Amour vache et mojito.
Citation de Pascal.
Violente, en jupette, elle sert et m'enchante
A tout considérer par le biais du mépris...
C'est s'auto-flageller pourtant j'en suis épris :
Quand elle crie et jure on dirait qu'elle chante.
Elle a pour ennemi le monde entier. Les hommes
La fixent, l'œil lubrique et le verbe baveux ;
Poutant c'est ses humeurs terribles que je veux,
Pour elles j'ai perdu, fait délirer des sommes.
D'où me vient ce qui brûle et dévore mon cœur
Quand la plus détestable et arrogante sœur
M'insulte et que je veux lui répondre : « je t'aime ? »
D'où me vient ce silence en échange d'un « con ! »?
Il se peut que le beau ne soit pas dans le bon,
Que l'amour soit le monde et ne soit pas qu'un thème...
L'immaculé.
Au fond d'une mer pure une vierge de fer
Virevolte et son ombre animé par un cierge
Préserve en mouvement le secret de l'enfer
D'éternels voiles bleus faits de fil de la vierge.
Sources, mélancolies, fleurs et crachins d'éther
Sur des regards d'enfants, voyez : chaque œil héberge
Un don de sainteté. Rêve blanc ! Cathéter
Rempli d'azur perdu ! mourir, las, sur la berge !
Deuils des Victor Hugo, passions des Racine !
Tirs de plomb dans la main divine d'un Rimbaud !
Baiser anthropophage ! Amour qu'on assassine !
Larmes à contrecœur versées devant le Beau !
Retour de l'être aimé, soudain, au crépuscule...
Bonheur si dangereux, malheur trop ridicule.
A un bordélique.
Les jours oisifs ont fait de cette chambre close
Un vrai tableau de Bosch : Le jugement dernier
Ou Le jardin... fouillis que le hasard dispose
Des cimes du bureau jusque sous le sommier.
Sur les mouchoirs souillés des Babel de couverts
Proches de tutoyer, tapies entre les toiles,
Les araignées mangeant des mouches aux yeux verts
S'éprennent du plafond, à défaut des étoiles...
Du verre cassé, vert... de bière -sûrement-
Écharperait le pied s'il avait des visites.
Lui l'esquive d'un pas bref, instinctivement.
L'air est rempli d'odeurs moisies, du vol des mites.
Plus un tronçon de sol où le blanc carrelage
Ne soit visible à l'œil nu sous les vêtements
Qui le constellent comme, en un beau long métrage,
Les linges projetés évoquent des amants.
La cuisine a l'allure étrange des endroits
Où quelques bactéries fomentent une espèce.
Il y coule une eau noire, un fond de petits pois
Meurt dans sa casserole et le temps le dépèce.
On y marche au son des bouteilles en plastique
Et des pages froissées, vierges ou du journal
Le plus vieux possible, un monceau fantastique
De choses inconnues prend un angle total.
Des gnomes ont déjà dû bâtir dans ce coin
Après l'humble hameau la grande citadelle,
Sans doute guerroient-ils... Sont-ils allés plus loin
Que la commode ? Ont-ils découvert la poubelle ?
Nous les imaginons facilement : quand l'aube
Souffle sur le sommeil ils rentrent au bercail,
Ayant chassé du cloporte et cueilli la daube
Qui fleurit parmi l'ombre et ressemble au corail.
Et voici la poussière analogue aux tapis
De mousse sur un arbre, et ce jusqu'aux racines,
Qui teint d'un gris morbide et pâle ce taudis
Pourtant neuf au départ : photo de magazines.
Le bordel, le bordel ! Il faut ranger sa chambre
Avant de retrouver le jour originel
Éparpillé, réduit, comme en un orbe d'ambre,
Chez soi ; c'est trop pour l'homme : un grand et beau bordel !
A une bimbo.
Ce soir chaque parole infime de ta part
Me rend malade, m'offre et nausée et migraine
Ensemble, ainsi que l'or fané de ton regard
De morue où croupit tant d'arrogance vaine...
Ce n'est pas que tu sois débile ou bien vilaine ;
Mais vide, simplement... Va dormir, il est tard !
Trop tard pour qu'à mon lobe un rire gras s'égraine...
Traites moi, s'il te plaît, d'ordure ou de bâtard.
Ma pauvre, à quel moment m'as tu piégé ? J'ai cru
Voir en toi l'idéal féminin qui s'est tu
Dès que tu papotas longtemps pour ne rien dire.
Ferme ta grande bouche à l'éternel sourire
Qui trahit non pas le bien-être mais l'absent !
Je pourrais te la coudre, amour, mais : trop de sang.
Free girl.
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Arthur Rimbaud.
Que les grands carreaux noirs où mes yeux se reflètent
Soient retirés car, belle, après les deux lunettes
Il est une eau de feu, des visions secrètes
Dans lesquelles l'amour n'est ni faute ni jeu.
Pour t'avoir rencontrée, auprès d'un saule, à l'heure
Où le soleil de l'aube irise l'air du lieu,
Je puis dire aujourd'hui : C'est pour toi que je pleure ;
Certaine que l'amour n'est ni faute ni leurre.
Ne vas pas croire, folle et légère lionne,
Que nous nous ressemblons : Je vis front contre sol
En me nommant tantôt Gnafron, tantôt Guignol,
Sans jamais voir le ciel où ton cœur papillonne :
Croire en tout sans broncher ? Vivre dans sa voiture ?
Très peu pour moi ! C'est vrai, je rêve d'aventure
Mais aussi d'ordre juste, et je meurs au milieu.
Puis je n'aime personne autant que la nature...
Ah ! Si : j'aime l'amour -vérité, leurre ou jeu.
Par roseonthegrey.
Eros et Psyché :
A celle qui m'aura aimé,
A celle que j'aimerai,
A l'inexistante...
Par Canova.
Nous qui nous aimions lorsque, rideau fermé,
Dans l'ombre et le parfum d'un songe désarmé
Au delà du présent, des rigueurs éternelles,
Nos échines s'ornaient, nues, d'une paire d'ailes ;
Anges le temps d'un soir, l'un par l'autre charmé.
Souviens-toi : la jeunesse aux rires incertains
Et les vœux sans pareil éclos en ces matins
Que fertilise et mord la fièvre de l'extase,
Roses fanant au soir sans corrompre leur vase ;
Souviens-toi de nos cœurs défiés, jamais atteints.
Puis souviens-toi du jour où nous nous sommes vus,
Plus tendres que jamais et jamais inconnus ;
Comme nés amoureux, parmi l'air botanique
Et le vol des moineaux, de cet instant magique
Qui fait un couple heureux de deux enfants perdus.
Quand j'ai posé mon front sur ton sein et redit
Que je t'aimais, répond, où fut le paradis
Ailleurs qu'entre nos mains et qu'entre nos visages ?
En toi j'ai découvert, effleuré, ses rivages,
Ses plaines, ses forêts et ses monts interdits.
Tu me trouvais beau, rare, et je ne savais pas...
Mon orgueil renaissait, mourrait, de tes appas
Auprès desquels brillaient amèrement les reines
Et tous les mannequins aux formes inhumaines
Comme un rien s'effaçaient à l'ombre de tes pas.
Les vers que tu me fis ne souffraient pas de mots ;
Ils se formaient d'un geste ou d'un regard, les maux
Qui nous étaient communs, tu savais les éteindre
Comme l'on souffle un cierge, et les nuits à s'étreindre
Nous immortalisaient comme font les tombeaux.
Douce, la couche est froide aujourd'hui, souviens-toi
Que, les yeux dans tes yeux, je me suis senti roi
Des choses et du temps, du ciel et de moi-même.
Souviens-toi que l'on fut l'incroyable poème
Que nul ne peut écrire, encore moins ne voit.
Surtout n'oublions pas ces aveux mutuels
Ni ces baisers brûlants, fauves, presque cruels :
Souviens-toi ! Nous avons bu le fond nos âmes
Comme une eau de Léthé qu'on aurait mis en flammes
Et dont les flots, en nous, chantent, perpétuels.
Sens-tu le souvenir qui remonte, plus vif
Que tout immédiat ? Cet instant décisif
Qui nous a séparés d'un mouvement de tête,
Je m'en souviens. Je sais : tout meurt. Mais je vous souhaite
De connaître l'amour implacable, intrusif.
Orphan.
Toi qui ne peux aimer ni l'enfant ni l'adulte ;
Ces vers sont un autel, si je te voue un culte...
Au bord du lac, un soir de nacre, ma chipie,
Face aux débordements écarlates du ciel
Je veux, au coin de tes lèvres, goûter le miel
Qui donne une saveur assassine à la vie.
Mon Esther condamnée à l'enfance, ma sœur ;
Nul meurtre n'a soigné le mal qui te chagrine
Or je veux, dans le rêve où mon cœur pérégrine,
Sentir auprès de toi le suicide en douceur.
Viens, je suis ton semblable : un sombre paria
Que l'amour fuit, fantôme aux cris pleins de délices,
Viens, je comprends tes pleurs de rage et tes caprices !
Il faut que le sang chante au fer son aria
Le jour où je ferai de toi ma fiancée ;
Etoile, demoiselle infâme et romancée !
Gaïa.
S'il faut dire et décrire un monde qui s'écroule,
Tant de tristes emplois de la chair et de l'âme
Ou toute la bêtise, errements de la foule ;
Je préfère tracer le portrait d'une femme :
Elle a des bracelets d'ivoire coloré
Sur une peau brûlante et d'or sous le soleil,
Mutine adolescente ; et pour la décorer :
Un petit bois où pleut la feuille au teint vermeil.
Elle est assise au sol, sa minijupe blanche
Laisse rêveur, moulant de la gorge à la hanche
Un corps que l'idéal ne peut restituer.
Ses cheveux brillent, bruns, des pupilles de blonde
Fustigent au hasard. On pourrait se tuer
A deux genoux pour elle, en oubliant le monde.
A cup of tea ?
Servez-moi du thé, muse, aux zestes de gingembre,
Et de l'orient profond emplissez cette chambre
Où, tout petit poète, isolé, j'entreprends
De tresser aux candeurs divines des lys blancs
La fleur de ma tristesse et la fleur de mon âge.
Je brise les miroirs pesants sous mon image
En essuyant des pleurs perdus au goût de sang,
Hurlant à vos dédains que je suis innocent,
Que je suis mots d'enfant et que je suis tendresse !
Et que tous les bisous carmins de la bassesse
Ne l'ont pas emmenée, en flamme, sous mes draps.
Je revois, les yeux clos, cette aube où tu sombras,
Naïve, avec tes mains pleines de sucre d'orge,
Mon enfance, mes lèvres ont quitté ta gorge
Pour embrasser des joues superbes sous le fard.
Le thé bout, infusez, muse dont un regard
Rend fou. J'allume une cigarette magique
Et cherche, en crapotant, la phrase névralgique
Qui fait le bon poème et la belle invention...
Mais faut-il le vouloir ? Faut-il une intention ?
Ou simplement du thé quand l'heure est nostalgique ?
Dernière valse.
Miel il est des espoirs qui brisent les récifs
Tandis que l'inclément réclame la clémence,
Que du fond des grands lacs émerge la démence
Au delà des regards que flattent les poncifs.
Hélas tous les azurs flétrissent en cadence...
Pauvre de moi, mortel, tous les apéritifs
Sont bus, l'œil pleure un peu sous les vents intensifs ;
Peuplade de la nue où l'air embaumé danse.
Miel, prends ma main et tourne ! Viens ! reste en retrait !
Chancèle entre mes bras comme tombent les roses
Immaculées, fleuries dans ce jardin secret.
A la lumière des étoiles, quand les choses
S'allègent, offre-moi le don d'être immortel
Afin de, pour toujours, toujours, t'appeler : Miel.
Oh ! les fleurs à chapeau rient dans le palanquin.
Oh ! les fleurs à chapeau rient dans le palanquin
D'un rire éclatant ; les amantes les plus frêles
Rêvassant de prairies nues sous le baldaquin
Aux lèvres un beau pli certainement taquin ;
-Toc !- contre les carreaux meurent les pipistrelles...
Elles ont des petits doigts tisseurs de dentelles
Qui tournent chaque page ancienne du bouquin,
Pétillantes, les joues rosies ; bouquets de prêles
Et parfums provenus du lieu le plus lointain...
Curieuses, elles sont moins candides que belles.
Ici, le jour sans fin - dans leurs yeux je veux dire -,
Le jour sans fin jaillit pour les hypnotisés.
Leurs yeux, leurs yeux mi-clos, font vibrer une lyre
Et l'air n'est plus pareil que leur souffle a baisé...
Ce n'est pas la beauté, fils, qu'elles désapprirent.
Les fleurs à chapeau bleu qui semble du délire
Ce soir aventureux plein d'interdits brisés
Font éclater dans l'air sublime leur fou rire
Gonflé par le vulgaire et le songe attisé...
Leurs yeux brillent d'un feu né pour masquer le pire.
Lehaïm !
Pour Pitch Vincent.
Pour toi voici des vers qu'on accroche au blouson
A cet emplacement du cœur, c'est un poème
Pour ton pas solitaire ; c'est une chanson
Dont les accords errants nous parle de bohème.
Tu cherches ton ailleurs, mon frère, la prison
A dévoré le monde et ses cris d'eurylaime !
Vivre nous brûle là, de l'ardeur du tison,
Vivre nous brûle là, tel le nœud du problème.
Mais c'est au gouffre, ami, que va le désespoir !
Avec ses beaux habits du dimanche ou du soir ;
Vivre nous brûle là, faut-il brûler la vie ?
Faut-il ? Alors que l'aube acclame un lendemain
Peut-être moins blafard ! Buvons jusqu'à la lie
A ton nom de brioche et serrons nous la main !
C'est donc tes vers à toi, ce verre à ta santé,
Cet art aérien, ce baroud de tendresse !
Le monde est prisonnier, buvons à l'amitié
Qui fait que si je tombe un autre me redresse !
Encore un verre ! ô vie ! ô mère de cette eau !
Le temps, faucheuse en marche à la lame traitresse,
Nous poursuit et n'attend de leur dieu qu'un seul mot...
Buvons ! elle est absente où l'absinthe est maîtresse !
Elle est absente où l'art se montre, surhumain,
Se dressant, soutenant le regard du ciel, elle
Est absente où le pied dessine le chemin.
C'est tes vers, ton cadeau fait d'un double sonnet,
Qui nous disent Lehaïm ! Lehaïm ! La vie est belle
Pour qui ne désespère et pour qui te connaît !
Ztedededex !
(comprendra qui pourra)
I
Ô brulure natale !
Je n'entends plus tout ça : la pourpre de la terre,
Le chant du lémurien caché parmi les fleurs,
Les rires maladifs qu'ont les enfants de verre,
Le soleil musical, le front brun de mes sœurs :
Ces petites filles qui courent sur le sable des lagons, marchandes de colliers de graines de l'aube au crépuscule, du crépuscule à l'aube et tristes et souriantes...
II
Reviens vers moi ! Montre que tu es mon sang ! Coule ! Vrombis ! Roulements d'œil bovin, entrailles, chair, mère, flamme, danseuse ensanglantée parée d'or, pieds à mes lèvres ; rougeoiements !
Tu reviens plus féline et douce, tu reviens...
J'ai mâché les cactus pulpeux d'hallucinations ! Je ne vois que les cheveux de celle qui est nue, la plus nue, noirs, et je transis entre ses bras !
Noir
essaim de mes douleurs, voluptueuse étreinte !
Le Pengalan m'emporte ! Atteint, je suis blessé :
Un rayon de soleil ouvre ma poitrine et des oiseaux nacrés picorent dedans. Je flotte, les pêcheurs saluent ma carcasse pleine de ciel. Je flotte.
Peut-être vais-je me décomposer en cette mangrove labyrinthique et peut-être une orchidée-incandescence sera mon épitaphe. Peut-être.
III
Il paraît que les fruits qui pleuvent sont comestibles pour les morts qui me ressemblent.
Voici le verger de mes souvenirs, mon âme à perte de vue. Mangeons.
Il faut saigner la papaye, l'orange et la goyave. Vite !
Avant l'enfer.
Mon premier paradis, peuplé de chiens errants,
Qu'est-ce l'enfer pour toi que la faim fouette, tiraille et tue ?
IV
Terre des diarrhées fatales et des fièvres sans fin ! un passant qui vomit et tombe dans la rue...
La misère est le royaume du bref autour de la colline royale.
Et l'armée ! Et la politique ! Galvaudées !
Entre les mendiants affamés et le reste plus affamé encore il-y-a t-il une place pour les damnés qui se griffent la peau des joues et cherchent leurs yeux par terre ?
Non, ce sera pour l'armée et la politique, galvaudées.
Et puis, pures saisons des pluies et de la faim, vous n'avez pas ôté le sourire aux enfants...
V
J'ai joué avec des petits cailloux.
Tout était là. Le monde et l'imagination ; dans des petits cailloux.
Bonheur minéral de mes premiers mois ! Cailloux !
Et ils jouent avec des petits cailloux, et tout est là ; le monde et l'imagination.
Ils courent sans raisons, ils rient sans raisons, ils pleurent avec.
Cheveux crépus, vêtements trop courts, pieds déchiquetés. Rêves de rêve. Joueurs sans mise.
Avenir.
VI
Des fleurs courbées sur les rizières...
Ce sont les femmes de là-bas ;
Pleine d'un sortilège et fières,
Paix analogues aux combats...
Prostituées, vierges et mères
Les vents du sud vous font des draps
De poussières et de lumières
Qui s'envolent à chaque pas.
Je vois encore ma mère : elle
Est assise très dignement,
Ne se sachant bonne ou cruelle...
Je vois encore ma maman
A la lueur de la fenêtre
Ecrivant sa dernière lettre...
VII
Et il y a là-bas terre, la brousse et les ravins. Le zébu roi du monde, bosse en place.
Le regard bizarre du lémurien nocturne.
L'Indri aristocrate,
L'arbre plat avec lequel s'évente les dieux,
La jungle de bois et celle de pierre,
La nuit à Tana, bariolage d'infinis,
L'océan qui rumine pêcheurs et pirates dans la bave saline,
Une tombe,
La danse surhumaine,
Et mon cœur.
Et puis, qu'avez-vous vu ? version finale.
Au Sahel inondé de sable et de fluor,
Frères, sachez-le, nous vîmes ce que nous pûmes ;
Nous portions l'orphelin hors des noires écumes
Sitôt le grouillement des termitières d'or.
Tandis que l'hydre lent dévora le parfum
Des nanas en sommeil aux paumes scarifiées,
Au front pâle où pendaient des mèches falsifiées
Collant l'ombre à jamais sur un regard défunt
Nous avons rattaché le peuple des ilots
Ensemble avec des liens de laine, fatidiques,
Mais le chant psalmodié par les femmes pudiques
N'a jamais dérangé le cœur des angelots.
Il me semble que l'homme on ne le vit géant
Que seul, tel vagabond dans la courses des mondes !
Depuis qu'on vit s'enfuir les nébuleuses rondes
Derrière un réverbère, épousant le néant.
On vit s'articuler cet infect récital
De bêlements perdus d'un bétail sans pâture
Aux yeux écarquillés, fleuris sous la torture,
Qui buvait au ruisseau de curare fatal.
On vit dans notre gorge une dose de lait
Que l'extase monta jusqu'à l'ébullition
Bu sur les joues nacrées, sans nulle permission,
Des fiancées d'un soir d'où le sublime naît.
Nos iris ont mordu la crème du whisky
Et la glace ! Affalés dans l'hiver de notre âge :
Les restes d'un regret, l'environ d'un orage,
Dans un fauteuil marron, sur du Tchaïkovski.
On vit le mois joyeux d'avril au bord de mer
Où dansaient dans nos mains quelques fées relatées
Dans un conte or on vit nos âmes frelatées
Ce jour où s'exposa quelque mirage amer !
On vit nos poings en feu marteler les fronts plats
Des gothas prosternés aux panards des richesses
Puisqu'on les vit pointer d'un doigt lourd de paresses
Les exilés et les sbires mêlés en tas.
On se vit accueillir leur peine avec douceur
Car nos esprits errants magnétisaient les nues ;
Nous dansions sous le faix des insultes accrues
Nous les solistes bruts aux foulées de valseur !
Je ne garantis pas que notre œil était nu
Lorsque nous avons vu le fiel et les mirages
Splendides, indistincts... mais voici des images ;
Et qu'après l'on nous dise : « Et puis, qu'avez-vous vu ? »
Princesse version finale.
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Stéphane Mallarmé.
Princesse, appelez-moi, cette veille est sans fin :
Mon cœur languit la chair qui régale sa faim
Et cette chevelure évasive et qui joue
Aux cascades d'auburn ornées d'un voile fin
Dont la ficelle d'or ombrage votre joue...
Puis languit votre voix où l'air au miel se noue...
Princesse, pour sécher mes larmes cérébrales
Vous poseriez vos cils qu'enflamme la longueur
Sur mon front humecté d'une froide sueur
Afin d'y déposer les roses vespérales.
Princesse, appelez-moi, vos pupilles florales,
Je le sais, sont non loin, détrônant la lueur
De ma fenêtre. « Elle est là » chante la rumeur
Mélodieuse en tombant des alcôves astrales.
Dans ce soir plein de vœux, du sommeil des gendarmes,
J'entends le claquement d'un talon atterri...
Appelez-moi « je t'aime », au moins votre chéri ;
Que je vous doive un nom, princesse de vos charmes.
Et là vous m'appelez, puis je n'ai plus de larmes ;
Et je fais battre un cœur d'oiseau, vif et guéri.
J'attends que sur l'appel, il ait surenchéri :
Le silence requis pour taire les alarmes.
J'attends et j'imagine un baiser de fortune
Dans l'ombre du jardin où le calice est clos
Jusqu'au matin naissant de son lointain enclos,
J'imagine le goût de vos lèvres, chacune
D'arôme unique et pur, j'imagine les mots
Que l'on pourrait se dire au chevet de la lune...