"Elle", c'est la poésie.
Comprendra qui voudra
Paul Eluard.
Madame ne crois pas qu'aux premières discordes
J'attache encore un feu gros mangeur de bonté ;
La montre incompressible a dit sa volonté :
Je ne te mordrai plus à moins que tu ne mordes.
Mais mords moi... je te jure une égale morsure !
Après elle vient tout, je suis blême à côté
De mon vers disparate et givré, pianoté
Au fond de mon espoir, au coin de ma blessure.
Après elle sushis, vie et mort et néant
Viennent. Après elle on peut faire semblant.
Donc ne dis pas, madame, à ton fils que tu l'aimes
Si tu ne connais pas un titre des poèmes
Qu'il écrit pour montrer "sa chose réussie"
A sa mère. Le monde après la poésie.
Prend ce poème comme un équivalent de ça (puisque les tatouages c'est moche) :
Clamor roseus.
Puisses-tu connaître la joie...
Par LunaNYXstock
I : Vivre.
J'ouvre. Le temps coula sur le champ des vertèbres,
Demoiselle d'ici qui vécus sans bonheur,
Pour t'incliner en vain comme penche une fleur
Qui, perdue en secret, fane dans les ténèbres.
Dis-moi, rose de suif, quel astre te berça
Dans ces premières nuits de clameurs et d'enfance
Par l'ogive blafarde à travers le silence
Et le verre allumé des vitres qu'il perça ?
Femme unique à mes yeux qu'ensevelit la guigne,
Pour entrevoir l'exil mon âme n'a que toi :
Mes mains ne s'amarrant qu'aux rives de tes doigts,
Mes lèvres ne pouvant qu'en embrasser les lignes.
Je ne recueillerai ni l'orgueil de mon front
Ni le souffre compact qui brûle ma poitrine
Au sein d'aucune femme, agressive ou câline,
Qui ne porte tes traits, qui ne porte ton nom.
Las des sentiments chus dans quelque désert ivre !
Je t'ai trop attendu pour ne pas t'enlacer ;
Lié par le collet des jours entrelacés,
Sans toi j'aurais perdu l'habitude de vivre.
Vivre ! Farce bouffonne au triste scénario
Qui se donne la fin pour seul coup de théâtre ;
Combattre pour s'aimer, ou s'aimer pour combattre...
Car nul n'a résolu l'atroce imbroglio.
Mais le moment d'aimer est venu, Stéphanie,
D'attendre ? D'espérer ? Ce n'est plus le moment,
Tu seras, à mes bras comme à mon sentiment,
L'Aphrodite Pandême occultant l'Ouranie.
.
II : Parler.
Dis-moi, rose, dis-moi, de ta bouche enfantine
Un peu de la douceur qui dort dans ton regard
Sous la chape ciliée, opaline de fard,
Sur l'océan amer des pleurs que je butine.
Dis ! Stéphanie, admet l'impudence d'un mot
Lové parmi ta langue et ta lèvre flanquée
D'un diamant. Dis le nom de ta peine planquée
Derrière le verrou, le charme et le plumeau !
Je te l'arracherai par la force des lèvres !
Avec ardeur ainsi qu'un viol respectueux,
Et tu tressailliras, trésor voluptueux
Qui m'illumine, avouant l'arcane de tes fièvres.
III : Dorloter.
Caresser tes cheveux noirs tels les nuits d'hiver ;
Chagrins, les enrouler autour de ma phalange,
Y découvrir alors l'arôme qui mélange
Tout l'orchestre des fleurs au soupir de la mer.
Comme à ta gorge ancrer un suçon écarlate !
Ah ! pouvoir embrasser totalement ta peau !
Il n'est aucun plaisir, de la crèche au tombeau,
Plus grand que d'effleurer d'un doigt ton omoplate...
Puis, enfin consolée, assume ton sommeil
Contre moi, sous les draps de soie et de lumière.
Presse-toi d'exposer l'ombre de ta paupière
A ton jeune amoureux, aux arches du soleil !
IV : Admettre.
Au gouffre ! Inadmissible est l'infini de sable
Égrainé sans raison par tous les sabliers !
Inadmissible est le tas des mots oubliés
Pour ne pas dire, au fond, ce dont on est capable.
Tu l'es : inadmissible. Admettre ta beauté
C'est sombrer, c'est mourir - oui : c'est quitter le monde !
Toi qui sais être belle autant que furibonde,
Et belle quand ta chair orne un cœur attristé,
Tu résumes l'amour dans ton humeur éparse
Qui rit et pleure ensemble... Attend ! Steph', mes aveux
Ne sont pas au complet. Je t'aime ! Tu ne veux
Pas d'un valet, d'un roi, d'un frère et d'un comparse ?
V : Rêver.
D'un allié ? J'aspire en rêve à ton parfum,
Et j'ai cueilli pour toi mille jasmins lunaires...
Aimer : ne voir que toi soit dans les luminaires
Soit dans les purs miroirs dont s'éclipse le tain.
Par demonmiss27
VI : Partir.
Nous, seuls, aimants, chargés de remords et de songes,
Nous reprendrons la route amenant au bonheur,
Le pied gérant une aile - et simples – la hauteur
Tapissera le sol en foulant les oronges.
Nous nous esclafferons d'un rire viscéral
Car c'est bon de s'aimer ! Quelle béatitude
Nous attend au sommet voilé de l'altitude
Dans un boudoir de sucre et de miel idéal ?
Quelle lune accueillante acceptera nos rires ?
Lorsque scintillera ton douloureux iris
Tu seras vide et, moi repu d'un clitoris
Exquisément le tien, nous serons deux sourires.
Nous serons, si tu veux frémir et frissonner,
Les seuls êtres heureux dans le carcan des nues
Qui n'a pas épargné les gorges maintenues
Immobiles ; les seuls à n'être prisonniers
Que de l'amour sauveur. Si tu viens, toi l'unique
Dont le visage me tourmente au fond du lit,
Avec moi, pour toujours, sur la jonque à demi
Penchant vers l'illusion, battre l'écume inique.
Fracture la serrure à l'angle mort du chien
Marital ! Aujourd'hui la chaîne se termine :
Disloquée ! Entre nous : ton corps, ton nom, ta mine ;
C'est l'asile de chair qui ne peut être sien !
C'est nous dorénavant, ce n'est pas lui ! Regarde
Les aurores semer la rosée et le vent
Sur le flanc des monts ; vois l'or fluide s'élevant
Vers la voûte, éclairant la multitude hagarde !
Et vois pourquoi je t'aime ! Et comme j'ai raison !
Allez, délaisse tout ; je t'insuffle la flamme
Que je brûle pour toi. Car tu serais ma femme
Que je t'aurais ouvert le plus vaste horizon.
VII : Regretter
Mais tu n'es pas, j'en pleure, à mon côté, sublime,
La fiancée... Aride emmêlement du sort !
Nous sommes séparés de la graine à la mort
Et rien ne nous rejoint de la plaine à la cime.
Quel ouvrier du ciel ébaucha le fossé
Entre les chemins où nos rêves disparurent ?
A cet effacement, dis, combien de murmures
Ont survécu, portant : « Car tu n'as pas osé »?
Nos pas d'autrefois ont égaré la conquête
Fatale du néant qu'on nomme l'abandon
Au bord de tout, quel âge a rompu notre don
En nous fouettant l'échine et nous courbant la tête ?
Quelle horreur sanctifiée assigna notre rang
A de telles douleurs, à de telles bassesses
Qu'en mâchant le refrain vide des politesses
Nous accomplissons, là, sagement, en mourant ?
C'est se dire, au matin, qu'on manque à notre place
Parmi les gens heureux et libres d'être égaux
Pour aller vers l'ennui qu'affectionnent les veaux,
Mirer comment le temps repasse quand il passe.
Nous sommes affaiblis mais plus forts qu'au départ,
Stéphanie, et t'aimer c'est mon immense force,
Le seul fait de ta vie a déclenché l'amorce
Dont l'aboutissement brisera le retard !
VIII : Conclure.
Voici comment je t'aime ; ainsi que tous les livres
Qui nous parlent d'amour, ainsi que les chansons
Aux rimes saccadées et rares dont les sons
Conjuguent au divin l'animal et les cuivres.
Je t'aime plus, bien plus ! J'ai pour toi tous les mots,
Le vocable restreint ce n'est pas mon obstacle ;
Je ferme les rideaux car l'ultime spectacle
C'est le fond de tes yeux. Je ferme les rideaux.
Par gothicbohemianstock
Anonymous against the machine.
Nous sommes ! Je dis nous sommes ! Ciel flamboyant !
Aurore ! Glas lointain vaincu ! Crapulerie !
Nous sommes ! Aqueducs croulants sous la voirie
Entre l'homme débile et le singe savant.
Nous vîmes miroiter ce linceul chatoyant
Des amours dévastés par une étourderie ;
Et le seul tarif de notre galanterie
Nous revint au centuple avec le mauvais vent.
Alors nous sommes. L'heure est close ; fermez-la
Dernière barricade ! Un dernier cancrelat
Est rentré sur le champ : Nous sommes le carnage.
S'il faut des grains d'acier pour ruiner l'engrenage,
S'il faut durcir son cœur pour être de l'acier,
S'il faut être vainqueur pour être remercié,
Alors voici l'automne unique vos songes.
Là ! Nous sommes rompus par notre morne emploi,
Notre squelette éclate en pièces ! De quel toit
Faudra-t-il se jeter pour tacher vos mensonges ?
Nous sommes les porteurs de balais et d'éponges
Pour la merde à vos pieds, votre regard de roi
Ne nous a jamais vu qu'à travers votre loi
Divine, où dans les coins, fleurit la fausse-oronge.
Nous sommes ; dites-le ! Nous sommes affamés
D'espoir et d'aliments ; nos yeux sont mal-famés
Par des spectres futurs et d'anciennes engeances.
Nous ne sommes plus l'homme autre qu'en avatar ;
Nous ne la crions pas : nous sommes la vengeance !
« -Oh, mais que peut-on faire ? » Hein ? Faire ? Il est trop tard.
La fille penchée.
Fais, comme moi, trois pas en arrière et retourne
Toi... valse ! - Le parquet de tec ne craque pas -
Reprend-toi, ma déesse, avance de trois pas
Et rentre dans le rêve unique où je séjourne !
Le monde a trop duré... Saute que je te porte
Dans mes bras nuageux densifiés par l'amour.
Tu ris quand je te dis ; avec un peu d 'humour :
Nous allons au soleil, puisque la terre est morte.
Nous danserons, ma main se soudera la tienne
Et je serai ta canne à travers ces pays
Dont parle la rumeur antédiluvienne .
L'horizon des amants c'est après les taudis,
Les mairies, les buildings et les marchands de roses ;
C'est là que nous allons, boiteuse, si tu l'oses.
Par Schuiten et Peeters
Laure
Inspiré par la première partie de Anne de Paul Valéry.
Et plus implicitement par Pétrarque, le géniteur officiel des faiseurs de sonnets.
Laure en son deuil futur obnubilée élance
Le sel de ses yeux bruns pour heurter le granit
D'une tombe imparfaite où perle du silence
Jusqu'au duvet soyeux qui croule de son lit.
Telle. Or quel songe froid étreint ( et recommence)
La blancheur de ses bras d'un ongle approfondi
Que nul ne put vernir d'éternelle clémence ?
L'étreinte plonge dans l'épiderme maudit.
Et nage ! Son parfum virevolte, encensant
La pièce iconostase où l'univers descend
Jusqu'aux mèches de Laure, enfin ensommeillée...
Si dense fut la nuit morte de la veillée
Pour la fille au corps fin, frêle splendidement
Qu'aucun matin ne pend au grand rayonnement.
Par Suzi9mm
C'est la nuit reine qui ceint d'un beau cauchemar
En forme d'auréole obscure à jamais lourde
Ses longs cils englobant la frayeur d'un regard
Qui tête la noirceur des lieux comme une gourde.
La belle saupoudrée aux joues de nacre en fard
Tombant, par pleurs, de la plus lointaine lambourde
Qui quelquefois pendait un innocent bagnard
Plein d'agitations auxquelles Laure est sourde.
Enfin ! De la démence Hadès ouvre l'impasse ;
Cette fille qui dort, dont l'œil clos est marron,
Au pur drap pâle se mélange et se délasse...
Tombeau que cadenasse une feuille de lierre
Laure orne le sommeil, au final Achéron
Fidèle ; chaque jour c'est une lavandière.
J'étais enfant, d'abord...
J'étais enfant, d'abord, plein d'un amour nomade,
Je ne désirais rien vu que j'étais entier,
Sinon, le samedi, jouer sur l'esplanade
Et le monde c'était les rues de mon quartier.
J'avais une amoureuse artistiquement fade,
Un jour sur deux. Jamais je n'ai vu le papier
Noirci valoir bien plus qu'un smack, qu'une embrassade,
Ni su qu'on pouvait être écrivain, pas pompier.
Si je ne l'étais pas beaucoup furent méchants ;
Il suffisait de rien, les monstres sanguinaires
Ivres de leur pulsion quittaient la cour des grands.
Comme j'aurais aimé qu'ils soient imaginaires !
D'abord j'étais enfant, plein de crédulité,
Jusqu'au jour où j'ai pris une déculottée.
RIRE
Androllaman.
Moi je dis qu'il faut rire, et tralalalalère !
Au sein des gens masqués par un profond malheur ;
Oui, je ris sans raisons, c'est bien le seul salaire
Qui puisse contenter mon esprit au labeur ;
Je ris du deuil ultime et je ris de colère !
J'ai ris sur les sentiers qui m'amenaient, en loques,
Par les tombes d'ébène au luxe d'un exil...
Vos injures, amis, c'est clair que je m'en moque,
Vous moquez vous de vous ? Qu'on réponde !.. Plaît-il ?
Cette bonté divine, au fond, c'était du toc...
De toc comme ces vers que j'ai sous le manteau,
Mais du toc fait d'azur ! Voulez-vous, demoiselle,
Apprendre la varappe aux tringles des rideaux ?
Alors venez, rions, belle statue de sel
Qu'un regard un peu vif peut répandre en morceaux !
Oh, vous me faîtes rire à défaut de pleurer !
Sachez que je rirais qu'on étrangle ma mère !
Non, je rigole ! Ah, ah ! Je vous ai bien leurré !
Il faut rire de tout , c'est la pièce charnière...
J'aime le brouhaha d'un rire démarré !
Sans, barbarie, aucune, il faut rire et railler
Et faire rire autant ou plus que l'on peut rire !
Oui ! je suis le seigneur du peuple débraillé,
De la cour aux bargeots conscients qu'ils vont mourir,
Des érudits errants qui cherchent à grailler !
Je ris en m'inclinant aux pieds des ballerines
Qui volent dans mes yeux pour mon propre plaisir !
Je ris de mon haleine au fumet de terrine
Ou je quête partout quelque rire à saisir !
Je ris des cravatés qui bouffent en verrines !
Tout est drôle, en un sens, et tout est triste en l'autre...
Un petit homme en slip, une grosse en jupon ;
Un charlatan berné, cet enfant qui se vautre ;
Une bimbo d'avant qui perd son pantalon ;
Un type pailleté qui se nomme l' Apôtre...
Rions tel les clameurs immenses d'un orage
Avant le truc final où l'on ne pourrait plus !
Si tel parent est mort rions en son hommage :
Poussons au ciel l'écho du rire qui lui plût !
Montrons ce qu'il aimait voir sur notre visage !
Tralalalalère et tant pis pour les pleureuses !
Qu'elles changent de rôle ou quittent les tréteaux
Pour se pendre aux bastings ou tomber amoureuses !
Et modelons ce rire à couper au couteau
Pour boucher les endroits où nos âmes sont creuses.
Par grendylgirl
Princesse
Seconde version.
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Stéphane Mallarmé.
Princesse, appelez-moi, cette veille est sans fin :
Mon cœur languit la chair qui comblerait sa faim
Et votre chevelure éternelle et qui joue
Aux cascades d'auburn ornées d'un voile fin
Dont la poussière d'or tombe sur votre joue...
Et languit votre voix où l'air au miel se noue...
Princesse, pour sécher mes larmes cérébrales
Vous poseriez vos cils qu'enchante la longueur
Sur mon front humecté de cette autre sueur
Afin d'y déposer les roses vespérales.
Princesse, appelez-moi, vos pupilles florales,
Je le sais, sont en bas,détrônant la lueur
Qui s'écoule de ma fenêtre. La rumeur
Dit que que vous êtes là, tombant des nuits astrales.
Dans ce soir plein de vœux, quand dorment les gendarmes,
J'entends le claquement d'un talon atterri...
Appelez-moi « je t'aime », au moins votre chéri ;
Que je vous doive un nom, princesse de vos charmes.
Et là vous m'appelez, puis je n'ai plus de larmes ;
Et déjà je fais battre un cœur presque guéri.
J'attends que sur l'appel, il ait surenchéri :
Le silence exigé pour taire les alarmes.
J'attends et j'imagine un baiser de fortune
Dans l'ombre du jardin où le calice est clos
Jusqu'au matin naissant de son lointain enclos,
J'imagine le goût de vos lèvres, chacune
D'arôme unique et pur, j'imagine les mots
Que l'on pourrait se dire au chevet de la lune...
Entre Yasuri :
Nanami
Shichika :
Nanami, qu'est-ce que tu fais?
Tout un village est en poussière,
De quel crime fait-il les frais ?
Nanami :
D'aucun crime, pourquoi, mon frère
Attendre qu'on m'ait outragé
Pour, d'un coup sec, ôter la vie?
Non, ça m'a comme démangé
Avec la rigueur de l'envie.
Shichika :
Depuis quand, loin de la maison,
Massacres-tu, dans ta balade ?
Et qu'en est il de ta raison :
Es-tu folle en plus que malade ?
Nanami :
Folle ? Tuer te sembles fou ?
J'ai quitté la terre natale
Quand une Mante, à pas de loup,
Vint y monter une cabale.
Shichika :
Une Mante ? Les Maniwa ?
Ils sont venus jusqu'à notre île...
Et ça t'aurait emmené là,
Ton excuse semble facile.
Nanami :
Et pourtant c'est la vérité ;
J'ai tué trois ninjas, d'aisance,
Ces trois meurtres m'ont excité,
Il fallait que je te devance.
Shichika :
Donc je te rattrape aujourd'hui ;
En ce temple, en cette montagne,
Que ton bras frêle encor détruit,
Akutou Bita t'accompagne.
Nanami
Ce poignard ? Oui, c'est Akutou
Bita, j'avoue être surprise ;
Il n'est pas vraiment de mon goût,
C'est le ridicule qu'il frise...
Shichika :
Alors tu peux me le donner ?
Tu sais que je mène la quête
Des douze : je suis Togame ,
L'immense stratège un peu bête.
Nanami :
Oh non... J'ai longtemps voyagé
Pour lui. Tu vas devoir combattre.
Schichika :
Allons ! Pourrais-je t'égorger
De mes doigts sur ta peau d'albâtre ?
Nanami :
Tu vas devoir ; je suis ta sœur
Mais désormais ton seul obstacle.
Je plante Akutou dans mon cœur
Et j'en deviens le réceptacle...
Schichika :
Que fais-tu, comptes-tu mourir
Ici plutôt que de me prendre
La vie ? Akutou va pourir
En toi. Son chakra va te pendre !
Nanami :
Et alors ? Le destin m'a pris...
Otage de ma corpulence :
Je n'ai pas vécu, j'ai appris.
Tu t'accordes trop d'indécence,
Toi le fils : l'unique héritier...
Petit frère que je surpasse
C'est à la hauteur de mon pied
Que ta chevelure a sa place.
Pourtant c'est toi qui fut choisi
Comme représentant du maître...
Akutou Bita me moisit
Comme le fit le fait de naître.
Shichika :
Bien. Je comprend que c'est trop tard,
Et je comprends ta jalousie,
Ma sœur déjà morte au départ
Je te tuerai, par courtoisie.
Nanami :
Pas d'excuse ? Et bien commençons .
Shichika :
Togame, s'il-te-plaît patiente ;
Je reviens...
Nanami:
Les quelques leçons
Que tu sais, viens -je hais l'attente-
Me les montrer... Ton Kyoto Ryuu
Vaut-il le nombre des années
Passées ? Est-ce ce que j'ai vu
Enfant, mes iris abimées
De ne faire que de mirer ?
Mérites-tu d'être admirer ?
Shichika :
Oh mais très largement, je crois !
Je vais te découper la tête!
Et tes cheveux à petits pois
Rougiront lors de la trempette !
Nanami:
Comme tu y vas... Shichika,
Ton défaut c'est d'être candide ;
Incapable d'un coup d'éclat :
Ta mort sera vaine et rapide.
Nanami et Shichika.
Et puis, qu'avez -vous vu ?
Seconde version.
Par Elsma
Sitôt le grouillement des termitières d'or
Nous portions l'orphelin hors des noires écumes,
Frères, sachez-le ; nous vîmes ce que nous pûmes
Au Sahel inondé de sable et de fluor.
Sitôt que l'hydre lent dévora le parfum
Des nanas en sommeil aux paumes scarifiées,
A la chair incarnat, aux mèches falsifiées,
Aux dix ongles vernis, au beau regard défunt
Nous avons rattaché le peuple des îlots
Ensemble avec des liens de laine fatidiques
Mais le chant psalmodié par les anges pudiques
N'a jamais remué nos membres en morceaux !
Il me semble que l'homme on ne le vit géant
Que seul ; qu'il est marcheur dans la course des mondes
Depuis qu'on vit s'enfuir les nébuleuses rondes
Derrière un réverbère, et ce jusqu'au néant...
On vit gesticuler la candeur d'un bétail
Avec un bêlement infect et qui perdure,
Et des yeux grands ouverts issus de la torture
Qui buvait au ruisseau de curare et d'émail.
On ne vit pas se tordre un étrange chemin
Vers l'empire intérieur où de parfaits mensonges
Se terrent mais on vit se gonfler les éponges
De nos cœurs poinçonnés d'un hydrolat malsain !
On vit dans notre gorge une dose de lait
Que l'extase monta jusqu'à l'ébullition,
Bu sur les joues nacrées, sans nulle permission,
Des fiancées d'un soir d'où le sublime naît.
Sur nos lèvres on vit ces délices germer,
Puis nous les avalions, nous partagions nos bouches
Avec des mors d'acier qu'on avala, farouches,
Et farouches au point d'avaler le cocher !
Nos iris ont mordu la crème du whisky
Et la glace ! Affalés dans l'hiver de notre âge :
Les restes d'un regret, l'environ d'un orage,
Dans un fauteuil marron, sur du Tchaïkovski.
On vit le mois joyeux d'avril remémoré
Plein de réelles fées relatées dans un conte,
Nous n'avions pas d'honneur, nous n'avions pas de honte,
Jusqu'au jour où survint la joie en réméré !
On vit nos poings en feu marteler les fronts plats
Des gotha prosternés aux panards des richesses
Puisqu'on les vit pointer d'un doigt lourd de paresses
Les exilés et les sbires mêlés en tas.
On se vit accueillir leur peine avec douceur
Car nos esprits errants magnétisaient les nues
Et sous le faix léger des insultes accrues
On se vit tous danser ; et soliste et valseur !
Je ne garantis pas que notre œil était nu
Lorsque nous avons vu le fiel et les mirages
Splendides, indistincts... mais voici des images ;
Et qu'après l'on nous dise : « Et puis, qu'avez-vous vu ? » !
Les enfants de la nuit
Princesse
Première version.
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Stéphane Mallarmé.
Princesse, appelez-moi : cette veille est sans fin
De ne pas caresser la peau de votre joue
Ni votre chevelure éternelle et qui joue
Aux cascades d'auburn sous l'or d'un voile fin.
Mon cœur languit la chair qui comblerait sa faim
Et se meurt, en sanglots, du tourment qui le roue ;
Princesse de mes nuits, seule âme que je loue
Appelez-moi, bercez-moi, que je dorme enfin !
Appelez-moi, séchez ces larmes cérébrales
De vos cils violets qu'enchante la longueur...
Vos escarpins foulant les roses vespérales
Labourent du talon deux points dans la lueur
Ogivale qui se jette de ma fenêtre ;
Princesse appelez-moi votre chéri, peut-être...
Par Nanoness
Gardez-moi près de vous lorsque je descendrai
En frôlant l'escalier. Sans votre main, princesse,
Dans ce soir noir de vœux la mienne me pendrait !
J'attends avec frissons que le silence cesse
Et que le vent me souffle un trésor ; cet appel
Porté par votre voix mêlant l'air et le miel.
J'attends, et j'imagine un baiser de fortune
Dans l'ombre du jardin où le calice est clos
Jusqu'au matin naissant, j'imagine les mots
Que l'on dit quand on aime au chevet de la lune...
Et là vous m'appelez, puis je n'ai plus de larmes,
Je vous rejoins, princesse à qui je dois un nom,
Mes pas sont délicats : ils évitent le son...
Quand, d'un faux mouvement, déferlent les alarmes.
T'as vu l'heure ! Remonte immédiatement !
Et puis, qu'avez-vous vu ?
Première version.
Sitôt que frémissaient les hautes termitières
Au Sahel inondé de sable et de lueur
Nous reprenions l'enfant bercé dans la rumeur
De l'écume en furie où les flots réitèrent
L'immonde roulement des ondes falsifiées !
Sitôt que l'hydre lent dévora le parfum
Des nanas en sommeil dans des draps de carmin,
Au regard d'enfant mort, aux paumes scarifiées,
Nous avons rattaché cet archipel ensemble
Avec des liens d'osier fatidique et le chant
Des anges débusqués dans leur repère ardent
Ne remua jamais nos veines, il me semble...
Il me semble que l'homme a trop joué sa farce
Ou mangé le bonbon séducteur du néant,
Il me semble que non : que ses pas de géant
Ne se sont pas mêlés dans la grandeur éparse
De la course de monde ! On vit des nébuleuses
Atrophiées mendiant l'ornement d'un regard,
Qui fuyaient, névrosées, les coups de Trafalgar
D'un réverbère hautain aux lampes onéreuses !
On vit gesticuler tout un bétail candide
Avec des bêlements d'êtres infortunés
Et des yeux grands ouverts de nouveaux torturés
Qui buvait au ruisseau de curare limpide...
On ne vit pas, divers, le chemin de l'empire
Intérieur semé de mensonges parfaits,
Mais nous avons commis l'essence des forfaits
Dégueulasses, fatals, dans un éclat de rire !
On vit, puisqu'on l'a bu, le lait pur extatique
De l'outrance sublime à l'attrait enfantin
Au goût désespéré de puissant fond de teint
Aux joues des fiancées portant un nom magique !
On vit cela germer sur nos lèvres, nos bouches
Obcordées ravalaient les glaires d'un remords,
Quand nous avalions le cocher et le mors
Pour déféquer tout ça dans l'orchestre des mouches !
Sitôt tout cela vu que mordent nos pupilles ?
Des glaçons, du whisky vieux de quatre-cent ans
Au fond d'un fauteuil gris dans un calme d'encens
Avec des souvenirs fins comme des brindilles
Turgescentes au vent sacré de la mémoire
Qui nous rappelle alors que l'on voyait, gamins,
Les fées des contes bleus circuler dans nos mains
Et, pouvant les toucher, nous ne pouvions y croire !
Nous pouvions, il me semble, en vrai dans les délires
Marteler le front plat des gotha prosternés
Qui pointaient d'un doigt d'or, les gones condamnés
Par le sort, les violents, les valets et les sbires ;
Et puis les exilés ! Et leur peine fut douce
A nos cœurs davantage attirés vers le ciel !
Vers la mixture où gît le mirage et le fiel
Indistincts dans la nue. On vit mourir de frousse
Un peu de l'innocence : une fille jolie
Nous épargna l'amour en échange d'un pleur
Puis nous claquions soliste en étant né valseur,
Dans l'ombre d'un F2, tout près de la folie.
On vit peu, je l'avoue, autant que nos yeux purent
Voir mais nous avons vu, frères, nous avons vu
De belles illusions que notre songe accru
Désirait. On en vit : d'énormes fleurs impures !
Je ne garantis pas que notre œil était nu.
Après publication, ce 24 janvier, que lis-je au hasard d'un recueil d'Anatole France ? Ceci :
"Car la reine d'Écosse, aux lèvres de carmin,"
Donc je change.
Que ceux qui avaient remarqué ne me traitent pas de voleur.
Happy Birthday !
Par glassaple
Il se peut que fêter un anniversaire soit un acte barbare -ultimi babarorum- qui n'est digne que de nos ancêtres à poils longs.
D'abord c'est une garantie de bonheur dû au souvenir commun qui n'est donné qu'à ceux qui ont une vie sociale épanouie. Certains n'ont que leurs parents pour leur souhaiter, ou même pas. Et certains n'osent par hurler leur date de naissance à la foule.
Ceux-là verront d'abord que s'il ne donne rien à cette dernière elle sera incapable de chercher à savoir quand ils sont nés.
Ceux-là n'ont pas d'anniversaire.
Les hommes auraient dû naître égaux.
N'ont-ils pas honte, ceux dont le répertoire sature jusqu'à l'inconnu ? De montrer qu'il leur est possible d'être heureux de manière presque certaine au minimum une fois par an de par un jour de fête ? De faire ça devant les yeux d'un être seul ? Comme des exhibitionnistes devant un puceau centenaire.
Et puis qui dit que naître c'est sortir ?
Voici la barbarie : nous savons désormais que l'apparition d'une conscience ne coïncide pas forcément avec l'accomplissement du corps et son éjection, dans la sueur, les expirations, autrefois et toujours ; dans la mort...
Cette petite chose bien fœtale qui se débat, qui a faim, soif, n'est-elle pas née ?
Ou bien cet enfant dont le cerveau se mettrait en route avec un temps de décalage ne trouve-t-il pas la naissance après apparition ?
Pour l'homme du 21ème siècle fêter un anniversaire est facile.
C'est fêter un moment choisi de manière arbitraire et déterminée par ses anciennes facilités intellectuelles.
Si l'on en croit Cioran naître est une catastrophe -avoir commis tous les crimes hormis celui d'être père-, pourquoi fêter un truc pareil ?
Et sans dire que donner naissance est un crime c'est la façon la plus directe d'augmenter ses chances de commettre l'horrible infanticide...
Rien que pour ça faudrait en discuter entre époux d'une manière différente ; se pose souvent la
question des moyens... et la fin ? j'ouvre la question.
Donc plutôt que de fêter un crime subi l'homme devrait plutôt s'occuper à fêter un bienfait commis. Il s'en porterait mieux. L'anniversaire de mariage n'est pas une chose stupide, ou celui des
fiançailles, ou celui d'une promotion, ou d'un grand moment conquis... n'importe !
Et ceux qui n'ont pas d'anniversaire ne peuvent en souffrir : n'ayant rien fait pour le mériter.
Par Tatteredreams
La signature de Sabi
« Vous succomberez à mon charme ! »
Disait, sous l'ombrelle, Sabi
Hakuei dont l'esthétique arme
Se nommait Hakutou Hari.
Puissant épéiste et éphèbe,
Il marchait de part le Japon
Semant les vaincus sur la glèbe
Qui mourraient sans savoir son nom.
Juste sa phrase favorite
Les accompagnaient dans la mort ;
Combien de fois fut-elle dite
Sans qu'on prouva qu'il avait tort ?
Car les samurais succombèrent
Chaque fois qu'il la récitait,
Et tous charmés quand ils tombèrent :
Leur mémoire eût dit qu'il chantait...
Déviations sur le deuil privé et la vertu publique.
Pain et Konan
Tais-la... Ne dis pas trop ta douleur à mes yeux...
Toi l'avoué vaincu qui disperse ton âme.
Suis-je la griffe, et longue, ami suis-je la lame
Qui gonfle de poison ce cœur débile et creux ?
Non ! Je ne suis non plus le cerbère des limbes
Où tes vagues trésors dorment ensevelis ;
Non plus, décidément, au ciel de tous les lits,
Ton plus vieux cauchemar mutilant des corymbes.
Garde tes larmes pour je-ne-sais-quelle épouse
Qui voudrait d'un enfant ne parlant que de morts
Ou bien qui vomirait elle aussi des remords !
Ou trouve des amis pour pleurer en partouse !
Mais, par pitié, tais-la, devant moi, ta douleur :
Ce matin m'a levé d'une excellente humeur.
*
Une sorte d'Achille en Dolce Gabana,
Les cheveux sous acide ou sous amphétamines,
Pavoise ; il a gagné récemment un combat
Contre dix gringalets en forme d'étamines.
C'est qu'il les explosa, ces poètes en herbes
(loin des Maïakovski) qui miraient sa nana !
Ainsi sont devenus les athlètes imberbes...
Ils périront, bronzés, vers Copacabana,
De trop de mojito, d'arrogance et de sexe.
Et leur esprit concave amoureux de convexe
Parmi le sable blanc, lourd, ira s'enfoncer...
Moi, seulement muni du présage annoncé,
Je me rappellerai de leurs coups en système
Quand mon esprit planeur rejoindra l'eurylaime.
Eurylaime rouge et noir.