clown-copie-1.jpg

Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 21:42
- Publié dans : Coeurs changés.

Liar.

 


liar_by_LaMorte.jpg

Par La morte

 

 

Les salives salées des garces levantines

Humectent, souvenir suintant, l'instant de paix

Qui précède, au delà des larges parapets,

Ma chute, je revois l'or blond de ces poitrines

Où je posais mon front,

Tel. Oui sur de l'or blond

Les poils roux de Marie

Claquaient, vagues de feu, contre mon Icarie.

 

Mais je vous mens : La femme est un soleil lointain

Qui luit sans mon regard, et je suis aphélie...

Je me l'invente en rêve ou dans l'art, embellie ;

Une idée en jupon : voilà mon seul butin.

Où déposer mes lèvres ?

Le prince des orfèvres,

En un joyau damné,

A-t-il fondu ce cœur d'argent désincarné?

 

Mais je mens de nouveau car elle est revenue

La première, la seule, un jour rose, oublié ;

Caprice du destin - Mobïus délié.

Je la revois encor dormir à demi-nue.

Sur les hauts monts de gneiss

C'était une edelweiss

Au millier de pétales :

Les fleurs rares, d'hiver, ne me sont pas vitales.

 

Mentirais-je ? J'ai cru que nous serions époux...

Aux clairons du dieu mort lui passer l'alliance,

L'aimer, la détester, l'aimer, sans différence,

Faire de beaux enfants puis leur léguer mes poux.

Et si ce n'est pas elle

Je veux une pucelle

Qui m'aimera toujours,

D'une beauté modèle, à gagner des concours !

 

Et c'est mentir aussi que d'affirmer ce comble :

Je ne veux rien de plus que des amours sans nom,

La main frôle, un baiser ne produit aucun son ;

Dans l'ombre et le silence un doux manque se comble.

C'est la modernité :

Un peu de liberté

Préservant le mystère

Qui s'évade au matin de la couche adultère.

 

Je mens ? C'est vrai : je veux tout sacrifier pour l'art,

Sur l'autel ascétique entreposer ma vie,

Sans besoin, sans passion, sans chagrin, sans envie

Lire des contes, lire Ovide et Bachelard.

Faire des métaphores

Sans but jusqu'aux aurores,

Ne vouloir éviter

La prison personnelle à la perpétuité !

 

Non je crois au plaisir , les mensonges s'ajoutent

Et je ne perçois pas de vérité, l'instant

De paix se finira, décès inélégant,

Au creux des récifs noirs dans un éclat de gouttes.

Je frissonne et je mens...

Mentir a fait son temps

Donc qu'un frisson, l'ultime,

M'achève, moi : vivant que le mensonge anime !

 

Mourrais-je ? Non : Je mens.

 

Liar_by_ShadoW_57.jpg

Par ShadoW-57

 

 

 

 

 


 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 01:17
- Publié dans : Coeurs changés.

A ma soeur de charité.

 

 

Les dents de l'éléphant, bracelets de l'almée,

Scintillent sous le ciel marin... M'offrirais-tu

Ton misérable cœur de chair âpre vêtu

Du pourpre de Titus, de jade et de camée ?

 

Sœur, tu parles encore un peu du chanaan

Qui te brise la nuque et tu parles de l'âge

Où fanent les souhaits... Par tous les dieux partage

Les roses défendues des jardins d'Ispahan !

 

Que tu sois la soudaine ou l'éternelle amante

Donne de ton mensonge en lequel l'avenir

Est l'antre radieux du songe, le menhir

Qui toise le néant riverain de ces landes !

 

Tu peux être la mère, une femme sans nom...

Ma mère, la victime aux larmes assassines,

Au bras sans fin ni main, l'omnisciente voisine

A qui le fils ne doit qu'un simple mot : pardon.

 

Je te cherche... Es-tu la seule prostituée

Qui mérite l'alliance et la mort à cent ans ?

Si je t'aime fais-moi l'amour aux quatre vents :

Rien ne manque aux amants sinon d'être tués.

 

Tu reviens, oiseau sans aile, qui a pris feu,

Puis je t'appelle muse... Ah ! Cette comédie !

Bonjour et au-revoir ; lors chacun se dédie

A son enfer humain sans bruler dans le jeu.

 

Mais n'es-tu la fille infâme aux mille voiles ?

Celle dont le visage est décédé, vraiment.

N'es-tu pas, pour le drame horrible un pur aimant

Qui s'égare, être mort refusé des étoiles ?

 

Ma sœur, ne parle pas : un battement de cœur

De ta part fait frémir le mien. La chanson triste

Qui n'est pas musicale a son refrain, existe.

Ton silence l'invoque, or ferme la ma sœur.

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 21:23
- Publié dans : Coeurs changés.

Alméïade.

51027452l-d0780ce5a9074c2f977c17617fa19da0-jpg.jpg

 

 

I

Petite de fleur de gel dans la plaine de sang,

Caresse où je revis ; ma réanimatrice !

Un pleur d'ange vaincu recèle la matrice

De mon âme : lys noir, sans feuille, obsolescent.

 

Voyez-vous quand l'Almée au visage indécent

Imprima sur ma joue gauche une cicatrice

Couleur bouche joueuse en mineur, saltatrice,

J'ai versé du sel rouge et du citron dedans.

 

Et c'est depuis ce jour, sous Orion, que je dors :

Couché sur cette mer où plongent les grands phoques,

Murmurant à l'étoile un profond soliloque.

 

J'ai vendu mes secrets avec mon or – en lots,

Aujourd'hui je m'ignore et j'ignore ma race ;

Il n'est plus qu'un baiser, un gouffre sur ma face.

 

 

II

Il n'est plus qu'un baiser, un gouffre sur ma face,

Pour que je pense à toi si la nuit se sépare

Du jour, que tu n'es plus qu'une tombée de fard

Qui s'abat, tristement, sur le sol, et s'efface.

 

Du lieu du premier deuil aux hauts cris sur la place

Qui n'entend pas gémir ton prénom, dans les gares,

Dans les cafés, parfois jailli d'une guitare ?

Toi, la délicieuse et plurielle ; la garce ?

 

Je te connais, l'Almée, car tu dansais pour moi

Jusqu'à t'évanouir dans les fleurs balsamiques

En m'appelant  ton fils, puis tu tendais les doigts,

 

Tous illuminés par une flamme ironique.

Mais sais-tu seulement qui t'aime à en mourir

D'avoir vu cette flamme folle et fière rire ?

 

III

D'avoir vu cette flamme folle et fière rire

Les dieux qui se penchaient sur la terre en sont morts ;

Ils étaient beaux, leurs yeux de marbre nimbé d'or

Nous regardaient passer, en marche pour le rite.

 

D'avoir vu scintiller le feu mourut l'élite

Comme les magiciens : combien de Garcimore

Furent au bout de la file des choéphores ?

L'Almée, ne pleure pas... Tu n'as pas à me lire.

 

Moi le singe poète - eh ! piètre sentinelle !

Tu n'as pas à me croire. Aux neiges éternelles

Les petites raisons meurtrières d'humains !

 

Nous revoici tous deux, l'un et l'autre devant...

Pour que ton baiser brûle encore mets ta main,

Petite fleur de gel, sur ma plaie, sur mon sang.

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 23:16
- Publié dans : Coeurs changés.

Aux bouts

ou

En pièce.

 

 

Dialogue avec la foi.

 

Elle m'a dit : «  Pour toi les vierges sur la nappe

Allongées, le repas des ogres balatrons :

Chacune statuaire et, leur brisant le front,

Des couronnes de rose-thés, de fruits en grappe,

Si tu daignes, mortel, boire de mon parfum. »

 

Aurais-je répondu : « Pardon, rêve défunt ?

Lie aux yeux de velours agités, folle dingue

Qui fut évacuée du ciel nue à jamais

Je te hais, meurs ici de mes mains ; ni de mais !

Sombre, chagrin gratuit, n'émets aucune plainte.

Cruelle, qu'une armée a fui, qu'un péché tue,

Retourne dans les cieux, et pleure la vertu ! »?

 

Le rendez-vous manqué.

 

Faux lecteur, que de temps à tabasser ma lyre !

A chercher la putain que je pourrais élire

Mon animal perdu, ma sœur de charité !

Des mains d'enfant soigneux, des lèvres qu'on déchire,

Une voix sans parole et ce charme hérité

Des sorcières brulées sans avoir su maudire :

 

Tout cela pour un être. Impossible rencontre.

 

 

Il n'a rien dit, le fou...

 

Il n'a rien dit, le fou des Carpates, qui sent

Les fleurs déshonorés, le musc et les sept mers.

Il a juste, caché dans les joncs bleus et verts,

Extrait du grand marais le fiel incandescent.

 

Ma douce, je t'arrache un mot qui n'est pas Oui...

 

Ma douce, je t'arrache un mot qui n'est pas : Oui

Et tu repars, hiver en talons Louboutin

Dont le beau claquement sonore s'enfouit

Dans les bruits de la ville. On perçoit que tu jouis

D'avoir mangé mon cœur, du sang frais plein les mains.

Pars et digère et rote une âme assassinée !

Moi j'aurais fait de toi, deux jours, la plus aimée

Des sirènes de France aux mâchoires d'airain !

 

La fille de seize ans...

 

La fille de seize ans ne parle pas qu'aux fleurs...

Elle tend ses dix doigts si vole une adalie

Tout près d'elle. Je crois qu'ils sont niais et menteurs

Ce qui disent qu'elle n'a de grand que la folie.

 

Dialogue sur le bonheur.

 

"- Les alcyons dans l'âtre où brule un crépuscule

Sont plus beaux reflétés au fin fond de tes yeux.

-Serait-ce le bonheur ? -On ne fera pas mieux :

S'exhorter de l'amour comme font les crapules."

 

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 14:13
- Publié dans : Articles.

 

jj
Clip face B sans moyen ni prétention d'un morceau commun entre Tahir X Dj Graff X Gérard de Nerval pour illustrer nos soirées à boire des infusions, quelques bières pour les plus téméraires, et à casser les oreilles de nos voisins avec du rap pur et dur interprété sous l'effet transcendantal de la bergamote et de la camomille. Toute bouteille de whisky présente sur cette vidéo n'est que le fruit d'un audacieux trucage à base de sirop de caramel, ça faisait juste mieux à l'image.
Le montage ayant été fait après une forte consommation de cigarettes light je vous serai gré de ne pas m'en tenir rigueur...

Je m'excuse d'avoir trucidé le premier vers de la deuxième strophe du Desdichado de Nerval néanmoins notez que :"Dans la nuit du berceau toi qui m'as consolé" ce n'est pas un lapsus inintéressant.

DJ GRAFF VIT SUR http://www.youtube.com/user/06040809VEILLEDUNE
Bonne écoute.


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 19:20
- Publié dans : Coeurs changés.

A propos de Lana Belle :

 

 

I

Lana Belle, au corps d'ange, aux escarpins de cuir

Marche dans les égouts du monde, en grande dame,

Sa jupe à corset rouge imite quelque flamme

Dans la nuit des péchés, qui se tuerait à luire.

 

De l'amour des romans, des films aux longs baisers,

Elle ne connait rien.. sous les pleurs des étoiles

Et ceux des galaxies dont rêvent les fusées,

Elle part et revient, veuve blanche en sa toile.

 

II

Veuve du premier jour, Ève du drame humain

Pour qui chaque saison s'apparente à l'automne,

Nuage, brume d'or qui veut tendre la main

Au passage, Lana : poison de belladone.

 

III

Songe à pleurer si, l'œil noir, un démon te fuit,

Emportant ton trésor, un rictus à la bouche :

Aucun dieu dans le ciel n'aura raison de lui ;

Pleure... pleure et reprends le chemin de la couche.

 

Un jour un fou de toi te noiera sous les fleurs,

Tu diras : « Un de plus ! Et qui m'offre sa vie ! »,

En riant aux éclats tu saigneras son cœur

Sur ses doux mots perdus, esclave d'une envie.

 

IV

Le quartier rouge, à l'aube, éteint mille néons

Et le sommeil permis l'enveloppe, la ville

L'oublie... On rend la rue aux vieux accordéons.

Elle s'endort... Nue et enfin immobile.

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 23:10
- Publié dans : Coeurs changés.

Suite sans thême.

 

 

Adieu le monde ! Adieu le sang gâché du Christ !

Défunt premier hiver ! Rives de plénitude !

La solitude aura le dernier de mes cris ;

Preuve ardente. Ô décès ! brûle béatitude !

 

Je lâche et le baiser volé parmi le soir

Et l'outre sanglotante en qui coule la brume,

N'allez pas où je suis, désireux de me voir

Dans les volutes bleues flotter comme une plume.

 

Semblant de mort astrale et belle, boulevard

De fleurs et de statues représentant les reines

Qui n'ont su que mourir par amour : pur hasard,

Vieil arracheur de dents, perle parmi les peines.

 

Je vole ivre et me perds, un jour je serai loin :

Assez loin pour ne plus voir se faner les roses

Car je me suis trop tu, serrant mon petit poing ;

Mon cœur n'a pas subi le viol des portes closes.

 

Je n'ai rien dit : orgueil d'un môme de Tana

Qui sent fondre sur ses pommettes argentées,

Pour source deux yeux noirs lourds de marijuana,

Feues ses illusions, mortes accidentées.

 

Et je ne dirai rien, malfrat de l'âme amer,

Sous les lampes du ciel avide de prières !

Rives de plénitude et premier hiver

Adieu, je vous salue à chaque anniversaire.

 

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 25 septembre 2011 7 25 /09 /Sep /2011 21:34
- Publié dans : Coeurs changés.

Prospective.

 

 

Ainsi quand l'univers décomposé m'aura

Rendu, tout frémissant, à la lueur natale ;

Je vous parle de celle, infime, qu'implora

Dans le temple de marbre et d'arbres la vestale,

 

Je vous parle de celle à qui revient le don

Quand il est épuisé d'agrémenter la terre ;

Mon parfum s'enfuira pour les rhododendrons

Des landes d'or, avec lui : mon dernier mystère.

 

Je retournerai vers les antres du soleil,

Remâcher cette épaisse viande au goût de suie

Dont s'écoule du lion royal le sang vermeil.

 

J'écouterai chanter les songes de la pluie.

Dans la source immergé mon front noir pâlira,

Ce sera bien après l'inlassable agonie

Des cieux : Quand l'univers décomposé m'aura.

 

 

 


 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 19:44
- Publié dans : Coeurs changés.

Feno Tahiri.

 

Tout ce qui brille n'est pas hors de soi.

Black Kent

 

 

Pour n'avoir pas trouvé le Graal de l'ancien livre

Je sanglote parfois, dis : « je me suis perdu,

Tout, depuis la genèse, est un malentendu,

Je n'avancerai plus ; j'attends qu'on me délivre ! »

 

Dès lors je n'ai de goût que pour les fleurs de givre

Et délaisse la rose au jardin suspendu.

L'été perpétuel du coeur a disparu

Ensemble que l'espoir de telle idylle où vivre.

 

Mais, tout à coup, à l'heure assassine, étincelle

Au fond de moi la flamme inextinguible, celle

Qui dégèle l'hiver noir de sa pureté.

 

Dans le creux de mon âme elle éclaire une amphore

Qui déborde de fleurs d'été, d'humanité

Et je me crois le Graal, et je veux vivre encore !

 

 

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 12:11
- Publié dans : Coeurs changés.

Premier samedi soir.

 

fievre-du-samedi-soir-1977-05-g.jpg

 

 

 

Pour ces adolescents dont vibre le sang neuf

Au rythme amplifié, puissant de la musique,

Dixit : "ce soir où nul ne part vierge -l'unique-

Il faut du cannabis, de l'alcool, de la meuf".

 

A l'ancienne orgie a succédé la teuf

Et chacun va dansant dans le trouble et l'oblique

D'une immense biture... Ah ! quel bonheur publique

Ne saurait se briser net à l'appel d'un keuf ?

 

A minuit où la lèvre ivre boit à la lèvre,

Où l'on sent s'accoupler le désir à la fièvre

Un doigt sonne plusieurs fois : c'est l'autorité !

 

Ainsi les amoureux quittent les amoureuses

Et l'on éteint la chaîne hifi, l'austérité

Empiète sur la nuit des promesses heureuses.

 

 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 22:12
- Publié dans : Papillons

Ceci n'est pas un premier chapitre ni un prologue, c'est une partie d'un récit qui dévoilera sa chronologie au fil des publications, si je continue car j'ai l'art de ne rien finir. Un commentaire nourrirait bien sûr ma conviction... Bonne lecture!

 

 

 


La fin de ce qui vole.

 

Luis fendit sa chrysalide un jour qu'il s'était épris de magie, qu'il apprit quelques tours et qu'il échoua lamentablement aux yeux du public. Le problème c'est qu'il croyait en la magie, il pensait que c'était possible, qu'il suffisait de se laisser emporter. Truc ou pas truc. Il aimait aussi la poésie. Il affirmait que la poésie était magique, pourtant il ne viendrait à l'idée qu'aux imbéciles d'y chercher un truc. Pareil pour les jeux de cartes. Mais non ; tout le monde voulait tout vérifier, ils refusaient de se laisser avoir... au nom de la raison, piètre raison que celle des blasés en tous genres. N'a-t-on pas raison d'admirer ? Admirer, quelque part, c'est se laisser avoir, oublier qu'il y a un truc, préférer la plénitude... Lui voulait être admirer, n'y arrivant pas, il cherchait le truc...

 

Il se fichait pas mal du monde, il ne faisait tout ça que pour une seule personne. Qu'il aima sans connaître sans nom.

C'était en quelque sorte sa voisine, à quelques immeubles près. C'était même davantage qu'une simple voisine : c'était la miss de sa région. Elle avait toutes les caractéristique d'une miss, d'une miss France. A ses yeux, évidemment, d'une miss Monde. Non pas qu'elle fut la plus belle mais la plus importante, l'essentielle ; le monde réincarné. Mais son monde à elle était fait de sorte que les beaux allaient avec les beaux et les laids avec les laids ; pour que ceux qui pondaient des vers pour se sentir beaux restent seuls et que ceux qui n'avaient besoin que de cligner des yeux soient toujours en bonne compagnie. Un monde parfait où les gens parfaits n'étaient pas dérangés. Pensait-il.

Elle marchait accompagnée de bodybuilders et de top models... Lui était petit, ne grossissait pas et avait le visage abimé par l'échec. Il était sans diplôme, sans emploi et n'avait qu'un seul ami. Il n'avait pas de conversation ; soit sa timidité maladive l'en empêchait soit l'ivresse le faisait parler mais aussi oublier la poésie et la littérature pour le ramener au rang de beauf antipathique. Ainsi il ne lui disait ni bonjour ni rien. Il baissait les yeux de peur que des barbares n'estiment qu'il n'avait pas le droit de les regarder et qu'il fut frappé. Il était incapable de soutenir un regard, que ce soit le sien ou celui de celle qu'il aimait.

Pourtant, pourtant... il put apprendre ses yeux. Un jour il sut les voir subrepticement, un quart de seconde... là, il pleura secrètement. Il n'était pas un bleu plus pur, une prunelle plus écarquillée, pas un regard plus envahissant. Il pleura, peut-être manqua-t-il de s'évanouir au gré de son âme chancelante, obnubilée, comme jetée à la mer. Absente le temps d'un souvenir.

 

Marie.

 

Des abîmes où son âme avait chu il renfloua son nom, du fond de ce regard il avait jailli, évidence promise par la clarté de ses prunelles. Cette fille ne pouvait être que Marie. Non pas par le Christ mais par la mer, ça aurait dû être Marine. Ça aurait dû, mais ça ne l'était pas.

C'était très bien. Il savait on ne sait comment son nom... En l'appelant ainsi il passerait au mieux pour un traqueur, au pire pour un psychopathe. Mais il n'avait pas d'autel à son effigie ni mèches de cheveux volées durant son sommeil. Juste une vingtaine de sonnet pour en faire l'éloge...

De toutes les manières la nommer alors qu'il ne pouvait pas même la saluer relevait de l'héroïsme. Et ce n'était pas un héros, juste un raté devenu poète raté ; pas grand chose. Pas de quoi la faire chavirer, presque de quoi lui faire peur.

La vérité c'est qu'il pensait qu'elle allait le lire... comment ? Puisqu'il gardait ses poèmes dans un tiroir de sa commode ? Il l'ignorait mais cela lui semblait juste. Combien de ses ex ou présents petits amis avaient sacrifié tant d'heures pour écrire un éloge qu'elle ne pouvait pas lire ? Il le savait : aucun. Pour compléter la vérité il ne souhaitait pas seulement qu'elle les lise, mais qu'elle les aime.

Il entretenait ainsi l'impossible et de temps en temps la croisait, parfois il faisait de grands détours pour éviter de passer près d'elle. En fait il craignait qu'elle ne lui adresse la parole et qu'il pusse roter en réponse, ayant ainsi perdu le contrôle tout comme lorsqu'il vit ses yeux.

 

Un soir il bu. Il buvait beaucoup, c'était son exutoire. Un soir, donc, qu'il défoulait ses passions sur du vin blanc il tomba ivre mort, et ne se releva pas. Il rêva de fin du monde puis d'une grande plaine rase remplie de papillons, ils poussaient à la place des fleurs, battant l'air par millions. Mais lorsque le dernier se décrocha de sa tige le sol de la prairie fut vide, au bout d'un temps tous moururent de faim et tombèrent, devenant gris pâle, pour finir disséminés dans le vent ainsi que de la poussière. Alors quelques larmes s'échappèrent de ses yeux clos, il n'avait rien pu faire. Lui, le poète ; le père des fleurs. Et s'il était inconscient il ressentit ce rêve comme son plus grand échec.

 

« -Hé ! Hé ! Ça va ?

La voix était douce et inquiète. Une autre plus rauque ajouta :

-Tu crois qu'il est mort ?

-Je sais pas, attends...

Luis sentit une main se poser sur son front et une autre lui écarter les lèvres, c'était de longues et fines mains, apaisantes comme de la soie sur la peau, confortables. La première voix reprit.

-Non, il respire encore...

-Comment on peut encore respirer et avoir l'air aussi mort ?

-Il est peut-être dans le coma...

-Tant que ça ? Non... J'ai une idée.

Une main forcément moins soyeuse lui gifla les joues gauche et droite, la douleur le brûla.

-Mais ça va pas ?

-Si, c'est comme ça qu'il faut faire !

-Pour réveiller les gens dans le coma ? Ça se saurait !

Le comateux, lui, avait choisit son camp entre celui qui frappe et celle qui raisonne. Il trouva la force de se réveiller, ce n'est pas qu'un élan de lucidité accompagna la douleur subie ; c'est que s'il se prenait deux autres claques il tombait définitivement dans le coma.

-Ah, tu vois, ça marche !

-Hum... bon d'accord... mouais... »

 

Il ouvrit donc les yeux, pensant d'abord à se demander ce qu'il se passait puis changea d'avis lorsqu'il les leva vers ses empêcheurs de dormir dans le caniveau. Le mot sortit tout seul et suffit à décrire sa stupeur :

« -Ma... Marie ?

-Quoi ? T'aurais pu me dire que tu connaissais ce pochtron !

-Hein ? Mais non... On se connaît ?

Luis, encore ému par les papillons, put surpasser la situation et évita de dire une énorme et désastreuse bêtise :

-Non, non... on se connaît pas. J'ai confondu...

-Ben alors ! Quel hasard : je m'appelle aussi Marie !

-T'as un clone, Marie ? Étonnant...

-Arrête, tu sais bien que je suis unique... et toi, tu t'appelles comment ?

-Luis. Dit-il en se levant difficilement.

-Ok, Luis. Lui c'est Fred, mon grand frère.

-Yo ! se présenta Fred.

-Et ça t'arrive souvent, Luis ?

-Souvent quoi ?

-Ben de dormir comme ça, ça t'arrive souvent ?

-Non... quand je vais pas bien... ouais, en fait souvent. Tout le temps.

-L'alcool c'est pas la solution.

Non, la solution c'était elle. Nous aurions pu dire qu'elle était devant ses yeux mais il n'arrivait toujours pas à la regarder. Quelle solution !

-Tu veux qu'on te ramène chez toi ?

Cette fois ci ce n'est plus la situation qu'il surpassa mais lui même :

-Non merci... J'habite loin, je vais dormir sous un arbre et je ferai du pouce demain...

-Sous un arbre ? Mais tu vas tu faire dépouiller ! S'exclama Fred qui ne lui apprit rien.

-Il a raison... au pire tu peux dormir à la maison, on te ramènera demain.

-Ah bon ? C'est vrai ? Vous êtes sympas, comme gens !

-Tu sais, on aide souvent les mecs qu'on trouve à moitié mort... expliqua Marie »

Luis redescendit sur terre. Pendant un temps il croyait qu'ils l'aidaient parce qu'il avait l'air intéressant, mais non : il n'était qu'à moitié crevé. Là où il avait cru voir un début d'amitié il n'y avait que charité et amour de soi. Depuis toujours le monde est bienveillant envers l'ivrogne du village, comme envers le débile ; ces âmes perdues qui permettent aux autres de penser qu'elles ne le sont pas. Il en fut presque dégoûté.

 

Ils arrivèrent chez Marie, appartement de la fenêtre duquel Luis apercevait son perron. Ils s'installèrent dans le salon. Elle proposa du thé. Luis en était friand, Fred préféra du Coca. Ils burent en papotant. Ses hôtes revenaient de boîte, Fred s'était battu contre un dragueur trop pressant. Il était surtout là pour ça, Fred : depuis l'enfance elle était belle et lui était musclé. Et c'était une chasse involontaire et perpétuelle, l'une appâtait quand l'autre envoyait aux urgences...

Luis se pris de pitié pour Marie, celle qui le fascinait, qu'il pensait mangeuse d'hommes, risquait finalement plus d'être mangée. Lui vinrent à l'esprit deux interrogations auxquelles seul il trouvait moins de solution qu'à l'énigme de la création : Était-elle déjà sortie avec quelqu'un, puisqu'un garde du corps l'escortait à chaque escapade? pourquoi était-elle miss ?

 

Ils les posa mais n'eut qu'une seule réponse, car la deuxième ne fit qu'engendrer une autre question. Si elle avait eu quelques aventures Luis était censé ignorer qui elle était, miss ou Marie. La bêtise s'échappa, succédée par un silence et des regards devenus méfiants. Ils lui demandèrent comment il savait ça. Luis, cette nuit là peu avare en surpassements, tentant la plus grosse mise :

« -Quoi ! Ne me dis pas que t'es vraiment miss ? Je disais ça pour rire, c'était un compliment... me regardez pas comme ça ! Qu'est-ce que j'en savais ? »

Il était inconscient de ce qui lui arrivait, d'où ces saillies mensongères pouvaient-elles lui provenir ? Mentir, pour qui sait écrire un éloge, est chose extrêmement aisée. On a jamais vu d'yeux semblables à un envol d'oiseaux blancs sur l'eau claire d'un lac ; ça n'existe pas, il faut mentir en art. Mais mentir juste. Non, vraiment, ce n'est pas l'aspect mensonger qui surprenait mais la fin d'un mutisme. Un autre Luis était né de son rêve. C'était la fin de ce qui vole. Sa pensée avait longtemps volé jusqu'à Marie sans jamais ne serait-ce que la frôler. Désormais l'espace entre eux était trop étroit ; il était démuni de l'éther clos à double-tour qui nimbe le poète et le condamne à ne toucher du doigt que pour garder en mémoire la sensation, à ne jamais posséder que par le vers, à n'être aimé que par soi-même. Les mots ne volaient plus ; ils touchaient le sol et ne se fiaient qu'au pas qui suit. Lui, fantôme fuyard, il joutait. Comme si cette fois il ne devait pas perdre face à la chance, c'était la dernière : il perdait, il perdait le monde. Son jeu était parfait. Si gros, si incohérent : ils y crurent. Fred lui dit de faire gaffe à pas trop la draguer et Marie s'esclaffa :

« -Décidément ! T'es un genre de devin !

-Le hasard... rien que le hasard... c'est dingue, non ? Reprit-il. Fred rajouta :

-Mais je suis d'accord avec toi, Luis ; si elle devient miss France tous les connards vont vouloir lui sauter dessus. Je les attends mais quand même : toute la France...

-Ça ferait beaucoup, je te l'accorde ! Et t'as pas réussi à lui faire changer d'avis ? Rien qu'en parlant de Sylvie Tessier ?

-Oh, vos gueules... puis paraît qu'elle est cool, cette meuf. Non mais je veux pas forcément être miss France... disons que c'est pour qu'on se souvienne de moi !

-Qui pourrait t'oublier ?

-Luis... menaça Fred."

Il l'avait draguée, il voulut s'excuser puis repensa qu'il lui fallait mettre sa vie en jeu, plutôt que de mourir en perdant Marie. Alors, réminiscence d'une ancienne vie, il sermonna Fred comme quoi dire au Beau qu'il est beau ce n'est pas l'apanage des machistes, qu'il est des choses dont un détail semble sur le moment valoir plus que la vie, qu''importe de la façon d'exprimer cette  mort douce et éphémère. Il ne faisait en fait que décrire ce qu'il ressentait, cet intellectualisme n'était qu'un cri du cœur. Il fit des périphrases comme on dit qu'on a mal.

 

-T'es un artiste ?  Demanda innocemment Marie. 

Avant Luis refusait obstinément de répondre à cette question par l'affirmative; il estimait qu'un vrai artiste devait répondre : Qu'est-ce que l'Art ? Pour finir par ne pas répondre. Il pensait que l'Art, seule allégorie capable de tutoyer la Nature, était trop immense pour l'homme. Cette créature n'était artiste qu'en pratiquant ; un peintre ayant quitté le chevalet n'étant plus peintre. Seule une œuvre pouvait dire ouvertement : Oui, je suis un artiste. Rien d'autre.

Mais le temps de ce qui vole était résolu :

-Oui ; on peut dire ça. Ce complément n'était qu'un reste bientôt anéanti de ce qu'il était encore la veille. Une nuance trop facile au goût de l'homme passé, largement suffisante à celui de l'homme présent.

-Et tu fais quoi, de la musique ? S'intéressa Fred.

Car il ne reste que ça : Le cinéma ? Mais il faut être célèbre, sinon on ne fait pas de cinéma ! On galère, et galérer c'est un art à la portée de tous. L'architecture ? Un art ? Mais un architecte n'est qu'un cadre dans l'immobilier, voyons ! La danse ? Et pour danser où ? La bande dessinée ? Autant n'être que hippie, il est moins long d'apprendre à rouler des joints que d'apprendre à dessiner ! La peinture ? De la peinture ? Vraiment ? Portraits ou caricatures ? La sculpture ? Ça prend de la place, ça, non ? Donc de la musique. Et quoi ? De la guitare, bien sûr ! On ne voit que ça, plein les rues ! Mais lui pratiquait l'art le plus étrange, le plus arriéré, le plus lourd de sens, lourd d'un sens perdu comme le sont tous les arts. Le plus lourd de sens car le plus ridicule :

-De la poésie.

Celui qui dans la bouche de Marie souleva un :

-Ah, pourquoi ?

Le nouveau Luis trouva une réponse à cette question à la suite de laquelle l'ancien n'aurait pu ouvrir la bouche. Parce que l'ancien savait l'indicible vérité : on ne fait pas de la poésie, la poésie est là ; on la prend ou on la laisse. Ceux qui l'apprivoisent sont appelés poètes, ceux qui la refusent sont appelés barbares. Nul ne la produit. Ne disons-nous pas "composer" en matière d'art ? Ainsi que le fleuriste sur lequel ne pousse aucune fleur le poète rassemble la poésie du monde et tente de l'accorder.

Dire ceci aurait pu paraître raisonnable et complexe mais il ne se souciait que d'efficacité.

-Pour qu'on se souvienne de moi. Imita-t-il.

Marie, ou Fred, ou les deux en même temps, allaient répéter un « pourquoi? » quand ils firent la connexion entre les répliques similaires. Ils comparèrent brièvement l'état de miss et celui de poète et convinrent qu'il ne fallait pas la ramener. Tout comme il tressaillait un peu du Luis timide et intello dans le nouveau Luis un peu de la grandeur des arts subsistaient au fond des êtres les plus futiles ; faire de la poésie restait moins ridicule que de se dandiner en monokini sur un podium. Mais tout cette faible grâce allait aussi vers le néant, et l'ironie macabre du sort fit qu'à force de délaisser ses principes Luis y participa en ardent fossoyeur. On le questionnait sur la poésie, il le désirait depuis toujours, mais il ne fit que la remballer. Elle lui fit un beau sourire empathique, elle comprenait son besoin de reconnaissance falsifié. Ou exagéré ; il voulait qu'elle se souvienne de lui, après ; tout pouvait exploser.

 

Puis ils ne reparlèrent ni de miss, ni de poésie, gênés d'être ce qu'ils étaient par rapport à l'autre. Fred jouait dans une équipe amateur, et, oui : il était footballer. Ce qui est estimable, voire grand. Et Luis, dépossédé de son esprit d'analyse, admira les exploits sans intérêt de Fred qui parlait de ses matchs -à chaque époque ses mystifications et ses héros- comme en des temps sanglants on parlait de batailles. Puis ils allèrent se coucher.

 

Luis fut très loin de s'endormir directement... Il réfléchit. Il pensa que ce rêve n'était pas une mort mais une révélation. Il pensa qu'il avait fait le nécessaire, assez songé ; l'heure était au réel, apparu comme une récompense. Les papillons l'ont empêché de voir le sol que pour le rendre plus appréciable, il devait être prêt. Il se sentait prêt. Mais que penser des larmes ? Elles furent suspendues parmi les mystères car Marie revint au salon où il était couché. Puis elle s'assit  normalement sur le canapé, contre ses genoux. Il ne comprit pas ; le peu qu'il comprit confirma son idée précédente : il avait bien accumulé assez de points fantasme et tout allait lui tomber dans la main ; les fruits et les femmes. Il sourit dans le noir. Elle, exposée à une lueur dont on ne distinguait pas la provenance, dévoilait quelques frisettes ombrageant le galbe de sa tempes et de ses pommettes... Luis avait enregistré ce qui ne se laissait voir : une peau luisante, légèrement mate qui ne souffrait d'aucune imperfection, des lèvres de diablesse trônant sur un petit menton rehaussé, et sous son front ses yeux -qu'il n'osait imaginer. Tout en traçant intérieurement ce portrait il lui demanda s'il pouvait la renseigner.

« -Oui, tu peux... tu sais quand on t'a ramassé...

-Ramassé ? C'est pas top mais c'est vrai, j'ai été ramassé... je t'en remercie encore.

-T'inquiètes pas, c'est normal. Surtout que...

Il n'arrêtait pas de sourire, il se voyait déjà l'embrasser. Ça le terrifia, il remonta sa couette jusqu'aux lèvres. C'était son premier doute, soudain il en eut honte et se jura de ne plus agir comme il agissait quand il échouait. Alors il se dressa, projeta de s'approcher quand Marie dit :

-Pourquoi tu pleurais ? Luis fit mine de rien et reprit assez de constance pour lâcher un :

-Je pleurais de ne pas t'avoir connue. C'était dit automatiquement, on aurait pu lui demander combien font 4 fois 5 il aurait répondu vingt sur le même ton. Ce n'était ni poétique ni romantique, juste automatique. Poète, il en aurait été incapable.

-On sent que t'es un poète, toi... dit-elle avec un air de collègienne à son premier rendez-vous.

-T'as vu. Répondit-il avec un air de collègien à son premier rendez-vous.

-Et tous les poètes pleurent en dormant ?

-Peut-être... peut-être qu'on pleure tous en dormant.

-C'est con ce que tu dis ; quand quelqu'un ronfle on s'en rend compte !

-Et bien moi je ronfle pas je pleure ! C'est moins bruyant.

-Mouais... tu veux vraiment pas me dire.

-Je ne sais pas. Affirma-t-il, résigné.

-T'as peut-être fait un cauchemar...

-Je ne sais pas. Je me souviens de rien. C'est pour me demander ça que t'es venue ?

-Ben... ouais.

-Ça t'intrigue ?

-Pas mal... c'est la première fois que je vois ça. Mais bon... Si tu veux y garder pour toi ça me dérange pas ! Après tout on se connaît à peine. Répondit-elle en repartant.

Luis dut en convenir... peut-être n'allait-il plus pouvoir lui reparler quand il quittera cet appartement, à moins de réapparaître comme un mauvais souvenir. Il proposa donc, en transe guerrière :

-Ça nous empêcherait de s'embrasser, d'après toi ?

Il vit son dos sursauter, puis elle rigola doucement ; qu'est-ce que c'était que ce dingue ? Voilà ce qui était tu, mais lisible. Quant à ce qu'elle dit :

-Un peu quand même ! Puis tu crois que je trouve mes mecs dans des caniveaux ?

Ce qu'elle dit était pire que ce qu'elle pensait. Plus cynique encore. Luis, estomaqué, garda le silence. Il voulut la frapper, la frapper pour la punir de ne rien voir, d'être aveugle à son amour qu'il considérait comme le plus grand et le plus pur qu'on puisse lui donner. Puis il voulut se frapper, se frapper et se pendre pour s'être trompé, ni sur elle, ni sur lui, mais sur eux. Rien pour les individus, tout pour le rapport ; de la haine, de la déception, de la rancœur etc. : un vertige de mauvais sentiments qui lui ôta le sommeil du départ de Marie jusqu'à son retour.

 

« -Hello, Luis... bien dormi ? Elle se dirigea vers la cafetière. M'en veux pas trop pour hier ; c'était un peu soudain... t'avais bu, alors je me suis dit...

Et il tenta de sauver la face.

-Non mais t'as eu raison. J'ai déconné, je m'excuse...

-Ça va ; j'ai vu pire !

Garder la conversation lui parut essentiel...

-Ah oui ? Genre quoi ? Un graffiti : « je t'aime mais pas l'orthographe apparemment » ?

-Ça ? Ah oui, j'ai déjà eu... mais c'est pas le pire ! Loin de là ! Le pire c'est un mec qui a ouvert un site sur moi, sans ma permission ! Photos volées et tout hein... attention ! Un vrai malade !

Luis hésita, interpellé par quelque chose; le sourire d'un ami qui passait furtivement dans sa mémoire... Cette nouvelle le rassura, mais il vérifia :

-Du coup je suis plutôt bien placé, dans la liste des re-lou ?

-Oui... Et puis pour tout te dire c'était plutôt réussi.

Il se rappela : en amour il faut se battre. Loin d'avoir vaincu comme il pensait l'avoir fait il avait tout de même porté un coup.

 

Fred arriva plus tard, ils déjeunèrent sans trop parler et soudain, ayant, fini son café, Luis les salua et se dirigea vers la porte de sortie.

«-Mais attends, on devait pas te raccompagner ? S'étonna Fred. Marie exprima ainsi sa miséricorde :

-En plus il pleut... non, Fred va te ramener.»

Luis ne sut refuser, ils montèrent dans la voiture. Le hall de son immeuble s'éloignait tandis qu'il inventait des directions au hasard. Pris au piège il devait le guider assez loin pour faire croire qu'il habitait loin. Ils allèrent donc loin. Devant une maison, dans un village inconnu de Luis jusqu'à ce jour il décida de descendre. Fred le quitta en lui confirmant qu'il habitait loin.

Loin.

Au petit jour, perdu au milieu de nulle part, Luis reconsidéra l'utilité des mensonges. Il paraissait que le plus insignifiant pouvait mener loin mais de là à s'imaginer le sens propre d'une telle expression ! Certes sa vie avait changé, il avait passé la nuit chez Marie ; désormais l'ancienne logique n'avait plus cours. Malgré ce bouleversement un panneau affichant 50 kilomètres entre le village où il avait atterri jusqu'à sa ville le fit reculer d'un pas à la frontière du nouveau monde.

En moins de vingt quatre heures de métamorphose il comprit ce qu'il avait gagné et ce qu'il risquait, la preuve fut par le fait accompli. Il était à pied, il pleuvait toujours. Pas une voiture à l'horizon. Qu'une route munie d'un chien en train de pisser. Puis plus de chien : que des kilomètres. Et la fatigue.

Marie.

 

 

 

 


 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 21:35
- Publié dans : Coeurs changés.

Outlaw !

 

Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit.

Henri Lacordaire.

 

 

Quand viendra l'heure, ami, je ferai mes bagages

Et j'irai, par les plaines au lever du jour,

Traversant les chemins de poudre sans détour,

Rejoindre les butors et les tueurs à gages.

 

Au bout du flingue luit la mort et dans les cages

Les gars saignent, hurlant leur douleur au dieu sourd.

Le passé pèse ainsi qu'un poids ; un poids trop lourd.

Les bals au crépuscule ont des airs de saccages.

 

Mais quoi ? Le front toujours baissé, la peur au ventre ?

Le regret d'être né qui tel un sabre rentre

Dans l'âme, la torture et jamais ne ressort ?

 

Non, laissez-moi tirer ! Une fois ! Dans le torse !

Mon choix est fait parmi les deux faces du sort :

Mourir dans la sagesse ou vivre par la force.

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 16:11
- Publié dans : Coeurs changés.

Calliope à tout prix

Suivi de : Les soucieux.

 

 

Aucun ? N'aurais-je aucun talent ? D'accord, mais moi

J'enchante une danseuse ivre et aérienne

Qui valse sur ma paume un pas perdu de Vienne,

Promesse et renouveau vivace d'un émoi

 

A chaque vers jailli d'on ne sait où. Pourquoi

T'en vas-tu, courant d'air féminin qui m'alienne ?

Combien de fois m'as-tu trahi ? N'es-tu pas mienne ?

N'es-tu pas la lumière et ce qui luit en soi ?

 

La voix ? La grande voix qui ne dit que beauté ?

Impératrice, reine et toujours ouvrière

Que j'abrite et chéris ? Contre qui j'ai fauté ?

 

Poésie. Et l'enfant parle et reprend son dû.

Poème. Le premier jardin, la soufrière.

Sans vous qu'est-ce le monde ? Un pur malentendu.

 

calliope2.jpg

 

Dizain déprimant.

 

 

Ceux dont les jours sont faits de tristesse et de songes

Voltigent... ni flots blancs qu'effacent les éponges

Pour baigner ce cœur, lourd et vrai nid de frelons,

Qu'une blessure expose à la flamme, aux grêlons

Parmi les vents du nord ivres ou la tempête

Diluvienne où tout prie et courbe la tête.

Eux, enfants prosternés des terribles destins,

Ont-ils jamais tenu, vivants entre leurs mains,

Les bonheurs garantis et le fruit des maraudes ?

Ont-ils revu tes yeux de face, Mort qui rôdes ?

 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 19:46
- Publié dans : Avant Calliope à tout prix( Calliope a tout pris).

Complétion.

 

 

Mon travail accompli j'ouvre le livre d'or

Et me recueille au fond des plénitudes bleues

Ouvertes à celui que rappelle la mort

Vers celles dont les noms s'auréolent de feues.

 

Puis les anges jetés du ciel comme des chiens

Murmurent le cantique intime et favorable...

Ailés, ce sont les droits et graves musiciens

De l'air magique allant de la fleur à l'érable

 

Et du cœur dépecé par le temps jusqu'aux blés

Arrachés ; ce chant clair qui fait que vous tremblez

Et pleurez, mon amour, quand je le restitue.

 

C'est en ces autarcies que je l'entends -soupir

Ou voix-, dès lors je clos, tout comme l'on se tue

Un jour de grand soleil, mes yeux las de s'ouvrir.

 

 

 



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 09:48
- Publié dans : Avant Calliope à tout prix( Calliope a tout pris).

Losers are butterflies.

 

 

C'est qu'un palais de marbre immense fut de vent

Quand, dans l'obscurité des lucioles enfuies,

S'infiltra l'océan des brumes inouïes

Qui ne laissèrent rien dans la rue, au levant.

 

L'homme sans réussite erre... le survivant

Auquel chaque bataille arrache plusieurs vies

Sort de l'aube, jetant dans son dos les envies

De bonheur, et rejoint l'horizon décevant.

 

Tout, dans ses mains, se change en sable de mirage ;

Devant ce que les yeux convoitent un barrage

S'élève, mur sans tain, fleur de médiocrité.

 

C'est son chemin de croix, le vide suit le vide...

Le rêve se torture et dit la vérité

Qui protège les cœurs et s'ouvre en chrysalide.

 

butterfly_by_alpha_seraphin.jpgPar alpha-seraphin

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés