pas pourquoi mais Mioukou est mort décapité. Jack décide de l'enterrer près d'un arbre à vagins puis repart boire un mojito sur la terrasse de Paolo. Son ami est assis en face de lui, sur ses genoux une superbe brune qui doit avoir 13 ans à tout casser. Il parle :
« -Tu vois Jack... comment dire ? Ça fait longtemps qu'on se connaît... je veux dire : on a conquit le monde en lui chopant les couilles, on est les meilleurs... néanmoins... comment dire ? On va devoir se séparer.
Jack, assis également, n'émet aucun enthousiasme à l'ouïe de ce qu'il interprète comme une bonne nouvelle, il dit juste :
-Très bien, pars. Et conclut en tirant une latte sur son cigare en or aromatisé à la sauce barbecue.
Paolo rit jaune:
-Attend, attend... comment te dire ça... Il sort un Walther P99 d'une poche qui n'était pas là avant et lui enfonce le canon dans la bouche. Il reprend : redis-le !
Jack lève un doigt d'honneur puisqu'il ne peut pas s'exprimer verbalement.
Une seconde avant que Paolo n'appuie sur la gachette il se désintègre soudainement ; c'est Mioukou, toujours étêté, qui intervient avec son canon à neutrons. Cette fois Jack soulève un pouce reconnaissant.
-C'était moins une."
Il se trouve qu'enterrer quelqu'un mort récemment près d'un arbre à vagins lui redonne la vie.
Jack est désormais le roi de la drogue ; il fête ça toute la nuit avec du champagne à sniffer, des joints de cannabis de vache en dansant sur la musique des Rihanna Five, il mange aussi beaucoup de framboises rôties, et, je vous l'avoue, termine en faisant des trucs humides avec la veuve Jineria.
Le lendemain il se réveille. Il se réveille dans une chambre d'hôtel, Marine Picoléao est assise sur une chaise, près de la fenêtre...
Une heure s'est écoulée. Elle dit :
-Ah mon chéri j'étais si impatiente !
Jack se rendort, même lui ne tient pas le choc.
On apprend en cette septième heure qu'il se fatigue facilement.
A un critique imaginaire
ou
Alice t'emmerde !
Très cher,
J'ai reçu votre courriel en réponse au texte sur l'immense poétesse qu'est Alice de Chambrier que je vous ai envoyé, puisque vous partagez imaginairement sa patrie c'est-à-dire l'ancienne Helvétie, d'ailleurs elle a écrit un poème de ce nom que, même ayant rompu la barrière des 30% de capacité cérébrale (ce dont vous êtes plutôt loin), vous seriez incapable d'égaler.
D'abord pourquoi cette risible astuce littéraire ? Parce que de vous je m'en contrefous aussi vrai que votre commentaire ne mérite pas de réponse directe et que si je ne vous renvoie rien c'est que je veux parler à tout le monde ; de poésie. En effet j'ai rarement abordé ce thème dans ma prose pour plus me concentrer sur les délires sans queue ni tête qui sont mon dada .
Maintenant je dois vous dire que je réponds à quelque chose d'assez vague -en plus d'être imaginaire- car je n'ai tout bonnement rien bité à votre charabia. Vous êtes un très grand poète, sûrement, car même pour un courriel il vous arrive de transcender les normes grammaticales et sémantiques... seriez-vous, comme moi, de la génération zapping abrutie et illettrée ? Si vous en êtes bienvenue, on vit si bien avec un SMIC diminué !
Le peu que j'ai compris me dit en premier lieu que vous n'avez pas aimé le poème, soit. C'est votre droit et je ne puis contester ma nullité artistique au risque de me sentir heureux et de ne plus écrire. « Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur » disait Musset avec lequel je ne suis pas d'accord mais comprenez qu'il faut être vide pour se remplir, cette formulation convient peut-être mieux à votre compréhension limitée du monde et de l'âme humaine. J'ai écrit de belles merdes, j'en conviens. Et si tout ce que j'écris n'est que de la merde, et je peux le croire, alors je serai le Sisyphe des bousiers et ce sera poétique en soi.
Non, le vraiment exaspérant c'est le second lieu : Je ne vais dire qu'à la fin par quelle expression est entamé votre propos car c'est assez jouissif, hilarant. Pour vous je forge : « hilarantissime ». Vous le méritez pleinement, de plus « conissime » ne me dit rien. Donc, après le truc drôle, vous écrivez -j'imagine mot pour mot :
« c'est sûrement une gâtée qui a fuis son nid pour aller rouler sa bosse dans le monde oriental juste pour soit disant y voir plus clair dans l'opium. Sorry, cela ne me dit rien. »
C'est des arguments pour critiquer une poétesse, ça ? C'est pas du commérage plus empoisonné que les flèches d'Hercule qui percèrent Nessos ? On est à quel taux de concentration de sang d'hydre, là ? 9 sur 10 ? 11 sur 10 ? 500 sur 10 ? Je vais vous apprendre à avoir honte, et si vous en mourez ça ne fera de mal ni à vous, ni à moi, ni à la poésie. Poison pour poison.
Premièrement : qui a fui, pas qui a fuis. Au passé composé le participe passé ne s'accorde que si l'objet précède le sujet, monsieur l'écrivain – et même, d'où sort ce « s »?-. « Ces fleurs qu'il a cueillies/il a cueilli ces fleurs », ça rentre dans votre cerveau de quinquagénaire? Trente ans de plus que moi... et je ne vous ai pas encore appris ce que c'est que d'avoir honte.
Cette faute d'accord basique pour un texte aussi court est déjà très grave pour quelqu'un de votre statut au sein de votre association imaginaire de poètes imaginaires mais vous avez dépassé les limites de la vertu que vous vous prêtez en ne faisant qu'une chose : Calomnier les morts.
D'où croyez-vous sortir, gentilhomme que l'on dit sympathique ? Votre trainée de grand-mère fumait-elle de l'opium ?
Et bien Alice de Chambrier non ; une bouffée l'aurait tuée. L'orient elle en a sûrement rêvé car elle restait cloitrée dans les environs de Neuchâtel en s'acharnant à être la plus aidante et la plus souriante tout en écrivant une œuvre qui, toutes éditions comprises, s'est vendue à plus de dix mille exemplaires entre 1889 et 1892 et qu'elle était lue jusqu'en Norvège (j 'espère que vous ne prétendez pas connaître l'histoire de la poésie suisse romande). Elle a gagné quelques concours, reçu post mortem les félicitations de Sully Prudhomme. Post mortem car le temps fut court pour ceux qui la découvraient ; votre gâtée, du fait de sa petite santé, est morte à 21 ans d'un coma diabètique.
La honte devrait commencer à venir, sinon vous êtes immoral.
Mais vous ne l'êtes pas, vous êtes ce que Nietzsche appelle un « ami de la moralité instinctive », un coincé du cul. L'orient c'est mal, l'opium c'est pire. Qu'est-ce que ça peut vous foutre qu'elle aille rouler sa bosse dans des nations qui, à cette époque, étaient guerrières et isolationnistes ? Elle y serait allée qu'elle aurait découvert la philosophie bouddhiste, le tao, l'Art de la guerre, le confucianisme, le kabuki et que sais-je encore qui puisse valoir le coup d'aller y rouler sa bosse.
Ni orient, ni opium... dites directement que Baudelaire c'est du pipi de chat. Si vous savez deux ou trois trucs je ne vous explique pas ce rapprochement. Pour soi-disant y voir clair... c'est quoi y voir clair ? On surnomme Nerval : le lucide. Si vous savez deux ou trois trucs vous comprendrez.
Et quoi la drogue c'est mal ? Votre histoire de la poésie commence au jour de la pénalisation de la consommation de drogues dures ? Ça vous fait louper pas mal d'œuvres essentielles... c'est bien connu, les Contrerimes de Paul-Jean Toulet c'est de la daube :
L'amour n'est plus. Le jour viendra-t-il que j'oublie,
Nouvel et noir venin, ta puissante folie ?
[...]
Invisibles regards qu'on sait qui nous verront,
Fumée où se dérobe une présence abstraite,
Les flambeaux ont noirci. Quel mystère s'apprête
Qui met une sueur d'épouvante à mon front.
Et j'en passe ! Voilà le rapport entre la poésie et l'opium ; je vous crèverais les yeux que vous n'y verriez pas plus clair que lui. Ces vers ont été sacrés comme ceux du plus grand poète français par Jorge-Luis Borges. Mais ce n'est pas grave continuez à vous mesurer aux titans, jolie mouche, c'est bon pour votre honte.
Puisque je parle à tout le monde je vais élargir le sujet ; l'opium c'est pour les petits joueurs, parlons de mescaline.
Michaux ça vous dit quelque chose ? « Misérable Miracle »? Les surréalistes ?
Ça ne m'étonne pas ; vous êtes moins pour le dérèglement des sens que pour le règlement de compte, vous ne plongerez pas tel un clown abattant dans la risée le sens que contre toute lumière vous vous êtes fait de votre importance, pour ça... Faut pas dire sorry quand on est un banal civil qui n'y connaît rien en tréfonds de l'âme et qu'on se prétend poète : faut la fermer.
Il est l'heure de vous tuer en retranscrivant votre message imaginaire en entier, pardonnez-moi si je mets le plus cocasse en gras :
"Je n'aime pas c'est tout! Ça saute du coq à l'âne. ça n'a ni queue ni tête, ça n'a pas de sens mis et ça ne sait pas de quoi elle parle mis à part un charabia supposé être savant et poétiqzue. Je ne la connais pas mais c'est sûrement une gâtée qui a fuis son nid pour aller rouler sa bosse dans le monde oriental juste pour soit disant y voir plus clair dans l'opium. Sorry, cela ne me dit rien."
Et dire que dans le monde imaginaire où je vous ai mis vous êtes un poète estimé ! Quelle faiblesse d'esprit pour un prétendu héritier d'Homère autant que d'Orphée, c'est à dire de là d'où viennent l'homme et les dieux. Vous êtes ridicule, je n'ai fait que répondre à ce message alors que je pourrais un peu parler de vos poèmes imaginaires, histoire d'entamer les scarifications, mais je préfère m'arrêter là.
Sur ce : Alice de Chambrier est ce que Rimbaud nomme ma « sœur de charité » (femme ou idée) et je l'ai trouvée et je ne laisserai pas le moindre cloporte, le moindre scolopendre à mandibules jalouses dire un soupçon de mal d'elle. Pour des saintes on en a égorgé plus d'un... Gardez votre fiel pour son œuvre et nous pourrons discuter à ce moment là de littérature.
Mais si tu touches à ma meuf : je t'éclate.
PS : C'est pas soit disant mais soi-disant, ça signifie que le sujet (soi) dit. A ce propos un article de l'université de Bloch, monsieur l'écrivain.
Cadavérer.
Quand le griot du bled, dans un baobab tors,
S'endormait pour toujours, des contes pleins la tête,
Du divin dans les mains et des vers pleins le corps
Ou quand le grand héros qui trucida la bête
Tyrannique, connut le vin et le laurier
Puis le millier d'orgies, que ces longs jours de fête
L'ont fait syphilitique on dit : cadavérer.
Quand la coke encombrait l'orifice nasal
D'une très belle blonde habile, sculpturale,
S'essayant, dans la chiotte, au voyage naval
Et qui pissait du nez en glougloutant un râle
Ou quand le vieux marin commence à chavirer
Sous les astres dardant des moirures d'opale
En admettant la fin on dit : cadavérer.
Quand, fine et saugrenue, une vieillarde dans
Son appartement moite, en marmonnant, expire
-Sur le buffet de chêne on distingue des dents-,
Elle n'a plus, aux yeux, quoique ce soit pour luire ;
A jamais... ou quand un pouls nul fut avéré
Tel soir où la liqueur s'amusait à conduire
Un groupe de fêtards on dit : cadavérer.
Le fait d'un lendemain comme c'est éphémère !
Et tu peux péter un câble, vitupérer :
Ça n'y changera rien, mon lecteur adoré.
Il faudra devenir l'ombre d'une poussière
Car ainsi va la vie : naître et cadavérer.
Alice
De Chambrier
(1861-1882), poétesse.
Ils s’aimeront ainsi jusqu’à la fin des temps,
Sans voir encor le jour de leur union poindre :
Elle ne peut quitter ses parvis éclatants,
Et lui dans l’infini ne saurait la rejoindre...
Extrait de Conte de fées.
I
Moi qui, pour adorer plus belles que la mort,
N'ai pas trempé mes pieds dans les eaux de ce Gange ,
Ni dit une berceuse au petit qui s'endort
Plus douce que les mains assassines d'un ange,
Je parle : Fut le temps des vastes nébuleuses
Écloses dans le ciel vide et mordu des rats,
Le sang montait au crâne en lames globuleuses,
La joie exacerbait la fièvre des hourras.
Lyre, clavier, main... c'était de la musique
Qui pulsait violemment toute une exaltation
Dans les poitrines des hommes, c'était magique :
Le soir au belvédère, et l'imagination !
Aux lampes allumées le doseur et l'absinthe,
Le poète grisé tant par le podium
Duquel, pris de délire, il essouffle une plainte,
Que par la fumée lourde et pâle d'opium !
Donc, au refrain du cygne noir, où l'an s'achève
Entre deux doigts claqués tristement par la nuit
A peau de cauchemar brune et tachée de rêve
Qui sait trop bien que tout, vers l'Abîme, s'enfuit,
On reprisa des cols aériens de dentelle
Autour de gorges dont le souffle saccadé
D'amantes aux frous-frous poignants de jarretelle
S'évadait par la brèche en haut, pour décéder.
Une fleur à l'oreille on marchait sur le fleuve
Encore ondulé par l'aile des canotiers
Afin de retrouver une mer toujours neuve,
Broyés sous les cinglants crépuscules côtiers...
II
Donc les larmes d'un saule ont heurté cette épaule
Hypnotique au regard coloré d'un œillet
En cet après midi de printemps sans parole
Plein de papillons bleus que l'air ensommeillait.
Son épaule effleurée on la voyait pensive ;
Déesse agenouillée, les mains tressant l'azur,
Apparue en ce temps de dieux, la plus furtive,
La plus adolescente au chagrin le plus pur.
.
Source de grands pardons piétinée et l'unique
Que j'aime pour toujours à m'y brûler les doigts,
Du berceau de satin jusqu'au dernier portique :
La suissesse aux yeux doux et qui portait la croix.
III
Alice ! Flamme blanche, adorable et discrète
A qui je dédis l'or volatile d'un vers
Après avoir pleuré dans la chambre secrète
Ton évaporation, un jour brisé d'hiver.
Toi qui fis naître au sein des fraîcheurs matinales
Sur ton beau front le feu d'un astre renaissant,
Mi-éveillée encore ; et les aubes banales
Le voyaient s'incliner d'être reconnaissant.
Ah ! Splendeur anonyme ! Hallucination pieuse !
Toi qui faisais fleurir un invisible été
Sur les murs en sanglots des hospices, lieuse
De soleil à la chair ; paradis répété !
Mille fois chaleureuse et lévitant, des songes
Gigantesques à l'âme entière ; du saphir
Dans les jardins du roi sur des parois que longent
Les jasmins écarlates à n'en plus finir !
Rêveuse de passage au rire si nature
Dont la robe animait d'incomparables plis
Quand tu passais par là, cachant dans ta coiffure
Des oiseaux inconnus ne poussant pas de cris.
Il faut te rendre hommage autant qu'il est possible !
Alors que tu mirais au lointain l'horizon
Déjà le sort levait, toujours plus irascible,
Sur ton chemin de verre une ardente cloison.
Pourtant, grâce infinie, on te nomme : oubliée !
Le poème suintant la sève de l'amour,
Qui s'épanche goutte à goutte, multipliée ,
Afin de se confondre à la ferveur du jour
C'est ta gloire absolue et je lui suis fidèle !
Toi qui souris -je sais- dans l'oubli d'une tombe,
J'écris ton nom ainsi qu'en une heure immortelle
Une jeune homme amoureux libère une colombe.

Les vierges.
Ceux qui saignent du nez quand tout est féminin
En se tâtant la bosse innocemment saillie,
En se grattant le joue, en se frottant la main,
L'esprit bouleversé par d'étranges saillies,
Qui transpirent un litre en mâchant un crayon
Avec les yeux rivés sur telle callipyge
(L'enfant inaccompli meurt aux derniers rayons,
Avec le songe plein de tétons qu'ils érigent)
Ce sont les bons garçons de leur mère adorée
Qui laissent quelques mers blanchâtres à l'orée
Du jour dans les draps propres qu'eux seuls ont connus ;
Ceux-là je les salue -et d'une main puissante !
Ils n'attendent, au fond d'eux, que la plus aimante
Devant laquelle ils ne sauront se montrer nus.

Sur l'inspiration.
Par Flickan
I
Au seul lieu désormais la nue claire et jaunie
Palpite sur la plaine où la fleur veloutée
Perpétuelle dans ta main frêle et gantée,
Muse, ajuste aux soupirs la fatale harmonie .
Il fallut du félin la sanglante ironie
Léchée et tour à tour, par les tombes comptées,
Aller ôter aux fronts des chimères tétées
Par le plus divin l'or châtié de la folie ;
Muse, pour te voler ce trésor, à genoux.
Fils perdus de la femme aérienne : nous
Qui, tels égarements purs d'esprit et de chair,
Prolongeons des saveurs semblables aux dégouts.
Vaines inflations de troubles inviolés,
Reflets fragiles, dans l'abîme, d'un éclair,
Baiseurs inassouvis des ongles étoilés :
Nous ! Muse, cède nous un baiser juste amer !
II
Toute de glace et faible, un frisson de la hanche
Contre l'herbe pressée incline la matière
D'une chair onduleuse, imparable et plus blanche
Que les ruissellements de sueur et de lumière.
.
La terre sous nos pieds peut s'effondrer, ma chère,
Moins brûlante que nous au fond de ses entrailles !
L'extase indécemment qui fore son mystère
Me pénètre le sang. Tu geins et tu défailles.
Et dès lors j'accomplis, sous les cieux éveillés,
-Tremblement des iris d'abord écarquillés-
L'ivresse de mourir. Puis je ferme les yeux
(Éthérés souvenirs des éthers oubliés).
La brise nous parvient des mers de la douceur
En effleurant la plume unie à tes cheveux ;
Tu mords ta lèvre nue et pèses la douleur...
Ta fleur est maculée et le monde est heureux.
Rompre
Oh tu me gonfles ! Tu te tords et tu proclames
Que je suis bien le pire au pays des salops
Qui, pour ne pas aimer, s'enfuient à grand galop
En laissant un poignard dans le torse des femmes.
Tu chouines dans un coin... et comme tu te pâmes !
On croirait que l'écume échoue un cachalot
Dès que, baves nacrées, tu verses les sanglots
Indociles stockés lorsque nous nous aimâmes.
C'est que tes doigts boulus... ils me rendent nerveux !
C'est que le lourd parfum qui leste tes cheveux
S'acharnait dans la nuit profonde à me poursuivre .
Tu crises tout à fait, plus dramatiquement
Que les reines perdues de Grèce, mais, vraiment,
Je ne veux plus t'aimer -arrière ! je veux vivre.

Enfer et damnation
Noël disparu.
Temps de l'appel perdu des bontés enfantines
Récompensées par ce qu'ils n'ont jamais voulu ;
Le moment du bonhomme écarlate et velu
Qui presse son gros flanc dans les nuits clandestines.
Au Noël de Jésus sous les croix argentines
Et le faux sapin elle attend... L'ange moulu
Sur la cime interprète un regard absolu.
La télévision transmet des cavatines.
Elle attend... Cette année l'a connue similaire
A ce qu'elle fut dès sa naissance pour plaire
Aux Autres. Elle attend aux communes lueurs.
Sa liste de cadeaux vierge, elle patiente...
Elle n'a pas dormi du jour, presque inconsciente
Elle attend le moment des orphelins joueurs.
Enfer et damnation.
Fable immoralement morale.
(Sur la lande, éloigné des lieux de pendaisons
Inutiles, il va vers où le vent le porte,
Sous le scintillement céleste des tisons,
Aux avant-bras le corps de la fillette morte.
Elle n'a pas lutté contre les autres, claire
Étoile du matin belle de dénuement
Dont, bleue et d'émail pur, la prunelle s'éclaire
Un peu plus à Noël disparu, tendrement...)
I
Ceux qui pleuraient, hier, sur leur sort, les poumons
Suffoquant, le cœur plein d'hémoglobine louche,
Résultent de l'horreur muette des démons
Invinciblement là ; de la rue à la couche.
Cortisone d'enfer, la belle apoplexie
Passa quand l'heure obscure où la rapacité
Des chiens des nuits sans fond tomba : la galaxie
Des spectres inconnus, noirs et décapités.
II
Elle a rêvé des arcs d'éther et de carats
Multipliés sur le champ de roses que garde
L'Éros du premier jour allongé dans l'aura
D'une ombre près d'un fleuve où l'aube se regarde.
Elle ne dormait pas quand le soupçon d'un ange
Lui murmura ces mots : « Toi, source de candeur,
Tu gouteras le sang écarlate et la fange,
-En larmes- des bourreaux que génère la peur. »
III
Et les harpies, parfois à serre-tête d'or,
Perdent leurs ongles si vernis, si beaux, si lisses
Avec des cris divins et des mouvements fort
Brusques ; ils saignent les doigts chargés de délices.
Jadis bagués, les doigts faits pour cacher les lèvres
Où s'animait le faux scandale, les rumeurs
Célèbres, où germaient ces paroles mièvres
Qui croissent dans la ville en formes de tumeurs.
(Sur la lande, éloigné des lieux de pendaisons
Inutiles, il va vers où le vent le porte,
Sous le scintillement céleste des tisons,
Aux avant-bras le corps de la fillette morte.
Elle n'a pas lutté contre les autres, claire
Étoile du matin belle de dénuement
Dont, bleue et d'émail pur, la prunelle s'éclaire
Un peu plus à Noël disparu, tendrement...)
IV
Lui c'est le poète aux couleurs de perroquet
Sauvage, il a trouvé la fillette couchée
Dans la fange et le sang, un petit bilboquet
En mains, par mille jets de pierres amochée.
Alors il l'a portée au delà des arômes
Putrides qui fumaient autour du corps gelé,
Et sa robe alourdie par l'urine des mômes
Fut laissée là, débris d'une beauté fêlée .
V
Les mômes, eux, pendants aux liens des balançoires
Comme du linge mort que ballotte le vent
- S'écoulent de leur nez des fils de morves noires -
Sont pris d'un rire bête, infini, délirant.
Leurs baskets sont farcies d'insectes puants dont
Les mandibules suintent un puissant curare,
Leurs rides ont figé d'ineffables pardons,
Quelquefois l'un d'entre eux sursaute du regard.
VI
Il la vêtit avec des mots sacrés, des phrases
Qui, tombées dans l'oreille avide des bimbos,
Les auraient fait mourir fidèlement d'extase,
Il l'habilla de pleurs et de fleurs de tombeaux.
Il maudit les auteurs du crime, il approuva
Les promesses du diable, il emporta la gône
Jusqu'où l'humain ne peut poser le premier pas
Pour l'enterrer selon les rites de la faune.
Sous le grand ravinale où dorment des colombes
Il bénit la fillette avec un truc en plus
A l'infime vécu dans son infime tombe
Vengée. en paix. Le ciel la couvre d'angélus.
(Sur la lande, éloigné des lieux de pendaisons
Inutiles, il va vers où le vent le porte,
Sous le scintillement céleste des tisons,
Aux avant-bras le corps de la fillette morte.
Elle n'a pas lutté contre les autres, claire
Étoile du matin belle de dénuement
Dont, bleue et d'émail pur, la prunelle s'éclaire
Un peu plus à Noël disparu, tendrement...)
Sixième heure
Arrivée de la négociatrice - Angoisses freudiennes - Métamorphose - Piège - Ils ont eu Jack.
Une buse fend l'azur au dessus des épicéas. L'ambiance est caniculaire.
Marine Picoléao descend de sa twingo :
« -Ah mon dieu, quelle galère ! J'ai cru que j'allais jamais trouver ! Que j'allais rester là, quelque part, à vivre de baies et d'ail des ours ! Mais un vieux du coin m'a sauvée et j'ai réussi ! Ouf !
La brigade est sous tension et se prend à rêvasser d'assassinats sur la dernière arrivée. Le lieutenant, ou l'inspecteur (qu'en sais-je ?) Gotrit se présente.
-Enchanté ! Moi c'est Marine Picoléao mais appelez-moi Marine ! Alors qu'est-ce que c'est que cette histoire ; il veut pas se rendre le monsieur ?
-Exactement, il s'agit de...
Marine lui prend le mégaphone des mains et lui explique qu'il faut laisser faire les professionnels.
Elle crie :
-Je suis la négociatrice, monsieur... Elle s'interrompt et coupe le son de l'amplificateur de voix puis se tourne vers l'officier : M'sieur Gotrit, s'il-vous-plaît, m'sieur gotrit ! Houhou, m'sieur Gotrit ! Vous pouvez venir voir... Il s'approche. Comment il s'appelle votre mec, là ?
-Le suspect ? Jack Bovini madame, mais vous devriez le savoir, vous ne vous êtes pas renseignée...
Elle l'interrompt de nouveau par le biais d'une réaction absolument psychotique ; soudain elle balance le mégaphone à terre comme si ce fut un gros insecte involontairement ramassé et se met à pousser un cri strident.
Entre temps Jack s'est pointé à la fenêtre.
Gotrit demande à la négociatrice ce qu'il se passe. Elle s'explique :
-On était ensemble en maternelle !
Sur ce la brigade et l'officier se figent, ils ne comprennent pas, ils ne voient pas le rapport. Et l'officier fait entendre ce sentiment général à Marine. Elle ne comprend pas qu'ils ne comprennent pas et, vraiment, ça l'énerve.
-Mais enfin ! Vous avez pas lu Freud ! Dieu sait ce qui peut se passer si je rentre en contact avec un de mes amours d'enfance !
Ils ne comprennent toujours pas... Qu'est-ce-qu'il peut se passer ? Mais Gotrit, exaspéré, plutôt que lui poser la question, l'engueule franchement comme quoi il n'a pas de temps à perdre avec ces conneries, qu'un criminel super dangereux est en liberté etc. ça semble la toucher :
-Roooh, c'est bon... Je voulais pas vous vexer. Tout à coup ses traits deviennent autoritaires, froids et distants ; elle semble métamorphosée : Bon, passons aux choses sérieuses ; quelle est la situation ?
L'officier se réjouit de ce changement de cap et lui narre tout le conflit, en passant par le coup de couteau sur la victime jusqu'au caractère forcené du coupable.
-Un petit malin, hein ? Il veut s'essayer à la cour des grands ? Pfff... dire que je l'ai aimé. Le mégaphone s'il-vous-plaît. Puis elle parla à Jack, un peu impatient : Jack Bovini vous êtes en état d'arrestation, je ne vous lâcherai rien... Tuez-la si vous pensez que ça vous sauvera.
Sur cette phrase qui laisse le monde en suspens elle éteint le mégaphone.
Jack est piégé, Jeanne pleure beaucoup. Les brigadiers se demande si la négociatrice est folle.
Notre compère est dans un sale embarras : tuer sa fiancée lui paraît impossible, ce sont là ses limites. Marine Picoléao ne sait faire qu'une chose dans la vie : saisir les limites des individus. Après tout ; elle a lu Freud.
Une demi-heure passe. La porte d'entrée s'ouvre. Jeanne sort en premier, piteuse, elle court vers les policiers. Ensuite vient Jack, mains derrière la tête, toujours claudiquant, le regard palpitant de rage.
Deux hommes le couchent au sol et le menottent.
Oui, en cette heure sombre, Jack est tombé.
Une phrase a suffi. « Tuez-la si vous pensez que ça vous sauvera. »... D'où sort cette femme ? Il la croise, elle lui sourit et lui fait un petit coucou d'une main manucurée. Elle est blonde, de grands yeux verts hypnotiseurs de tigres, un visage heureux. Elle lui rappelle quelqu'un. Il rentre dans le fourgon.
S'évadera, s'évadera pas ? La septième heure nous le dira peut-être...
Pour ce qui est de la sixième on apprend que Jack Bovini est vraiment une grande gueule.
Le printemps des justes.
Je suis la Guerre civile. Et j’en ai marre de voir ces andouilles se regarder en vis-à-vis sur deux lignes, comme s’il s’agissait de leurs sottes guerres nationales. Je ne suis pas la guerre des fourrés et des champs. Je suis la guerre du forum farouche, la guerre des prisons et des rues, celle du voisin contre le voisin, celle du rival contre le rival, celle de l’ami contre l’ami. Je suis la Guerre civile, je suis la bonne guerre, celle où l’on sait pourquoi l’on tue et qui l’on tue : le loup dévore l’agneau, mais il ne le hait pas ; tandis que le loup hait le loup. Je régénère et je retrempe un peuple ; il y a des peuples qui ont disparu dans une guerre nationale ; il n’y en a pas qui aient disparu dans une guerre civile. Je réveille les plus démunis des hommes de leur vie hébétée et moutonnière ; leur pensée endormie se réveille sur un point, ensuite se réveille sur tous les autres, comme un feu qui avance. Je suis le feu qui avance et qui brûle, et qui éclaire en brûlant. Je suis la Guerre civile. Je suis la bonne guerre.
Henry de Montherlant.
La rage du peuple de Keny Arkana :
I
Les derniers mots du titan
Quand, enfin, le mutin surplomba l'écritoire
Le Prométhée ancien au poitrail éventré
Et brûlant lui donna le fin mot de l'Histoire :
« L'homme retournera par où l'homme est entré ;
Au divin de son nom, de sa chair reconstruite
Et du feu de Solyme à jamais perpétré.
Ce jour multiplié sans genèse ni suite
Sera le lendemain d'un malheur sans pareil ;
Toujours. On pleurera de cette peine instruite.
Pourtant lorsque l'or ne vaudra plus le soleil
Ils pousseront des yeux figés vers l'empyrée
Et les rêveurs ne trouveront plus le sommeil.
Lorsque le fouet verra sa tutelle ignorée
Par la chair bariolée de sueur et de rougeurs
Pourtant étrangement belle et revigorée
Ils pousseront des mains violentes aux rêveurs.
Horreur des Ben-Arès qui reflètent les flammes
Furieuses du silence et des sourdes ferveurs !
Des seigneurs qui jouent à la guerre comme aux dames
Il en est, celle-là c'est un autre combat :
C'est celle des enfants, des faibles et des femmes.
Pourtant, frère d'un jour et, pour un jour, soldat,
Des Achille du peuple entameront la guerre,
Plus vaillants qu'un héros dont le cœur se bomba
De rage, sans tuer la déesse mystère...
Sans tuer l'allié souffrant d'un mal idem
Mais le bras assassin des mânes délétères.
Et Ibliss et l'argent trônant sur un tandem
Ne mourront qu'acculés par la force des armes.
Pourtant ils ont, à deux, les charmes d'un harem.
Pourtant quelques uns vont succomber à ces charmes.
« Quoi ! Faudrait-il tuer l'ami du jour d'avant ?
Être libre c'est être entravé par les larmes ? »
« Tu sauras... Tu sauras, mais saches que le vent
N'attendra pas l'oiseau pour heurter le mirage
Des paradis perdus d'un monde s'écrivant
Sur le Grand Livre dont tu portes une page. »
II
All shall fade
Le kalaschnikov fou d'expectorations noires
Dans l'azur bombardé fait scintiller le plomb !
Les murs lépreux ouvrent des yeux fumants et ronds
Sur pâleur des corps en tas sur le trottoir...
Puis, fauve grondement, de sinistres avions
Annoncent la volée à venir : dans le soir.
On a si peu sommeil au cœur des explosions...
Et Pyrrhus a connu de plus belles victoires.
Les hommes les plus forts quittent pour le billot
Leur famille, en leur nom s'étreindra la détente.
On s'informe, l'on veut entendre à la radio
Une gloire voisine, un renfort, une entente
D'aide international... mais toute attente est vaine.
Nous sommes en enfer : rebelles au Yemen.
III
Arabia
Libres et pour toujours, c'est un serment de l'âme !
Voici que nous avons fait tomber les géants
Un beau jour de printemps que la révolte enflamme
Pour ouvrir le seuil de notre avenir béant.
Et qu'est-ce-que la vie aux tréfonds des prisons ?
Nous demandons justice, notre Iphigénie
Sacrifiée sur l'autel des mille trahisons
Royales ! Nous voulons cueillir notre génie
Et le premier jasmin sans chaines aux poignets !
Des pansements de l'âme aux âmes qui saignaient ;
C'est là notre victoire au front, au carrefour.
La liberté formelle a trop lié de bras,
Déchiqueté d'espoirs et trop rougi de draps ;
C'est un serment de l'âme et un serment d'amour.
LIBERTE AIMEE
Comme quoi
Ou la conclusion.
Comme quoi le tranchant effleurant le poignet
Te guette - la faucheuse avance en moissonneuse
Batteuse, comme quoi le ciel est tristounet
Au regard en faillite et bleu d'une pleureuse...
Comme quoi l'amertume enveloppe un passé
Boursouflé de remords, comme quoi tout s'effondre
Un matin anodin dans l'odeur du café,
Comme quoi le brouillard tamise déjà Londres,
Comme quoi comme toi j'aime et je désespère,
Comme quoi l'autre jour je saignais des deux poings,
Comme quoi l'oiseau déferlant dans l'atmosphère
Trouve un enfant pour lui donner les premiers soins,
Comme quoi dans les bras de la vertu perdue
S'endort le géniteur de cruautés sans nom,
Comme quoi ça peut être au détour d'une rue :
L'accident ou l'amour sailli par des talons,
Comme quoi, tu sais, le métro passe et repasse
Ainsi que les jours vains que lamine l'ennui,
Comme quoi la fleur de notre âge se ramasse
-Toi que j'élis – au fond de la chaleur d'un lit,
Comme quoi s'appareille, au creux de notre dos,
Tout un grand système de poids désirés, comme
Quoi sous le porche un homme, un affreux, un clodo
Est, avides harpies, évidemment un homme,
Comme quoi, pirate au perroquet déplumé,
Le vieux Mac-machin-chose, installé sur sa proue,
Coule avec son navire, une pipe allumée
Aux lèvres, comme quoi le Cerbère s'ébroue
En sortant de la mer de défunts en errance,
Comme quoi le citron, la cuillère et le feu
Ne font pas bon ménage aux mains de la souffrance,
Comme quoi l'on se perd à trop se prendre au jeu,
Comme quoi jamais l'or n'achètera la branche
Où, d'un cœur tatoué par deux heureux prénoms,
Jaillit la fleur de sang dont la corolle est blanche,
Comme quoi tel dieu meurt avec son Parthénon,
Comme quoi, sale et mou, sur la langue, le fruit
De la débilité nous fait parler sauvage,
Comme quoi cette étoile au sein de cette nuit
Ravive en moi son nom, son secret, son visage,
Comme quoi l'éveil des incandescences floues
A l'aube de l'année envenime un cerveau,
Comme quoi le chasseur qui flaire le grand loup
S'en fait un frère d'âme et vit le renouveau,
Comme quoi la maman aimante dont les bras
Calmeraient la folie et la fureur humaines
En un quart de seconde aime un enfant ingrat,
Comme quoi seul Orphée méprise les sirènes,
Comme quoi cataracte au fond de nos poitrines
Le poison banni quand paraît la tentation,
Comme quoi tout se vend qui hante les vitrines,
Comme quoi le sérum contracte l'infection,
Comme quoi, trahi par tout un peuple d'ami,
L'homme franc s'en retourne à l'exil de naissance,
Comme quoi la mère au foyer lutte parmi
L'ascension des pleurs et du prix de l'essence,
Comme quoi, pauvrement, on s'essaie à l'ouvrage,
Comme quoi, camouflé, l'épouvantable éclair
L'air de rien pour la terre habite le nuage,
Comme quoi l'on brisa le fer avec le fer,
Comme quoi la structure arborant la forêt,
Pleine de cris d'oiseaux et de songes d'insectes,
Frétille et sait se taire au bruit que tu connais ;
Celui du pas de l'homme aux cadences suspectes,
Comme quoi, dans l'horreur des mille sacrifices,
Le soldat tremble et doit, comme quoi le sacral
Et sacramentaire ordre des grands artifices
Traine, sous la semelle, un gravier sépulcral,
Comme quoi sous notre œil se terre un univers,
Comme quoi je n'attends plus de toi cette lettre
Qui fait écho violent aux notes de mes vers,
Comme quoi nul ne vainc le souffre et la salpêtre,
Comme quoi le bombyx en son filet de soie
Sent l'aiguille arriver, comme quoi l'éternel
Souvenir des serments un lendemain se noie
Dans une mer jalouse, écumeuse et rebelle,
Comme quoi l'âpreté des vérités déboule
Sur les cœurs de porcelaine hypertrophiés
Telle un char, comme quoi la pluie, au loin, s'écoule,
Erafle les iris et peuple les glaciers,
Comme quoi le soleil entaille les kumquats
Dans le jardin d'Orient fleuri de jasmins rouges,
Dès que l'aurore éclaire, au dessus des combats,
L'arbre de liberté, dès que le monde bouge,
Comme quoi vaguement se métamorphose un
Protée à deux euros, dans le trouble d'une ombre,
S'apprêtant à mourir par la corde de lin,
Comme quoi la raison c'est la force du nombre,
Comme quoi l'épaisseur de la chape écarlate
Au dos des doux rêveurs a clairement rompu
Le nerf des ailerons, c'est ainsi qu'ils s'abattent
Sur le macadam des grands centres corrompus,
Comme quoi le voleur de charmes à la tire
Séduit sans états d'âme une pucelle tel
Qui n'a jamais aimé sait beaucoup mieux le dire,
Comme quoi l'on survit au mal-être immortel,